Finances

Pokémon Go : attrapez toute la richesse!

Photo: Eduardo Woo

Depuis le 6 juillet dernier, la planète est prise d’une fièvre pour le jeu Pokémon Go. Partout dans le monde, des millions de personnes se promènent dans leurs quartiers, téléphone à la main, en suivant le mantra «attrapez-les tous».

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Le buzz est tellement important qu’environ une personne sur 14 aux États-Unis joue à chaque jour, en moyenne 33 minutes. On peut croire que ces statistiques sont similaires dans les autres pays de l’Occident. Pour l’instant, la fièvre est loin de se calmer. Chaque 15 minutes, près de 73 000 personnes téléchargent l’application et plus de 163 000 $ US (à peu près 200 000 $ CA) sont dépensés à travers elle. Ce que ces chasseurs de Pokémons ne soupçonnent peut-être pas, c’est que derrière leur chasse pour ces mignons personnages se brasse beaucoup d’argent.

Ce que ces chasseurs de Pokémons ne soupçonnent peut-être pas, c’est que derrière leur chasse pour ces mignons personnages se brasse beaucoup d’argent.

Des revenus directs

Le jeu Pokémon Go est gratuit au téléchargement. Par contre, il est possible d’acheter dans le jeu des objets qui permettent d’évoluer plus rapidement. Il s’y dépense autour de 15,6 millions $ US actuellement (à peu près 18,7 millions $ CA). Si ce rythme est maintenu, c’est plus de 5,7 milliards de $ US (à peu près 6.8 milliards $ CA) qui seront dépensés via le jeu chaque année. La firme de recherche App Annie prévoyait, le 12 juillet dernier, que les revenus de l’application seraient autour de 1 milliard de $ US par an. Cette manne bénéficiera aux magasins d’applications (Play store de Google et Apple store), qui reçoivent une commission de 30 % des ventes. Mine de rien, cette commission représente 5,2 millions $ US (à peu près 6.2 millions $ CA) par jour. Comme les deux tiers des téléchargements de l’application sont réalisés sur des téléphones Android, Google devrait encaisser cette proportion des commissions et laisser le reste à Apple. Le reste des revenus de l’application seraient partagés ainsi : 30 % à la Pokémon Co (détenue au tiers par Nintendo), 30 % à Niantic (firme détenue en bonne partie par Google), 30 % à Apple et 10 % à Nintendo. Considérant que Niantic a levé 20 à 30 millions de dollars américains pour développer l’application, on peut qualifier Pokémon Go de machine à imprimer de l’argent.

La vraie manne : la capitalisation boursière

Des millions de joueurs sont atteints de la fièvre Pokémon Go. La machine à imprimer de l’argent qu’est cette application crée aussi une fièvre Pokémon Go chez les investisseurs.

La machine à imprimer de l’argent qu’est cette application crée aussi une fièvre Pokémon Go chez les investisseurs.

Entre le 6 juillet dernier, date de la sortie de l’application, et aujourd’hui, l’action de Nintendo à la bourse de Tokyo a augmenté de près de 120 %. Une augmentation de la valeur boursière d’à peu près 24 milliards $ US (à peu près 28.8 milliards $ CA) en 13 jours. Pour avoir un ordre de grandeur, on peut dire que l’augmentation de la valeur boursière de Nintendo dans les deux dernières semaines représente 0,5 % du PIB du Japon!

Bien que l’effet Pokémon Go y soit moins évident que pour Nintendo, les géants Google et Apple profitent aussi de la manne Pokémon en bourse. Depuis les 13 derniers jours (du 6 au 19 juillet), l’action de Google a augmenté de plus de 6,5 %, ajoutant 35 milliards $ US (à peu près 42 milliards $ CA) à sa capitalisation boursière. De son côté, l’action du géant Apple a augmenté de près de 5 % durant la même période, ajoutant plus de 27 milliards $ US (à peu près 32 milliards $ CA) à sa capitalisation boursière.

La manne Pokémon Go : un feu de paille?

L’excitation actuelle autour du phénomène Pokémon Go sera peut-être de courte durée. Il y a manifestement un buzz actuellement qui fait que les gens s’organisent pour jouer en groupe. Le fait de croiser des dizaines de joueurs chaque jour ajoute sans contredit à l’expérience.

La longue marche entre amis pour trouver Pikachu peut être agréable par une belle soirée d’été, mais il risque d’y avoir beaucoup moins de volontaires à -20 degrés Celsius en décembre.

Par contre, il est fort probable que cette fièvre s’essouffle et que, dans un mois ou deux, on se moque des gens qui erreront encore dans les rues à la chasse au Roucool. C’est sans compter les facteurs climatiques. La longue marche entre amis pour trouver Pikachu peut être agréable par une belle soirée d’été, mais il risque d’y avoir beaucoup moins de volontaires à -20 degrés Celsius en décembre.

Quand les joueurs jugeront que progresser dans le jeu Pokémon Go ne vaut peut-être pas les dollars investis (parfois par centaines), la machine à imprimer de l’argent risque de ralentir. L’enthousiasme des investisseurs autour de Nintendo est en grande partie causé par le fait que le phénomène Pokémon Go prend encore de l’ampleur et qu’on n’arrive toujours pas à envisager le moment où son succès pourrait ralentir. Lorsque ce jeu ne sera plus capable de répondre aux attentes toujours plus grandes des actionnaires, la plupart d’entre eux vont perdre de l’argent. Beaucoup d’argent.

Pokémon Go : un moteur à concentrer la richesse

Pour les joueurs de Pokémon Go qui ne vivent pas en ville, il ne se passe pas grand-chose dans cette réalité augmentée. La majorité des joueurs et des lieux d’intérêts dans le jeu se retrouvent dans les grandes concentrations urbaines. Chaque jour, des milliers de joueurs quittent les banlieues et les campagnes pour aller en ville «où il y a plein de Pokémons». Ce faisant, ils vont encourager les commerces de la ville plutôt que ceux où ils habitent.

L’argent des achats qui sont faits dans l’application se retrouve chez Google, Apple, Niantic et Nintendo.Quotidiennement, 15 millions de $ US partent de partout dans le monde pour se retrouver dans la Silicone Valley et à Tokyo.

Quotidiennement, 15 millions de $ US partent de partout dans le monde pour se retrouver dans la Silicone Valley et à Tokyo.

Finalement, depuis 13 jours, c’est 86 milliards $ US (à peu près 103 milliards $ CA soit approximativement le budget du gouvernement du Québec pour un an) qui se sont concentrés dans les bourses de Tokyo et, surtout, New York.

Devant la concentration de la richesse qui s’accélère entre autres avec des phénomènes comme Pokémon Go, il est capital que les gouvernements travaillent à une redistribution accrue de la richesse si on ne veut pas se retrouver avec quelques villes remplies d’argent entourées de déserts économiques.

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