Course à la chefferie du PQ

Alexandre Cloutier, la main stratégiquement tendue

Gracieuseté

Face à un courant identitaire protectionniste, l’aspirant chef du Parti Québécois Alexandre Cloutier s’est positionné comme le candidat de l’ouverture. Refusant de céder à la peur de l’autre, le jeune député de Lac-Saint-Jean veut tendre la main aux Néo-Québécois-es et aux Premières nations. Pour cela, il doit opérer un virage important au sein de sa formation, au risque de déplaire.

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Pendant de longues semaines, le débat identitaire qui a fait rage a opposé Alexandre Cloutier à son adversaire Jean-François Lisée. Ce dernier a proposé l’interdiction de la burqa et du niqab dans l’espace public, de peur que ces vêtements religieux ne puissent cacher des armes, et a défendu à nouveau la Charte des valeurs québécoises, une approche qu’Alexandre Cloutier rejette. Celui-ci dit refuser de «construire un pays sur la peur de l’autre» : «On doit faire de la place à tout le monde et ne pas faire de raccourci ou d’amalgame», affirme-t-il d’emblée. Même s’il dit ne pas être en mode reproches, il est clair que pour lui, cette voie n’est pas acceptable. «Ce genre de discours fait peur aux gens, il suscite de la crainte. Il faut être responsable, à la hauteur.»

«On doit faire de la place à tout le monde et ne pas faire de raccourci ou d’amalgame»

L’avocat de formation veut s’élever au-dessus de la mêlée et envoyer le message que toutes les communautés culturelles seront les bienvenues au sein d’un Parti Québécois sous sa gouverne. Il doit toutefois les attirer sous la bannière souverainiste, une opération séduction que le PQ a historiquement eu du mal à réaliser. Pour y arriver, Alexandre Cloutier veut faire des enjeux qui préoccupent les communautés culturelles des enjeux d’importance pour le parti, comme le droit à la francisation, la reconnaissance des diplômes et une commission sur la discrimination.

Il croit qu’en donnant davantage de place aux minorités visibles dans les instances du parti, le Parti Québécois sera vu comme un véhicule légitime de leurs préoccupations. Plus ils seront visibles, «plus ça leur donnera le goût de construire avec nous et de se joindre à nous, comme le mouvement indépendantiste écossais a réussi à le faire. Il y avait les Asiatiques pour le OUI, les Polonais pour le OUI. Je crois que c’est possible aussi au Québec.»

Il se dit favorable à une décentralisation des pouvoirs qui ferait des Premières Nations de véritables partenaires du gouvernement québécois dans la gestion du territoire, prenant en exemple les Cris de la Baie-James.

Cette main tendue à l’autre l’est aussi à l’égard des Premières Nations. L’un des premiers gestes qu’il poserait en tant que premier ministre serait de faire adopter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones par l’Assemblée nationale et de la mettre en œuvre immédiatement. Il se dit favorable à une décentralisation des pouvoirs qui ferait des Premières Nations de véritables partenaires du gouvernement québécois dans la gestion du territoire, prenant en exemple les Cris de la Baie-James. «Il faut s’inspirer de ce modèle de cogestion du territoire, un modèle de dialogue où tous participent à la décision» et qui permet une redistribution de la richesse, selon lui.

Cependant, s’il y a un enjeu qui lui tient particulièrement à cœur, auquel il s’attaquerait dès son premier jour au pouvoir, ce serait le décrochage scolaire. Il voit comme «hautement problématique» qu’un-e jeune sur quatre ne complète pas ses études secondaires, non seulement pour leur avenir, mais celui de la société entière. «Si on compare le Québec dans le monde, on peut être fiers, mais on doit être les meilleur-e-s. On doit être dans le peloton de tête et pour ça, il faut accompagner les professeur-e-s, donner des ressources pour les élèves en difficulté, combattre l’analphabétisme, réinvestir de manière importante dans le système d’éducation», affirme-t-il dans une rare envolée, lui qui compte réinvestir un milliard de dollars dans ce secteur.

Partir sur de nouvelles bases

Un PQ dirigé par Alexandre Cloutier ferait donc un véritable 180 degrés : fini le repli identitaire, finis les chicanes référendaires, finie l’austérité. Ses propositions sont détaillées et on sent l’effort qu’il y a mis pour qu’elles forment un tout cohérent. L’aspirant chef veut planifier, étape par étape, le chemin vers un nouveau Québec et ultimement, vers l’indépendance. Ce projet est toutefois loin de faire l’unanimité au sein de son parti, à commencer par son ambivalence sur la question référendaire.

L’aspirant chef veut planifier, étape par étape, le chemin vers un nouveau Québec et ultimement, vers l’indépendance.

Celui-ci lancera l’automne prochain une consultation pour définir le projet de pays et promet de décider à ce moment-là, soit six mois avant l’élection de 2018, si un référendum sera tenu dans un premier mandat. Il a été attaqué avec véhémence à la fois par Jean-François Lisée, qui ferme à double tour la porte d’un référendum, et par Martine Ouellet, la plus «pressée» des quatre candidats. Malgré la pression pour se positionner, Alexandre Cloutier a su marteler son message. Il veut d’abord poser six actions fondatrices pour l’État du Québec, toutes des actions qui portent une charge symbolique : adoption d’une Constitution du Québec, création d’un Conseil constitutionnel québécois, déclaration d’impôts unique, application de la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale, fin du financement du lieutenant-gouverneur et abolition du serment d’allégeance à la reine d’Angleterre.

«C’est serré, personne n’est capable de prédire le résultat.

Cet étapisme est nécessaire pour reconstruire le Québec, selon lui. Cependant, s’il est élu chef du Parti Québécois, Alexandre Cloutier devra aussi rebâtir son parti, qui s’est entredéchiré durant cette course à la direction. Celui qui prône impérativement l’ouverture du PQ à l’immigration devra aussi être le candidat rassembleur des péquistes après que les candidats aient fait leur choix, qu’il ait été élu ou non. Lorsqu’on évoque son avenir au sein du parti en cas de défaite, la réponse est catégorique : «C’est serré, personne n’est capable de prédire le résultat. Je suis en mode "qu’est ce que je vais faire pour gagner", et pas qu’est-ce que je vais faire si je perds.»

L’assurance du jeune premier est un brin étonnante, compte tenu des sondages qui le placent au coude-à-coude avec Jean-François Lisée, mais si l’avance qu’il détenait s’est amenuisée, il semble avoir donné tout ce qu’il avait dans cette campagne. Il dit ne pas être en politique pour se faire applaudir, mais après deux courses à la direction de suite, il a clairement tout misé pour que ce soit lui qu’on acclame le 7 octobre. Reste à voir si le parti le désignera à son tour.

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