Pétrole

Pétrolier à Sorel : pourquoi et pour qui prendre ces risques?

Photo: Mr Hicks46

Au moment d’écrire ces lignes, le pétrolier Genmar Daphné vient de quitter le port de Sorel pour aller assouvir la « soif » et la dépendance pétrolière d’un autre pays.

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C’est le deuxième pétrolier qui quitte le Lac Saint-Pierre chargé de pétrole des sables bitumineux, et cela risque de se reproduire de 20 à 30 fois par année si rien n’est fait. Mais qu’y a-t-il d’aussi préoccupant pour que la population locale organise une deuxième manifestation contre ce projet ce dimanche 26 octobre? Au-delà du fait qu’il s’agit d’exporter un des pétroles les plus polluants au monde, ce qui se passe à Sorel devrait vous interpeller...

Des trains chargés de pétrole dans votre cour

Le Québec ne s’est pas encore remis de la tragédie du Lac-Mégantic que des compagnies pétrolières ont décidé de pousser les machines pour sortir le pétrole de l’Ouest. Depuis juillet dernier des trains chargés de pétrole partent d’Alberta et traversent les communautés canadiennes pour se rendre à Sorel. Tout cela a été autorisé en douce, sans consultation des populations concernées et sans assurances quant à la sécurité liée au transport de ce pétrole.

Du pétrole sur (et éventuellement dans) votre fleuve

Pire, le nombre de navires chargés de pétrole brut sur le fleuve pourrait doubler, voire tripler avant la fin de la décennie.

Après avoir été entreposé à Sorel, ce pétrole est ensuite expédié par le fleuve Saint-Laurent. Je sais, vous me direz que des pétroliers transitent sur le fleuve depuis des lunes. En effet, mais jadis c’était pour notre propre consommation alors que maintenant le pétrole qui emprunte et menace le fleuve et l’eau potable des communautés est destiné à l’exportation. Le tout pour satisfaire l’insatiable désir de profits des pétrolières. Pire, le nombre de navires chargés de pétrole brut sur le fleuve pourrait doubler, voire tripler avant la fin de la décennie.

Ajouter à cela qu’aucune municipalité riveraine du fleuve ne possède de plan d’urgence en cas de marée noire. Pire encore, le gouvernement Harper permet aux pétrolières de se doter d’une capacité d’intervention limitée à 10 000 tonnes de pétrole alors que le port de Kildair à Sorel peut accueillir des navires-citernes d’une capacité de 70 000 tonnes. Lors de chaque voyage, il y aura transport d’environ 350 000 barils de pétrole, soit près de 60 millions de litres! Imaginez un déversement! En comparaison lors du déversement du Lac-Mégantic, environ 100 000 litres de pétrole se seraient retrouvés dans la rivière Chaudière. Plus d’un an plus tard, cette dernière est encore loin d’être nettoyée. Et Mégantic, c’était du pétrole léger alors que les pétroliers en partance de Sorel transportent du pétrole lourd qui coule dans l’eau et est pratiquement impossible à récupérer, comme nous l'a montré l’exemple de la rivière Kalamazoo au Michigan.

Complaisance et complicité gouvernementale

Comment nos gouvernements peuvent-ils justifier cela? Complaisance, complicité, incompétence, amateurisme, opportunisme, choisissez votre qualificatif. Nos gouvernements ne peuvent consciemment laisser des pétrolières emprunter notre territoire pour exporter leur marchandise sans évaluer adéquatement leur impact. De surcroit, les gouvernements n’ont pas d’assurances adéquates quant à la sécurité des populations et de l’environnement. Cela équivaut à se faire complice des pétrolières au détriment du reste.

À quoi bon une évaluation environnementale stratégique si nous laissons les projets aller de l’avant avant même de connaitre les conclusions de l’exercice?

Pourtant, lors d’une commission parlementaire en décembre dernier, le gouvernement du Québec avait statué que si du pétrole de l’ouest était amené à Montréal ce dernier devait rester au Québec et ne pas être exporté. Le gouvernement du PLQ a d’ailleurs a aussi en place une évaluation environnementale stratégique (ÉES) sur les hydrocarbures qui doit évaluer la question du transport. À quoi bon une ÉES si nous laissons les projets aller de l’avant avant même de connaitre les conclusions de l’exercice?

Le Québec deviendra aussi complice de l’expansion des sables bitumineux. Rappelons qu’entre 1990 et 2012, la production de pétrole des sables bitumineux a augmenté de près de 450%! Ce secteur émet désormais davantage de GES que le secteur des transports au Canada... Et selon l’industrie, les émissions augmenteront de 2,5 fois d’ici 2030!

Pour toutes ces raisons et plusieurs autres, je vous invite à manifester en solidarité à Sorel ce dimanche, à 13h.

Pour suivre le pétrolier Genmar Daphné, cliquez ici.

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