Grève des mouvements sociaux

La Colombie contre le capitalisme

Gracieuseté

Pour la gratuité scolaire, pour un service de santé publique, contre les projets extractifs ; ces revendications pourraient mobiliser très bientôt jusqu'à 200 000 personnes. Alors que la Colombie est à la veille de signer un accord historique avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie – FARC-, et bien qu'ils appuient les négociations de paix, les mouvements sociaux affirment qu'une paix durable passe tout d'abord par des changements de fond.

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«Le modèle économique ne fait pas partie des négociations» avait affirmé le président Juan Manuel Santos lors du début des négociations avec les FARC en 2012. Il l'a répété lors de la grande grève de 2014, et encore lors de l'ouverture des négociations avec l'Armée de Libération Nationale -ELN- en 2016.

Dès les premières heures de la grève, les forces de l'ordre ont tenté d'interdire la mobilisation des secteurs ruraux, dans l’est du pays. Près de 500 personnes se sont vu interdire d'aborder les autobus qui les mèneraient au lieu de la mobilisation. Certaines ont donc entrepris de voyager plusieurs jours à pied pour s’y rendre. Au sud-ouest du pays, dans la vallée du Cauca, un camion anti-émeute a provoqué la mort d'un manifestant de l'organisation nationale autochtone de Colombie (ONIC), et on compte déjà plusieurs dizaines affrontements avec les forces de l'ordre.

Défense du territoire

L'aménagement du territoire est au centre des revendications de la plateforme de négociations du mouvement social de mobilisation inter sectoriel.

Dans Tolima, l'un 32 départements du pays situé dans le centre-ouest de la Colombie, les paysan-ne-s et les petits producteurs se sont unis aux secteurs étudiants et communautaires afin de s'opposer au développement d'une mine d'or à ciel ouvert de la société minière sud-africaine Anglo Gold Ashanti. Les habitant-e-s de la région ont organisé une série de référendums sur ce projet (appelé La Colosa), dont le premier vote a eu lieu dans le village de Piedras. Depuis trois ans, celui-ci fait l'objet d'un débat juridique national, afin de définir si les municipalités ont le droit de se prononcer sur les projets minero-énergetiques. Le gouvernement affirme qu’il s'agit d'un enjeu de sécurité nationale.

D’autres situations similaires se présentent dans le reste du pays et elles impliquent bien souvent des compagnies canadiennes. C'est le cas de la zone du paramo de Santurban, un écosystème fragile des hautes montagnes humides, où la compagnie canadienne Eco-Oro a dû faire face à la farouche opposition des habtiant.e.s de la région. Le parlement a finalement tranché en faveur des défenseurs de cet écosystème, faisant perdre plusieurs milliers d'hectares de concessions minières à l'entreprise. La compagnie poursuit actuellement le gouvernement colombien en vertu du traité de libre-échange Canada-Colombie.

Politiques canadiennes en Colombie

Selon le verdict du Tribunal permanent des peuples (TPP) de 2014, le Canada est un lieu privilégié pour la constitution de capital de l’industrie minière mondiale. 75 % des entreprises minières dans le monde ont leur siège social au Canada. En Amérique latine, les entreprises canadiennes ont des actifs estimés à plus de 50 milliards de dollars dans le secteur minier, représentant entre 50% et 70% des activités minières qui y ont cours.

Selon le verdict du Tribunal permanent des peuples (TPP) de 2014, le Canada est un lieu privilégié pour la constitution de capital de l’industrie minière mondiale.

Entre 1997 et 2002, le gouvernement libéral de Jean Chrétien avait mis sur pied le «Projet Énergie», financé par l'Agence canadienne de développement international (ACDI) qui impliquait une série de réformes à l'avantage des investisseurs, incluant la réforme du code minier colombien. Les investissements étrangers dans le secteur minéro-énergétique avaient alors augmenté de 500% entre 2002 et 2009.

Selon l’ancien ministre des Mines, Rodrigo Rivera, dans certains départements de la Colombie, c’est 80 % de la force militaire qui est orientée vers la sécurité des activités pétrolières. Et selon le Vérificateur général, 80% des violations des droits humains se produisent dans des zones de production minière ou énergétique.

Un mouvement qui prend de l'ampleur

Depuis 2013, une série de grèves contre les accords de libre-échange, pour l'éducation, la santé la construction de routes, contre les politiques extractives. secouent le pays. En mai 2014, le gouvernement a signé un décret reconnaissant le Sommet Agraire, Ethnique et Populaire, une coalition d'organisations nationales, comme interlocuteur afin de négocier une plateforme en huit points qui inclurait les droits sociaux, l’aménagement du territoire et le respect des droits humains. Deux ans plus tard, selon les affirmations des membres du Sommet, les négociations piétinent à cause du manque de financement et des dédales administratifs.

Le gouvernement colombien, via son ministre de l'Intérieur, Juan Fernando Cristo, a exprimé son rejet des mobilisations actuelles.

Le gouvernement colombien, via son ministre de l'Intérieur, Juan Fernando Cristo, a exprimé son rejet des mobilisations actuelles. Il affirme que les 1100 heures de négociation ont donné d'importants résultats, sans pourtant en nommer aucun. Selon Fernando Suarez, le porte-parole du blocage des installations pétrolières de Banadias dans le département d'Arauca, «il est bien possible que les négociations aient duré 1100 heures, mais elles n'ont eu aucun résultat tangible».

En accord avec Gimmy Moreno, le porte-parole du Congreso de los Pueblos et de la Cumbre Agraria, Etnica y Popular, la durée de ce mouvement dépendra de la volonté du gouvernement de s’asseoir pour négocier, et la négociation se fera à chaud, c’est-à-dire dans le cadre de la mobilisation active des communautés.

Blandine Juchs, en collaboration avec le Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC).

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