Visite de Jean-Luc Mélenchon

Enseigner sans donner de leçons

Toma Iczkovits

J’étais fébrile quant à la venue de Jean-Luc Mélenchon au Québec, mais je ne le connaissais que de nom et grâce au dossier de presse que j’avais reçu quelques jours avant son arrivée.

Lorsqu’un politicien français vient au Québec, on a tendance à l’accueillir avec tous les préjugés que l’on peut avoir envers les Français. «Il va nous regarder de haut», «trouver notre accent sympathique», «grogner sur le prix du vin» et «demander qu’on lui serve des fromages français et non québécois».

Dans le cas de Mélenchon, ce fut totalement l’inverse.

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De la profondeur

L’espace public québécois tend à étouffer la profondeur du discours politique. C’est vrai autant à gauche qu’à droite. Mais durant sa conférence, M. Mélenchon a pris le temps de nous montrer les racines de son raisonnement et de son engagement politique. «Je suis de l’école du matérialisme historique», a-t-il dit. Le candidat aux présidentielles Françaises sait nous expliquer sa vision du monde, du début à la fin.

Il aura parlé davantage de souveraineté que de PKP durant la dernière année. Après avoir transmis son amour pour le Québec dans un entretien avec Jean-François Nadeau, Jean-Luc Mélenchon en a remis lors de sa conférence. «La souveraineté d’un peuple, c’est beaucoup plus que la défense d’un folklore linguistique», a-t-il affirmé.

«La souveraineté d’un peuple, c’est beaucoup plus que la défense d’un folklore linguistique», a-t-il affirmé.

Il a su expliquer sa vision de la souveraineté. Ce n’est pas juste une affaire de frontière : c’est l’histoire d’un peuple qui s’émancipe, et pas seulement une culture à préserver. Cela nous rappelle qu’en Europe, il y a des États indépendants, mais qui ne sont plus souverains. La mainmise des financiers sur la Grèce en est un bon exemple.

Dans son entretien avec Radio-Canada, M. Mélenchon affirme qu’il n’est pas venu au Québec pour donner des leçons.

Évidemment, tout ceci est intéressant, mais c’est souvent dans les petits détails que l’on voit le caractère exceptionnel de certaines personnes. Dans son entretien avec Radio-Canada, M. Mélenchon affirme qu’il n’est pas venu au Québec pour donner des leçons.

Après sa conférence, nous étions très pressés dans l’horaire, ce qui est toujours un problème avec les politiciens. On aimerait pouvoir rencontrer tout le monde, mais on n’a malheureusement pas le temps. Il faut être courageux et courageuse pour venir parler aux politiciens, que nous tentons de cacher à l’arrière-scène.

Ce courage, une jeune femme l’a eu, en l’accostant très poliment. «Monsieur, je tenais à vous serrer la main, je n’ai qu’une seule critique à vous faire. Vous auriez dû utiliser l’alternance homme femme lors des interventions du public. Seulement des hommes sont venus parler et j’étais gênée de me lever et de prendre la parole.»

Vous auriez dû utiliser l’alternance homme femme lors des interventions du public.

Mélenchon lui répondra que normalement, dans son parti, il y a l’alternance dans les tours de parole, de façon très stricte. Mais il n’était pas chez lui et ne voulait pas dire aux personnes sur place comment faire.

Plusieurs minutes plus tard, alors que nous prenions une photo pour immortaliser l’événement, Jean-Luc Mélenchon nous dira qu’une chose qui aurait pu être intéressante lors de la conférence aurait été de proposer l’alternance homme femme dans les tours de parole. Cela permet davantage de diversité dans les interventions.

Qui ici aurait pensé que sur les terres de la «Nouvelle-France», l’une des seules critiques d’un homme d’État français de plus de 50 ans aura été féministe.

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