Le Grand Tintamarre de Tadoussac

Les défis d'un festival antiautoritaire en région

Mathieu Pedneault

Déjà à sa 4e édition, le Grand Tintamarre aura lieu du 2 au 5 juin prochain à l'auberge de jeunesse de Tadoussac. Ce festival de musique et d'arts visuels offre une plateforme aux étudiant.e.s artistes afin qu'ils puissent performer leur art et échanger avec un public jeune et ouvert d'esprit. Très ancré politiquement, le Grand Tintamarre est entièrement gratuit et autogéré, ne reçoit aucune subvention et est ouvertement anti-autoritaire. Chaque année, de jeunes créateurs et créatrices de toutes les régions du Québec s'y déplacent afin de vivre ensemble l'expérience du Grand Tintamarre.

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«Le Grand Tintamarre prône l’autogestion et la gratuité et est, à la base, un festival étudiant», lance d’emblée Alexandre Bédard, coordonnateur général et directeur de la programmation du festival. Le Grand Tintamarre est reconnu pour sa diversité et son abondance de projets artistiques. Cette année, le festival peut compter sur des prestations musicales de 33 groupes différents, et ce, sans compter 12 projets d’arts visuels, la projection de 10 courts-métrages ainsi que plusieurs conférences sur l’art et la politique. On cherche à offrir un lieu de diffusion sans contraintes pour les jeunes créateurs et créatrices dans un environnement autogéré qui est propice à faire des rencontres et à changer les mentalités» ajoute Alexandre Bédard.

Alexandre Bédard
Mathieu Pedneault

Le Grand Tintamarre ne se cache pas de son contenu politique : «Nous sommes dans une démarche antiautoritaire et on cherche à être le plus inclusif possible… sauf envers la police!» lance à la blague Alexandre. Pour l’équipe organisatrice et les participant.es, le lien de filiation entre le festival et la grève étudiante de 2012 est très clair. «Je pense que pour tout le monde, la grève de 2012 a ouvert le champ des possibles. On cherche à prouver à nouveau qu’on peut tenir des activités "subversives" dans le monde capitaliste dans lequel on vit» surenchérit-il.

«Nous sommes dans une démarche antiautoritaire et on cherche à être le plus inclusif possible… sauf envers la police!»

Un mince équilibre

Qui dit subversion dans un monde capitaliste dit aussi contradictions et compromis. Les organisateurs et les organisatrices du Grand Tintamarre le savent bien et doivent négocier de façon constante leurs idéaux avec les structures en place. «Il faut constamment faire la balance entre le ''légal'' et l’antiautoritaire. Chaque année, comme on a plus de participants et de participantes, il faut faire plus de compromis au niveau de l’organisation. Par exemple, cette année, il a fallu qu’on s’enregistre comme organisme sans but lucratif pour pouvoir avoir notre permis d’alcool» explique le coordonnateur général.

Dans l’équipe d’organisation, on est souvent tenté de dire aux gens quoi faire et quoi ne pas faire, d’être plus autoritaire en gros. Mais les festivaliers et les festivalières sont très efficaces pour nous ramener à l’ordre… et surtout au désordre!

Néanmoins, l’équipe organisatrice croit que le jeu en vaut la chandelle : «On essaye d’éduquer les gens pour qu’ils arrivent ici avec un esprit d’ouverture et qu’ils s’impliquent dans la gestion au jour le jour du festival. Des fois, c’est difficile de ne pas dénaturer l’esprit du Grand Tintamarre. Dans l’équipe d’organisation, on est souvent tenté de dire aux gens quoi faire et quoi ne pas faire, d’être plus autoritaire en gros. Mais les festivaliers et les festivalières sont très efficaces pour nous ramener à l’ordre… et surtout au désordre!» rajoute Alexandre Bédard.

Un festival par et pour les régions… et plus encore!

Le Grand Tintamarre est organisé par une équipe basée au Saguenay-Lac-Saint-Jean – La Plug production – et attire majoritairement des artistes et des participant.es de cette même région, bien que plusieurs se déplacent de partout au Québec pour l’évènement. «Pour nous, c’est un avantage d’être installés en région. Tadoussac, c’est un lieu qui sort de l’ordinaire et où il est relativement facile d’approcher la communauté pour faire accepter nos projets et les y impliquer» continue Alexandre.

Autour de la scène extérieure
Mathieu Pedneault

L’équipe du festival pense qu’il ne serait pas possible pour eux d’organiser le Grand Tintamarre à Montréal : «À Montréal, il y a trois millions de personnes avec un paquet de monde là-dedans qui veulent tous et toutes organiser le meilleur festival en ville. En plus de ça, c’est la galère pour les autorisations avec la ville. Nous, ce n’est pas ça qui nous intéresse» de rétorquer Alexandre Bédard.

Néanmoins, être en région ne comporte pas que des avantages. Si quelques fois des frictions peuvent survenir avec la communauté d’accueil – comme des plaintes de bruit — il est aussi difficile de faire sortir de chez eux les habitants et les habitantes des grandes villes. «Le fait que les gens doivent se déplacer ne nous aide pas tout le temps. Par contre, étant placé à Tadoussac, on est au carrefour de plein de belles régions, donc ça s’insère bien dans un roadtrip!» explique Alexandre Bédard.

Le groupe La Poêsse I
Mathieu Pedneault

Pour en savoir plus...

Le Grand Tintamarre aura lieu du 2 au 5 juin 2016 à l’auberge jeunesse de Tadoussac. Chaque année, un groupe non étudiant est invité à donner une prestation et une conférence. Cette année, le festival recevra les groupes La Ritournelle et Les Chiens de ruelle. Nouveauté pour la 4e édition, un artiste professionnel — John Boyle-Singfield — parrainera le volet arts visuels et donnera lui aussi une conférence. L’édition 2015 du Grand Tintamarre avait attiré un peu plus de 900 personnes.

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