Exploitation sexuelle

Contre l'exploitation, contre la prohibition

Une organisation répond à la campagne «Acheter du sexe n'est pas un sport»
Photo: Chris Headon

Tous les ans, le Grand Prix nous amène une vague de panique avec des déclarations nous apparaissant non fondées et exagérées quant à la traite humaine et à l’exploitation sexuelle. Plus récemment, l’événement a aussi donné lieu à une augmentation de la répression policière et à une surveillance accrue des personnes travaillant dans l’industrie du sexe et de ses clients.

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Toute cette attention nous place toutes dans une situation dangereuse et à risque de violence lorsque nous devons adopter des pratiques qui vont à l’encontre de notre sécurité afin d’éviter les forces de l’ordre. La répression policière, qu’elle soit dirigée spécifiquement envers nous ou envers nos clients, est un des facteurs principaux qui nous met à risque de violence. Un contexte de répression de la part de l’État nous empêche d’avoir accès à la justice lorsque nous sommes victimes d’actes de violence extrême, pour lesquels nous sommes ciblées dans un contexte d’impunité.

Cette répression accrue – basée sur des peurs, des idées moralisatrices et des statistiques faussées plutôt que sur des données vérifiées et sur l’expérience quotidienne des travailleuses du sexe – s’inscrit dans un contexte plus large de criminalisation du travail du sexe s'opérant notamment à travers la «Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation» (C-36), en vigueur depuis décembre 2014.

Stella est un organisme féministe montréalais par et pour les travailleuses du sexe. Par ce texte, nous annonçons le lancement de la campagne Contre l’exploitation, contre la prohibition : pour les droits des travailleuses du sexe. Cette campagne attire l’attention sur la réalité et les impacts de la répression et de la prohibition du travail du sexe. Comme tout le travail de Stella au cours des 21 dernières années, la campagne met en lumière l'importance de combattre les conditions de travail abusives plutôt que le travail du sexe lui-même. Au cœur de cette bataille se situe la revendication d’abroger les lois pénales répressives qui criminalisent le travail du sexe et mettent toutes les travailleuses du sexe à risque.

À nos yeux, bien des allégations relayées par les médias et par celles et ceux qui s’opposent à l’existence de l’industrie du sexe sont sans fondement, de même que les mythes qui entourent la traite humaine pendant les évènements sportifs:

1. Plusieurs études démontrent qu’il n’y a aucune augmentation d’exploitation sexuelle pendant les évènements sportifs. Un rapport publié par The Global Alliance Against Traffic in Women en 2011 démontre que les mythes sur la traite des personnes manquent d'appuis dans les faits. Un rapport issu de Vancouver indique que les chiffres régulièrement cités sont souvent exagérés. D’autres études menées dans plusieurs villes et pour plusieurs évènements partagent la conclusion qu’il n’y a pas d’augmentation de la traite humaine reliée au sport.

2. L’augmentation de la surveillance policière met les travailleuses du sexe en danger. Qu'il s'agisse des risques de violence ou des risques reliés au VIH et autres ITSS, la criminalisation du travail du sexe est responsable d’une grande partie des dangers reliés au travail du sexe. Tel que confirmé dans le jugement Bedford, il s’agit d’une violation de nos droits humains.

3. Le travail du sexe et la traite humaine ne sont pas synonymes. Le portrait de tout travail du sexe comme étant de l’exploitation et la confusion entre travail du sexe et traite humaine amènent les policiers à surveiller, détenir, arrêter et déporter des travailleuses du sexe, particulièrement les femmes racisées ou migrantes, sous couvert d’opérations cherchant des «victimes». Ceci détourne des ressources qui pourraient être utilisées pour enquêter sur les vrais cas d'exploitation et empêche les clients et travailleuses du sexe qui sont témoins de situation d'exploitation de les dénoncer, sous peur d'être arrêté-e-s.

4. Acheter du sexe n'a rien à voir avec le sport et les femmes ne sont pas des pizzas; la décriminalisation ne donne pas un droit aux clients, elle reconnaît le droit de travailler et le droit à la santé et à la sécurité pour les travailleuses du sexe. Toute conversation sur le travail du sexe doit débuter par la voix des premières concernées. Le discours déshumanisant et stéréotypé de certaines campagnes doit cesser. Récemment, on a comparé les femmes à des pizzas livrées, sans pour autant faire la même analogie pour tous les autres métiers qui offrent un service à domicile. On a aussi affirmé que nous vendions notre corps, sans prétendre que les autres professionnel-le-s qui font du travail manuel ou physique vendent le leur. Nous sommes les mieux placées pour parler de nos expériences et notre organisme travaille tous les jours à améliorer les conditions de travail et de vie de nos membres.

Nous ne sommes pas les seules à réclamer l'abrogation des lois pénales contre le travail du sexe. En plus du consensus de tous les groupes gérés par et pour les travailleuses du sexe du monde entier, Amnistie Internationale, UNAIDS, Human Rights Watch et l'Organisation Mondiale de la Santé demandent la décriminalisation complète du travail du sexe. Ce consensus est soutenu par une étendue de données issues de diverses disciplines, telles la santé publique, les droits humains ou la lutte à la pauvreté.

Nous invitons nos collègues travailleuses du sexe qui travaillent pendant le Grand Prix à nous contacter pour des conseils sans jugement, pour du soutien et pour parler des façons de se protéger pendant cette période de surveillance accrue, de répression policière et à travers ce sentiment général de prohibition et de stigmatisation.

Stella est une organisation de soutien aux travailleuses du sexe. Les positions défendues dans cette lettre ouverte ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale de Ricochet.

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