Série Parti(es) - Euro 2016

La différence

Venise, Italie
David Champagne

On voudrait être à Venise et ressentir le besoin d’écrire quelques mots sur la différence. On voudrait être à Venise, précisément à midi, compter les coups du carillon de l’église, arriver à 50, baisser la tête et croire que ceci est en mémoire des victimes de la différence.

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On voudrait être à Venise, lieu hors du commun, de toutes les beautés, et aussi de nombreuses laideurs, qui organisa un jour un carnaval devant permettre d’abolir les différences.

On voudrait à la fois rêver et se réveiller à Venise pour voir les couleurs de la différence, là, au coin de chaque ruelle, du haut de chaque pont, sur une corde à linge qui profite du soleil, dans cette vitrine ornée de ballons colorés et soufflés à Murano.

On voudrait être à Venise et s’amuser à sortir du sentier, sortir de la voie que tous empruntent, marcher sans plan et savoir que, de toute façon, à la fin du parcours on aboutira inévitablement à la Place St-Marc, au Rialto et, ultimement, au Pont des Soupirs.

On voudrait être à Venise, croiser, accrocher, dépasser des milliers d’autres touristes et se demander comment se traduit le mot «différence» en russe, en chinois, en portugais…

On voudrait être à Venise, croiser, accrocher, dépasser des milliers d’autres touristes et se demander comment se traduit le mot «différence» en russe, en chinois, en portugais…

On voudrait être à Venise, prendre le bras d’une vieille dame aveugle, l’aider à descendre un escalier, se dire qu’il y a cruellement des aveugles, même à Venise. Se dire aussi que, pour elle, la différence s’entend, se sent, se ressent.

On voudrait être à Venise, et croire si fort et si naïvement que l’art, cette autre expression de la différence, résoudra tous les problèmes, puis visiter au hasard une exposition des œuvres du Colombien Botero qui fait une si belle représentation de celles et ceux qui sont «hors-normes».

On voudrait être à Venise, boire un verre de valpolicella, causer avec un Italien quelque peu inquiet pour le sort de sa ville, apprendre que Venise s’enfonce lentement, de jour en jour, alors que le niveau de l’eau monte aussi chaque jour et lui répondre, avec un mélange d’anglais, de français et 12 mots d’italien, qu’il y a des pays tout près du mien qui s’enfoncent probablement plus vite et plus profondément que le sien; qui s’enfoncent dans la peur, l’ignorance, l’indifférence.

On voudrait être à Venise et avoir le choix de porter un t-shirt arc-en-ciel ou noir-jaune-rouge aux couleurs du drapeau belge ou un maillot bleu azzurri de l’Italie.

On voudrait être à Venise et avoir le choix de porter un t-shirt arc-en-ciel ou noir-jaune-rouge aux couleurs du drapeau belge ou un maillot bleu azzurri de l’Italie.

On voudrait être à Venise, se faire expliquer pendant dix minutes par le serveur ivre d’un café sans touriste le vrai sens du mot «truffa» qui se veut, selon lui, la description du premier but italien.

Ah oui, j’oubliais presque, alors que ce même serveur, un peu différent, chantait sans cesse «don’t brake my heart» devant le téléviseur, l’Italie a vaincu la Belgique 2 à 0. Parti, partie, parti(es)…

«And it seems to me you lived your life like a candle in the wind» – Elton John, dans les haut-parleurs du café pendant la demie du match.

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