Une journée à droite…

J'avais envie de me désillusionner.
Photo: qimono

Ça faisait quelque temps que j’y pensais. Passer une journée à droite. Une journée entière avec un gros VUS blanc. Revendiquer la cupidité, plaider la responsabilité individuelle. Travail, famille, patrie.

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J’avais envie de me désillusionner. De me laisser porter par la majorité silencieuse. Mettre de côté la solidarité. Choisir le vice, prôner la tarification, porter des talons aiguilles (ouin, heureusement, j’habite au rez-de-chaussée).

Au lever, j’ai souhaité une baisse des impôts. Mais bon, à quoi bon m’épuiser là-dessus: c’est déjà prévu anyway. Je me suis demandé pourquoi les gens voulaient que leur vote compte, pis pourquoi on construisait pas plus de condos de luxe à une chambre en carton-pâte sur le bord du canal Lachine. Me semble qu’elle met du temps à péter, cette bulle immobilière là...

Aisselle, tailleur gris et cie

J’ai eu envie d’un projet pour redonner ses lettres de noblesse au libéralisme, d’un État au service des entreprises, de la réhabilitation du pouvoir de la classe dominante...

Dans mon enthousiasme, j’ai cru pouvoir m’enrôler au PLQ. J’ai eu envie d’un projet pour redonner ses lettres de noblesse au libéralisme, d’un État au service des entreprises, de la réhabilitation du pouvoir de la classe dominante...

J’ai commencé la journée en me rasant en dessous des bras parce que tsé, ça faisait longtemps. Je me suis dit : quoi de mieux qu’une aisselle bien lisse pour prolonger ma carrière dans l’industrie de l’opinion ? Si seulement les gens pouvaient voir mes aisselles quand j’écris [soupir]. J’ai même pas pu faire de joke avec la faute d’accord qu’il y avait dans la chronique originale parce que, depuis que je suis à droite, on a coupé l’Office québécois de la langue française. Les fautes, ça existe plus.

Un tailleur gris donnerait sûrement à mes propos une profondeur spontanée, du moins sur un plateau de télévision. Parce que vu que je suis rendue à droite, je suis un peu superficielle maintenant et je pense vraiment que les vêtements des gens, c’est ça qui les définit politiquement.

Au déjeuner, j’ai réfléchi. Je me suis demandé quelle était la chose la plus capitaliste que je pouvais manger et j’ai décidé d’acheter l’usine de beurre de peanut (parce que je suis rendue à droite, mais pas complètement gnochonne non plus, pis j’ai compris que le rapport capitaliste se passe dans la production, pas la consommation).

Pas l’ostie de beurre de peanut bio à 12 piasses qu’ils n’ont même pas eu la décence de brasser pis que c’est du béton dans le fond pis de l’huile sur le dessus, là. Nenon, la vraie affaire là, avec tout ce qu’il faut pour finir avec des maladies du cœur à 40 ans : de l’huile de palme hydrogénée pis du TBHQ. Mmm, du bon Butylhydroquinone tertiaire que je peux séparer avec les fachos du quartier!

Du manger et Gaëtan Barrette (ce nom-là n’a pas vraiment rapport, il ne reviendra pas dans le reste de la section)

Évidemment, pour le monde qui feel fancy, il n’y aura toujours que le Nutella. C’est moins gras, mais plus sucré. Je vous raconte tout ça parce que je suis convaincue que la deuxième chose qui caractérise le mieux le drettiste, après son habillement, est son petit déjeuner.

Alors j’aimerais AUSSI ça vous dire tout ce que j’aurais pu manger d’autre pour le petit déjeuner en tant que drettiste: des céréales, des bagels, des fruits, des œufs, du bacon, des saucisses, du creton, des crêpes, des gaufres, du fromage cottage, du gruau, du yogourt. Je pense que j’écris un article de fond en ce moment pis en plus, si je deviens aussi connue que Richard Martineau tout en gardant le même niveau intellectuel, je vais me faire la piasse en esti, habiter dans Outremont, pis quand même parler au nom du «vrai monde» comme si j'en faisais partie.

Là je te parle de mon petit déjeuner pis tu te demandes où s’en va ma chronique. Man, pas besoin d’aller nulle part: depuis que je suis à droite, j’ai même plus besoin de parler de société dans mes articles, je fais juste te parler de manger!

Sans but (du tout)

Là où je suis, une entreprise qui se paye toute seule, tu peux plus trouver ça. Bombardier, les pharmaceutiques, les minières… Elles reçoivent toutes des subventions et des crédits d’impôt cinglés, ou bien elles payent tellement peu de redevances que c’est comme si ces compagnies-là étaient dans un paradis fiscal. Oui, oui, t’as bien lu, ici, c’est rendu le PARADIS.

Mais là, ce sont des organisations à but lucratif tout à fait respectables, qui concordent parfaitement avec l’objectif du jour: privatiser les profits, socialiser les pertes. Tu me donnes ton cash, je fais des mises à pied, je délocalise mes usines et je te laisse des cratères à décontaminer un peu partout sur le territoire.

Tu me donnes ton cash, je fais des mises à pied, je délocalise mes usines et je te laisse des cratères à décontaminer un peu partout sur le territoire.

Ce matin donc, j’ai écouté la radio en lisant les nouvelles sur ma tablette. Pis après, j’ai écrit trois choses qui sont sensées être drôles, mais en fait j’ai juste oublié de mettre «alcool» dans la liste de ce que j’ai pris pour le petit déjeuner.

J’arrosais mon asphalte pis je bandais devant mon VUS blanc (ben pratique pour les nids de poule) quand un ami a téléphoné. Tu fais quoi aujourd’hui? Ben là, je pollue, je fais de l’évitement fiscal pis je parle de mon petit déjeuner jusqu’à demain... Tu ironises? Ben là pas vraiment, j’ai ben trop peur de me ramasser avec une poursuite de Québécor. Regarde ce qui est arrivé au Journal de Mourréal.

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