Droits autochtones

Les luttes autochtones du Canada; un exemple pour ailleurs?

Photo: Samer Beyhum

Des militant-es de différentes organisations de défense des droits de la personne du monde entier étaient réunis à Montréal pour le Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) d’Equitas. Une des conférences a particulièrement retenu leur attention : celle de Widia Larivière sur le mouvement des femmes autochtones au Québec.

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Loi sur les Indiens sexiste et colonialiste, pensionnats comme outil central d’un génocide culturel, territoires ancestraux toujours menacés par des intérêts économiques, femmes autochtones disparues et assassinées, racisme au sein du corps policier : Mme Larivière a retracé l’historique d’un lourd portrait de la situation des Autochtones au Canada, en plus du chemin qu’il reste à parcourir.

«Cette face cachée du Canada, je ne la connaissais pas, lance Ndeye Marie Sagna Le Caer, responsable de programme pour Kabonketoor, une association de femmes pour la paix venue du Sénégal pour participer à la formation d’Equitas. Cette femme m’a fait découvrir qu’il y avait une lutte qui se fait pour que les droits des Autochtones du Canada soient reconnus. Quel que soit le pays où nous sommes, il y a des personnes qui sont engagées à faire avancer les choses. Et quand on lutte pour nos droits, il y a des résultats.»

Cette femme m’a fait découvrir qu’il y avait une lutte qui se fait pour que les droits des Autochtones du Canada soient reconnus.

Mme Larivière a rappelé que c’est le mouvement Idle No more, né de la base et instigué par des femmes, qui a su catalyser des forces autour de leur cause et attiré l’attention des médias. Entre autres victoires, la nomination d’une femme autochtone à un ministère fédéral, Jody Wilson Raybould au ministère de la Justice, a soulevé les applaudissements de la salle.

Les droits autochtones menacés à l’échelle planétaire

À en croire des participant-es à la conférence, le mouvement des femmes autochtones pourrait bien redonner espoir aux peuples autochtones d’ailleurs, comme les Pygmées vivant le long de l’équateur en Afrique, dont la survie est menacée. Ces communautés de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs font face à de nombreuses discriminations et à une précarisation croissante due à l'exploitation des forêts équatoriales pour des projets d’envergure.

Tous ces changements ont des conséquences sur les modes de vie des communautés autochtones. On les chasse sans compensation.

«L’État au Cameroun s’est donné comme ambition d’être émergent en 2035», explique Victorien Mba, directeur de l’Appui pour la protection de l’environnement et le développement (APED) à Kribi. Le gouvernement cherche activement à attirer des compagnies agro-industrielles, forestières et minières, notamment canadiennes, sans tenir compte des communautés locales. «Ils veulent construire de grandes infrastructures comme des ports et des aéroports. D’autres espaces sont aussi convertis en mines. Tous ces changements ont des conséquences sur les modes de vie des communautés autochtones. On les chasse sans compensation.»

M. Mba voit des parallèles directs entre leur lutte et celles des peuples autochtones du Canada. Que ce soit les communautés de Fort McMurray ou celles du Québec, régulièrement confrontées aux projets de développement, les intérêts économiques passent souvent avant ceux des communautés locales.

Diel Mechire Mwenge, un représentant de l’organisation PIDP du Congo (RDC), abonde dans le même sens. «Chez nous, c’est la même chose. Il y a d’énormes problèmes liés aux spoliations des terres, il n’y a pas de programme de protection des espaces où l’on pratique nos rites. Les gens se font expulser sans même avoir été consultés.» Son organisme lutte pour la reconnaissance et le respect des modes de vie traditionnels des Pygmées, pour leur accès aux infrastructures sociales et économiques, et contre toutes les discriminations qu’ils et elles subissent, entre autres défis.


Il y a d’énormes problèmes liés aux spoliations des terres, il n’y a pas de programme de protection des espaces où l’on pratique nos rites.

L’éducation d’abord

La formation d’Equitas, qui a rassemblé jusqu’au 24 juin une centaine de participant-es de 50 pays, vise à outiller les défenseurs et défenseresses des droits de la personne en perfectionnant leurs connaissances du droit. «Notre mission est axée sur l’éducation et le renforcement des capacités des organisations sur le terrain», explique Ian Hamilton, directeur général d'Equitas.

Sur place, la formation permet aussi de tisser un réseau de militant-es du monde entier. M. Mba et M. Mwenge étaient ravis de pouvoir discuter avec Widia Larivière, qui en a long à dire sur la défense des droits fondamentaux des Autochtones. «Nous aimerions créer des liens et mettre en place des stratégies inspirées de l’expérience d’ici, la transférer en termes de mobilisation, afin que la lutte soit plus forte», a développé M.Mba à la sortie de la conférence. «Nous pourrions aussi apprendre de vos luttes!», a ajouté Mme Larivière.

Pour eux, la mobilisation passe avant tout par l’éducation. Le mouvement Idle No More a notamment démarré par des séances teach-in ; «des séances d’éducation populaire entre Autochtones et non Autochtones qui visaient à faire connaître les enjeux liés aux Premières Nations», rappelle Mme Larivière.

«Chez nous, on n’a jamais reconnu les peuples autochtones de façon légale. On est juste protégé par les mécanismes internationaux»

Quelles responsabilités pour le Canada?

De lourds enjeux attendent néanmoins les communautés autochtones faisant face aux nombreux projets de développement. «Chez nous, on n’a jamais reconnu les peuples autochtones de façon légale. On est juste protégé par les mécanismes internationaux», explique M. Mba. D’où l’importance de perfectionner ses connaissances du droit international, afin de pouvoir les transmettre à son retour.

«Les droits humains imposent des obligations aux États», résume Ian Hamilton, optimiste. «Avec l’approche des droits humains, les communautés autochtones peuvent créer des espaces de dialogue avec les compagnies et avec les gouvernements.» Mais sur le terrain, la réalité n’est pas si simple.

Les compagnies minières canadiennes sont les premières à être régulièrement épinglées pour leurs abus et non-respect des droits fondamentaux, que ce soit par des expert-es de l’ONU, des observateurs et observatrices indépendant-es, des chercheurs et chercheuses ou des reporters.

«Dans certains pays, la feuille d'érable est même devenue synonyme de négligence et de violation de droits», signent par exemple Agnes Gruda et Isabelle Hachey dans La Presse. «Corruption, évasion fiscale, pillage institutionnalisé, pollution massive, atteintes à la santé publique, expropriations violentes, meurtres de manifestants, complicité dans le viol et l’assassinat d’opposants aux projets miniers, poursuites-bâillons, criminalisation de la contestation politique, trafic d’armes…la liste n’en finit pas», écrivent Alain Deneault et William Sacher dans Le Monde Diplomatique. Leur livre Noir Canada: Pillage, corruption et criminalité en Afrique a d’ailleurs fait l’objet de deux poursuites-bâillons intentées par des géantes mondiales de l’or dès sa parution en 2008.

Selon M. Hamilton, le grand enjeu réside dans la transformation des structures juridiques encadrant le secteur privé. «Les compagnies n’ont pas les mêmes obligations que les États. Plusieurs discussions sont en cours, mais ce n’est pas encore clair. Éventuellement, on espère avoir des normes légales qui peuvent être utilisées pour protéger les droits», conclut-il.

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