Budget provincial

Un budget sans vision collective

Photo: Bouchecl

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, a beau déclarer que son gouvernement a remis la maison en ordre et que son budget présenté le 17 mars dernier ouvre un nouveau cycle économique, plusieurs organismes citoyens et communautaires n'y voient qu'un écran de fumée. Pour eux, le message est clair: que les gens se débrouillent.

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Que ce soit en éducation, dans la lutte contre la pauvreté, l’environnement et même le Fonds des générations, Ricochet n’a pas récolté beaucoup d’applaudissements pour le Budget québécois 2016-2017.

Le ministre des Finances n’a, dans les faits, rien proposé de flamboyant ou de réellement nouveau. Les Québécoises et les Québécois ont davantage eu droit à la confirmation d’un mouvement économique prônant l’individu plutôt que la collectivité, amorcé par les mesures d’austérité des précédents budgets.

Le ministre des Finances n’a, dans les faits, rien proposé de flamboyant ou de réellement nouveau.

Éducation

Le gouvernement du Québec déclare que son budget «réaffirme l’importance de l’éducation» pour le Parti libéral en réinjectant 1,2 milliard de dollars sur trois ans. Une bonne partie de cette somme ira à la rénovation à l’amélioration des bâtiments, soit 700 millions de dollars. Les 500 millions de dollars restants iront à l’éducation supérieure.

«C’est une fumisterie, l’éducation n’est pas une priorité pour eux», s’exclame la porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Hind Fazazi. Elle rappelle que depuis deux ans, seulement pour les études postsecondaires, les compressions ont retiré un milliard de dollars aux universités et aux cégeps.

Les sommes annoncées dans le budget permettront de suivre l’inflation, selon l’ASSÉ, mais ne ramèneront pas les programmes qui ont fermé ou qui fermeront.

Les sommes annoncées dans le budget permettront de suivre l’inflation, selon l’ASSÉ, mais ne ramèneront pas les programmes qui ont fermé ou qui fermeront. Ceci ne viendra pas aider les cégeps déficitaires dans les régions. Plus encore, «les frais afférents deviennent une norme. La grogne monte dans nos associations», insiste Hind Fazazi.

Lutte à la pauvreté

L’abolition de la taxe santé ou l’augmentation de certains éléments comme la prime au travail semblent une bonne nouvelle, mais tous dénoncent la manière dont ces mesures sont mises en place.

L’abolition de la taxe santé est pernicieuse selon Joël Pednault, porte-parole de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics (Main rouge). «Ils abolissent la taxe santé, ce que l’on demandait, explique-t-il, mais ils la remplacent par des choix régressifs. Les tarifs vont augmenter et cela n’a pas le même impact pour un pauvre que pour un riche.» De plus, selon le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Serge Petitclerc, «les plus pauvres ne profiteront pas de l’abolition de la taxe santé, car ils ne paient pas d’impôts.»

Selon Serge Petitclerc, «il n’y a pas de vision. On bonifie un programme, mais pas le tarif de base ou les autres programmes. On dit aux pauvres de s’arranger.» La Coalition Main rouge trouve particulier que des sommes soient prévues pour un programme qui n’existe pas. «Le projet de Loi 70 n’est pas encore adopté, mais on prévoit des sommes. C’est très inquiétant.»

On bonifie un programme, mais pas le tarif de base ou les autres programmes. On dit aux pauvres de s’arranger.

Selon Joël Pednault, la tendance lourde du budget est la privatisation des services publics et des services aux citoyens. «En diminuant la qualité des services publics, on rend le privé plus attrayant.»

Le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté est pessimiste. «Les chiffres sur la pauvreté vont rester les mêmes. Si ça change, ça ne sera pas grâce au gouvernement.»

Logement social

Le gouvernement a vanté la création de 1500 nouveaux logements sociaux dans son budget 2016-2017, mais l’enthousiasme n’est pas partagé par les organismes consultés par Ricochet. Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) se dit même insulté par le ministre des Finances.

«Ça aurait pu être pire, précise François Saillant, porte-parole du FRAPRU, mais on n’est pas soulagé pour autant.» Les 1500 logements annoncés sont une reconduction du dernier budget, c’est-à-dire deux fois moins de logements sociaux qu’avant 2015. À ce rythme, il faudra 180 ans pour régler le problème de pénurie de logements sociaux, souligne l’organisme.

François Saillant continue de condamner la vision du gouvernement Couillard qui préfère donner les subventions aux propriétaires privés plutôt que d’investir dans les logements collectifs. «Non seulement nous n’aidons pas plus de ménages, insiste-t-il, mais ce sont des mesures temporaires qui n’aideront pas à long terme.»

Environnement

Depuis la rencontre sur le climat à Paris à la fin de 2015, Philippe Couillard se montre plus sensible à l’environnement. Le budget ne semble toutefois pas suivre ses paroles. Selon Christian Savard, directeur général de Vivre en ville, le budget «est décevant.»

Le fait que le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal et la mise en place du SRB (Service Rapide par Bus) à Québec apparaissent dans le budget ne sont pas suffisant pour Vivre en ville. «S’ils avaient annoncé la vraie mise en place de la ligne bleue et du SRB, on serait vraiment content. Ils annoncent plutôt des intentions.»

«Le transport en commun, dit-il, ce sont de longs projets. On ne voit pas de vision ici. On semble plutôt miser sur le transport individuel, avec la voiture électrique.»

Christian Savard déplore que le gouvernement ne gère le transport au commun que sur des visions annuelles. «Le transport en commun, dit-il, ce sont de longs projets. On ne voit pas de vision ici. On semble plutôt miser sur le transport individuel, avec la voiture électrique.»

Vivre en ville salue le retour des budgets pour la Route verte, mais considère cela comme un bonbon. «C’est bien pour les régions et le tourisme, ajoute M. Savard, mais c’était vraiment bizarre d’avoir coupé ce budget l’an dernier.»

La Coalition Main rouge s’interroge de son côté sur les sommes prévues pour la décontamination des sites miniers. Bien que ce soit une bonne nouvelle pour l’environnement, la Coalition remet en doute la provenance des sommes publiques. «Pourquoi c’est nous qui payons?, questionne Joël Pednault. On dit qu’on n’a pas d’argent. Ce sont les industries minières qui devraient payer, c’est elles qui ont exploité ces lieux.»

Fonds des générations

Derrière le budget équilibré présenté par Carlos Leitão se cache deux milliards de dollars déposés dans le Fonds des génération et servant à diminuer la dette publique. La porte-parole de l’ASSÉ, Hind Fazazi, se demande pourquoi il ne se fait aucune consultation sur ces montants. «Pourquoi tous les surplus vont-ils là?», questionne-t-elle. Une interrogation partagée par Serge Petitclerc. «Je comprends le principe du Fonds, ajoute-t-il, mais on le fait au détriment des besoins actuels. La lutte contre la pauvreté devrait être une priorité.»

La lutte contre la pauvreté devrait être une priorité.

Joël Pednault conteste même la question de l’équité générationnelle mise de l’avant pour justifier que l’ensemble des surplus soit investi dans le Fonds des générations. «En coupant dans les services publics, explique-t-il, on crée une inéquité sociale actuelle.»

Les regards se tournent maintenant vers Justin Trudeau et son premier budget comme premier ministre. Celui-ci a séduit l’électorat progressiste avec plusieurs promesses pendant la campagne électorale et les attentes sont aussi grandes que les doutes. Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, présentera le budget fédéral le 22 mars.

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