Monde syndical

Jeunes libéraux : plus ça change, plus c’est pareil

Chaque été, les jeunes libéraux nous proposent de nouvelles abolitions. Après avoir proposé d’anéantir les cégeps l’été dernier, l’aile jeunesse du PLQ suggère maintenant de mettre fin «au dogme de l’ancienneté». Gageons que l’an prochain, ils s’attaqueront au salaire minimum.

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D’abord, il faut expliquer au président des jeunes libéraux, Jonathan Marleau, ce qu’est l’ancienneté et pourquoi elle existe. D’un point de vue syndical, l’objectif de l’ancienneté est de réduire l’arbitraire du patron. Une clause d’ancienneté dans une convention collective a pour but de rendre rationnelles certaines décisions des gestionnaires. Le principe est simple : pour éviter le favoritisme, plus une personne a accumulé de temps de travail dans une entreprise, plus elle a priorité. De cette façon, tout le monde est soumis au même principe pour certaines décisions d’importance. Une personne qui travaille depuis 10 ans pour un employeur ne peut donc pas se faire diminuer ses heures parce que son patron veut donner du temps à son fils. Je suis d’accord, ce système n’est pas parfait. Mais il demeure le meilleur moyen pour éviter le favoritisme et l’arbitraire. Et ça ne veut pas dire que tout doit être géré en fonction de l’ancienneté.

Le luxe d'être jeune

Comme jeune conseiller syndical, j’ai moi-même eu quelques questionnements à propos de l’ancienneté. En effet, quand on est jeune, qu’on sort de l’université et que notre seule responsabilité est de rembourser notre dette d’étude, on a le luxe d’avoir beaucoup de temps libre. On a aussi le luxe de pouvoir consacrer toute notre vie à notre travail. Pas de famille, pas de maison, pas d’hypothèque… Mon appartement et ma vie d’étudiant me permettent de ne penser qu’à moi. Si l’ancienneté disparaissait, évidemment, j’aurais un avantage. J’aurais le beau jeu de passer toute la nuit à approfondir certaines procédures ou à me perfectionner sur les nouveaux changements technologiques. Mais cet avantage, je l’aurais gagné contre mon collègue qui doit s’occuper de sa famille et de ses enfants. Je l’aurais contre d’autres personnes qui ont d’autres responsabilités. Je ne sais pas si c’est vraiment le genre de société dont on souhaite faire la promotion. L’ancienneté, ça permet aussi ça : enlever un peu de pression à ceux et celles qui souhaitent se consacrer à d’autres activités aussi utiles que le travail.

L’ancienneté, ça permet aussi ça : enlever un peu de pression à ceux et celles qui souhaitent se consacrer à d’autres activités aussi utiles que le travail.

Le président des jeunes libéraux va jusqu’à confondre les «clauses de disparité» et l’ancienneté. Il affirme que la fonction publique québécoise comporte des clauses de disparité de traitement. Encore une fois, faisons un peu de vulgarisation. Une clause de disparité est une clause dans une convention collective qui discrimine un groupe de travailleuses ou de travailleurs en fonction de leur âge. L’exemple le plus simple d’une clause de disparité est le suivant : le régime à prestation déterminée sera remplacé par un régime à cotisation déterminée pour les salarié-es embauché-es après la date X. À ancienneté égale, les avantages seront différents.

Espérons que le président des jeunes libéraux ne souhaite pas faire carrière dans le domaine des relations de travail. Si c’était le cas, ironiquement, son avancement serait sans doute mieux servi par un système fondé sur l’ancienneté que par sa connaissance des dossiers qui, elle, reste à démontrer.

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