Élection américaine

Pas de politique sur la plage

Le premier débat Clinton/Trump, en direct de Cap Hatteras, en Caroline du Nord, révèle un désintérêt certain de la politique américaine.
Isabelle Bergeron

Le journaliste Mathieu Massé et la photographe Isabelle Bergeron parcourent dans les prochains mois les États-Unis sur deux roues, dans une aventure que le duo a nommée «Chroniques d’une présidentielle à vélo». Leur plus récent arrêt; Cap Hatteras, en Caroline du Nord, où le duo a regardé le premier débat Clinton/Trump en sondant les Américains et Américaines sur le vote de novembre.

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«Hillary n’a rien dit qui aurait pu faire changer mon vote. Donald Trump est vraiment odieux, mais il est le moins pire de deux maux», résume Fonda, une résidente de Charlotte en Caroline du Nord, en vacances sur l’île de Hatteras dans les Outer Banks.

Un groupe d'amis regardent le débat en direct d'un camping de Cap Hatteras, dans les Outerbanks
Isabelle Bergeron

C’est à l’extérieur de leur roulotte de luxe que six amis, retraités pour la plupart, nous accueillent pour visionner le débat qui oppose pour la première fois Donald Trump et Hillary Clinton. Les commentaires fusent ici et là pendant le débat, allant contre l’une et l’autre. «Je ne peux pas croire qu’on se retrouve avec ces deux-là comme candidats. C’est désolant!» s’exclame Billy, le plus jeune du groupe, employé de maintenance et mécanicien à Charlotte.

«Je ne peux pas croire qu’on se retrouve avec ces deux-là comme candidats. C’est désolant!»

L’analyse la plus répandue parmi les téléspectateurs est que ces deux candidats désirent faire du bien à leur pays, mais qu’ils ne s'y prennent pas de la bonne façon. On s’obstine à savoir si Donald Trump est trop imprévisible pour avoir un pouvoir aussi important et on argumente sur le passé préjudiciable d'Hillary Clinton. La réponse n’est jamais plus claire que : «Il faut choisir le moins pire des deux.»

Pour le groupe de Nord-Carolinien-nes, ce «moins pire» semble tendre vers le camp du candidat républicain, mais c’est toujours par manque de confiance envers Clinton. Cette confiance a, pour certain-es, été anéantie lors du scandale de Benghazi, pour d’autres, à cause des courriels confidentiels révélés. Fonda le dit sans détour : elle ne lui a jamais fait confiance, à partir du moment où elle est devenue Première dame des États-Unis.

Isabelle Bergeron

Peu d’intérêt de la part des vacanciers

Dans le village de Avon, près de Cap Hatteras, on trouve plus ou moins cinq bars et restaurants. Un seul endroit présente le débat sur un écran. «J’espère qu’il y aura du monde», confie le serveur du bar Oceania Bistro, qui, en après-midi espérait pouvoir mettre du son pour la présentation.

Au Ugliesmug Café, Chett le chante haut et fort : il ne regardera pas le débat. Il ne veut pas s’emporter, mais trop tard. Il pointe les contradictions entre les positions d'Hillary Clinton avant, pendant et après les deux mandats du président Obama. «Hillary met son doigt dans les airs, et ses opinions vont dans le sens où le vent souffle», explique-t-il

«Les gens ici vivent comme en vacances. Ils n’ont pas vraiment envie de s’inquiéter de la politique; ils veulent surfer et boire de la bière. C’est très impopulaire de parler de politique»

Plus au nord, Michael, le propriétaire du bar le Rundown, à Kitty Hawk, pose un diagnostic sur le «problème». «Les gens ici vivent comme en vacances. Ils n’ont pas vraiment envie de s’inquiéter de la politique; ils veulent surfer et boire de la bière. C’est très impopulaire de parler de politique», estime-t-il. Michael ajoute que dans son bar, il y a normalement une règle non écrite qui interdit de parler de politique avec les clients. «Mais vous, ce n’est pas pareil, vous venez du Canada! Vous ne vous emporterez pas et vous ne casserez pas l’ambiance.»

Il s’agit en effet d’une tendance populaire chez les propriétaires d’entreprises. Sur cinq commerces où la question de la diffusion du débat a été posée, la réponse se faisait voir par une grimace ou une phrase comme : «Est-ce que je dois vraiment? C’est le Monday night football!»

Très peu de pancartes pour ou contre les candidats sont affichées sur les terrains; ce n’est pas bon pour les affaires d’avoir des chicanes politiques. John, le propriétaire du camping The sands of times à Avon, est toutefois à contre-courant, affichant quelques-unes des rares affiches, une pour soutenir Donald Trump, l’autre clamant : «Hillary for Prison 2016». Il ne le cache pas : «Hillary est une criminelle et mérite la prison.»

Fonda explique qu’elle a longtemps été une employée de l’état américain. Elle affirme que si elle avait utilisé un courriel personnel pour envoyer des informations confidentielles, «même pas aussi confidentielles que celles auxquelles avait accès Mme Clinton», elle se serait retrouvée en prison.

Jennifer
Isabelle Bergeron

Jennifer, assise au bar en début de débat, alterne son regard entre les deux écrans, de chaque côté d’elle. Football, débat, football… débat? Il y a peu d’intérêt pour les deux événements. Propriétaire d’une entreprise dans la région de Washington, elle votera pour Donald Trump, car elle croit qu’il saura gérer une économie qui bat de l’aile. Elle ne l’aime pas pour autant. L’ennui l’emporte. Elle se lève pour partir, mais ajoute, avant de quitter : «Ne pensez pas que je suis complètement de son côté. Je crois qu’il pourra redresser économiquement un pays en crise… mais j’aurais vraiment peur de lui donner les codes nucléaires...»

Le prochain débat présidentiel aura lieu le 4 octobre prochain.

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