FSM 2016

Un bilan mitigé

Ruby Irene Pratka

Si la convergence des luttes était le mot d’ordre du 13e Forum social mondial, qui a rassemblé plus de 30,000 altermondialistes à Montréal du 9 au 14 août dernier, cette dernière n’a pas été aussi complète ou coordonnée que certain-es — incluant le comité organisateur — l'auraient souhaité.

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Fatoumata Chérif, militante féministe de la Guinée-Conakry, a assisté aux cérémonies de fermeture du FSM ce week-end au Parc Jarry en ne pouvant s’empêcher de se sentir un peu seule. «Beaucoup de nos collègues africain-es n’ont pas pu venir au FSM, s’est désolée la directrice de l’ONG Femmes — Pouvoir et Développement. Ce sont des dommages collatéraux du fait que le Forum était au Canada. Si nos ami-es avaient pu venir, les échanges auraient été beaucoup plus riches», ajoute-t-elle.

Même son de cloche chez Ali Abunimah, militant américain d’origine palestinienne : «Un des avantages de ce forum, c’est de pouvoir parler en personne avec des gens que je connais de loin. Mais beaucoup ont été empêchées de venir, en raison des politiques discriminatoires du gouvernement canadien.»

Carminda Mac Lorin, co-organisatrice du Forum, avait anticipé ce problème. «On a soutenu environ 2000 personnes pendant le processus de demande de visa, et suite à un sondage d’environ 300 personnes, on a constaté 60 % de refus. On trouve ça absurde que les marchandises puissent se déplacer plus librement que des êtres humains militants pour les droits de la personne.» Raphaël Canet, co-organisateur du Forum, a indiqué que le Conseil international du Forum pourrait énoncer une résolution dénonçant le gouvernement Trudeau pour ces refus.

Les organisateurs et organisatrices ont aussi essuyé quelques critiques par rapport à l’absence relative des militant-es Noir-es, y compris ceux et celles du mouvement Black Lives Matter. Carminda Mac Lorin a souligné qu’un forum parallèle sur les questions raciales, Hoodstock, avait lieu à Montréal-Nord pendant le FSM. Hoodstock n’était pas inscrit dans la liste officielle des événements parallèles du FSM, la collaboration n’ayant pas été établie à temps selon le groupe organisateur. «Si d’autres groupes n’ont pas été inclus, c’est parce qu’ils ne se sont pas proposés», a ajouté Mac Lorin.

Les organisateurs et organisatrices ont aussi essuyé quelques critiques par rapport à l’absence relative des militant-es Noir-es, y compris ceux et celles du mouvement Black Lives Matter.

Plusieurs conférences organisées par des comités autonomes ont été annulées sans préavis, notamment une conférence de la candidate présidentielle du Parti vert des États-Unis, Jill Stein, prévue pour la première matinée du Forum. «C’est dommage que plusieurs ateliers prévus dans le programme n’aient pas eu lieu», dit Heather, une militante écologiste de Victoria, en Colombie-Britannique. «Cependant, après qu’un de mes ateliers ait été annulé, j’ai découvert une autre conférence sur les revendications foncières des Premières Nations, et c’était vraiment intéressant», a-t-elle ajouté.

La convergence des luttes

Malgré les pépins et les points de désaccord, de nombreux délégué-es indiquent avoir trouvé exactement ce qu’ils et elles cherchaient. Le Forum réunissait des militant-es de dizaines de milieux différents, notamment des groupes anti-extractivistes, des associations pour les droits des autochtones, des féministes et des indépendantistes palestinien-nes, entre autres. «Le Forum social mondial est très important pour ce qui est de la convergence des luttes», a expliqué Massa Koné, du Mali. «Chez nous, je me bats pour les droits des personnes qui ont perdu leurs terres au profit des multinationales minières. Ici, j’ai pu assister à une conférence par les frères et sœurs du FRAPRU (Front d’Action Populaire en Réaménagement Urbain, collectif québécois pour le droit au logement) qui m’a donné espoir et m’a rassurée sur le fait qu’il est possible de revendiquer un droit au logement.»

Retour vers le futur

Les dates et le lieu du Forum social mondial seront déterminés dans un futur proche par le Conseil international du FSM. Comme les villes de Tunis et de Porto Alegre ont toutes les deux accueilli plus d’un forum, il n’est pas exclu que Montréal en accueille également un deuxième.

Comme les villes de Tunis et de Porto Alegre ont toutes les deux accueilli plus d’un forum, il n’est pas exclu que Montréal en accueille également un deuxième.

Entretemps, les luttes locales en sortiront renforcées, selon Raphaël Canet. «Des groupes ont pu parler et faire des coalitions plus larges que ce qu’on aurait pu faire autrement, créer des jonctions entre les luttes environnementales et les luttes des travailleurs et des travailleuses, etc. Le Forum a renforcé la société civile au Québec et encouragé la participation des Québécois et des Québécoises, qui ont vu de nombreuses occasions d’engagement», d’après Canet.

Un bilan définitif des travaux du Forum devrait être publié en ligne au cours du prochain mois.

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