Série Parti(es) - Euro 2016

Paris est une fête

Paris, France
Photo: Supporterhéninois

Le journaliste David Champagne entame une série de textes qui seront écrits en marge de la coupe de football Euro 2016, qu’il suit dans plusieurs pays européens, à la rencontre des humains qui l’entoure.

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Au bout du comptoir, il y a le vieux Jean et son fils Antoine. Le vieux jette un regard sur le téléviseur, lève son verre, prend une gorgée. Le match est sur le point de commencer, nous déposons notre verre au même moment. Voilà… ça commence.

Autour de nous, c’est l’Europe. Une cinquantaine de pays bordés par deux océans et cinq mers. Plus ou moins 10 % de la population mondiale l’habite, des millions en rêvent et, chaque jour, des milliers y parviennent, sur les côtes, aux frontières, sans trop savoir… avec, pour la très grande majorité, une seule et même envie : vivre. Oui, vivre, eux aussi.

Pendant que le gardien français s’illustre après seulement trois minutes de jeu et alors qu’on entend des profondeurs de la salle : «C’est quoi ce bordel?!!», on sait qu’ici, 68 % de la population se croit «en bonne santé», que statistiquement, l’homme a confiance d’y célébrer ses 78 ans, que la femme lui survivra tout aussi statistiquement de quelques années, probablement davantage si elle habite en Suisse.

Ici, où on parle au moins 225 langues et où six personnes sur dix confient d’ailleurs aux sondeurs être satisfaites de leur condition financière, trois sur quatre mentionnent être «bien» à l’endroit où elles habitent, mais presque la moitié n’a pas confiance dans le système judiciaire et 25 % avoue avoir peur de se promener seul la nuit.

La nuit… celle-là même qui recouvre peu à peu Paris.

C’est déjà la demie. Le vieux Jean et son fils Antoine baissent les yeux, prennent de nouveau leurs verres. Une autre gorgée. Derrière nous, des gamins de 20 ans surnomment les Roumains les «voleurs de poules» et à dix mètres d’ici, c’est le Bataclan, là où, une nuit de novembre, d’autres gamins prénommés Nick, Elodie, Elif étaient...

À la 58e minute, la France marque, et bien sûr, j’étais à la toilette. Je prenais même une photo de la toilette, suivie, en prime, du sourire de celle qui attend encore à la porte, de celle qui a crié ce but avec des millions d’autres, de celle qui avait dit, une minute plus tôt, «ça arrive toujours quand on est à la toilette».

À la 58e minute, la France marque, et bien sûr, j’étais à la toilette.

Bien vu.

La fin du match...

Et la fête est là. Même après la pénalité et le but des adversaires, même après ce tir mou à la 80e minute, même si c’est aussi la grève un peu partout dans le pays, que les ordures débordent sur les trottoirs, qu’une famille dont on ne connaît pas l’histoire dort sur le sol au coin de la rue, même si ça pourrait toujours aller mieux… Parce qu’à la 88e minute, un bleu frappe un ballon entre les buts et cette fois, je l’ai vu!

Cette nuit, tout Paris, toute la France, le vieux et son fils font la fête. Parce qu’elle revient toujours la fête, parce qu’il y a celles et ceux qui restent, parce que la nuit, ça ne peut pas toujours être laid.

Parce qu’elle revient toujours la fête, parce qu’il y a celles et ceux qui restent, parce que la nuit, ça ne peut pas toujours être laid.

Ah oui, j’oubliais presque, en ce vendredi de juin, la France a vaincu la Roumanie 2 à 1. Parti, partie, parti(es)…

Note : Statistiques et sondage : ec.europa

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