Série Parti(es) - Euro 2016

Le dilemme slovaque

Bratislava, Slovaquie
David Champagne

Le voyageur en moi se dit: «mais, comment se fait-il que je ne me sois pas arrêté ici avant ?» alors que le journaliste en moi se dit : «hum… tout ceci est un peu louche.»

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Parce qu’elle est fort charmante et chaleureuse Bratislava, capitale de la Slovaquie.

Le marcheur y est bien entre les terrasses, les musées, les ambassades, les concerts du dimanche et les vitrines de pâtisseries qui anéantissent d’un coup d’oeil toute idée de résister à la tentation. Il y a aussi des «cheesecakes» chez Linos, des dizaines de personnes en file pour un cornet chez Luculus, de la chicha au Habibi café.

Au coin d’une petite rue, on y trouve également le plus incroyable musicien de rue au monde qui joue «Hotel California» et du «Dire Strait» à la fois à la guitare, à l’harmonica, à la batterie et au clavier, installé dans une chaise haute de barbier! On tombe éventuellement sur une démonstration publique d’arts martiaux japonais dans la cour du musée d’histoire de la Slovaquie. On s’arrête devant deux amies qui ne s’étaient pas revues depuis longtemps, qui se retrouvent avec tous les souvenirs du passé et qui s’étreignent longuement au coin des rues Penska et Venlurska. Encore une autre belle image de cette ville qui s’imprègne dans la mémoire du voyageur.

David Champagne

Médusé, le journaliste en moi s’attable donc à un endroit tout désigné : «Le Café Pulitzer». Le service y est 1000 fois plus sympathique que dans n’importe quel café ou bar visités à Vienne. Le sauvignon slovaque est fort bon et coûte moins de 2$ la coupe. La première bouchée du goulasch est, il faut l’écrire, fort savoureuse.

«Il doit surement y avoir des trucs qui ne tournent pas rond dans cette ville», me dis-je, parce qu’il faut douter des envoûtements soudains. Je me tourne, je pose la question au serveur, et je n’obtiens bien sûr aucun succès. Je prends enfin les grands moyens et je sors mon portable. J’ouvre un moteur de recherche et je tape les mots : «Bratislava problems» puis, «Bratislava crises.»

«Il doit surement y avoir des trucs qui ne tournent pas rond dans cette ville»

On y apprend dès lors ce dont on se doutait déjà. Comme dans l’ensemble de l’Europe, la question des migrant-es/réfugié-es occupe beaucoup le débat public et la question divise, ici comme ailleurs. Un sondage mentionne que la population est en colère contre les politiciens, que la compétitivité économique pourrait être meilleure et qu’une vedette de la télé-réalité slovaque est au cœur d’un ridicule scandale de mœurs.

Je referme mon portable. Je repense à ces deux dernières journées de marche dans la ville et je me souviens d’un monsieur tristement saoul hier soir qui criait sur la grande place, d’un autobus de ville avec une crevaison, d’une poubelle qui débordait, de deux gamins trop audacieux sur un scooter, d’un petit chien qui a voulu me mordre, de l’équipe de foot qui pourrait faire mieux à l’Euro…

S’ensuit évidemment une chamaille entre cette suspicion journalistique et mon esprit voyageur. Cet esprit qui ne peut définitivement se défaire des belles diapositives de Bratislava, comme celle d’un adolescent qui vous fait le meilleur «expresso lungo» à l’arrière de son mini-mini-véhicule orangé, ou celle de ces policiers qui causent «tranquillos» devant l’église et qui vous saluent au passage, celle de cette manifestation pacifique des habitant-es de la ville en support à la journée mondiale des réfugié-es, celle de Pavel, un artiste qui ne peut qu’être votre ami, qui vous parle avec fragilité de son parcours de vie, de ses amis à Edmonton et à Vancouver, qui vous dit merci au moins 20 fois après avoir emballé un de ses dessins que je devrai ramener du mieux possible à la maison.

David Champagne

Ok… c’est bon, c’est bon. Nous avons un gagnant…une gagnante plutôt. C’est décidé, je vais faire et publier un sapré album-photos de Bratislava en revenant à ma chambre d’hôtel.

Ah oui, j’oubliais presque. Ce soir, la Slovaquie a courageusement tenu tête à la puissante Angleterre et a fait match nul. En fait, c’est un peu comme une autre victoire pour cet agréable et sympathique bout de planète. Parti, partie, parti(es)…

Ce soir, la Slovaquie a courageusement tenu tête à la puissante Angleterre et a fait match nul.

«The philosophy of my life is reflected in the simple moto : less is more. Which is the simple expression of my style, and is also a perfect attitude to protect ourselves against this current accelerated impersonal age»

Pavel Filgas, artiste tchèque en résidence à Bratislava.

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