Démocratie participative

Le temps pour se parler

Photo: Skitterphoto

Depuis le lancement de Faut qu’on parle, je sens un regain d’enthousiasme autour de moi au sujet de la démocratie participative. L’initiative n’en est pas une, à proprement parler, de démocratie participative, puisque les personnes qui y seront impliquées n’auront pas de prise directe sur un quelconque processus décisionnel. Toujours est-il que Faut qu’on se parle vient rappeler à la population québécoise à quel point il est rare qu’on lui demande son avis. Tout au plus, on lui donne le loisir de choisir entre blanc bonnet et bonnet blanc une fois tous les quatre ans et, une fois tous les 15 ans, d'acquiescer ou non à l’idée que «le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique».

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Malgré l’ennui mortel qu’elle représente, on dit des jeunes qu’ils se désintéressent de la politique, entendant par là la politique partisane. Le fait que les gens qui tiennent ce genre de propos ne sentent pas la nécessité d’être spécifiques quant à l’épithète en dit beaucoup plus long sur leurs propres angles morts que sur la jeunesse. Même lorsque plus de 200 000 de ces jeunes (et moins jeunes) décident d’envahir les rues de la métropole, on se refuse à voir qu’ils sont politisés et qu’ils ont soif de pouvoir sur leur vie.

Beaucoup de ces étudiant.e.s ont connu les joies et les peines de la démocratie participative en 2012, à l’intérieur de leur association. Ils ont découvert qu’un réel pouvoir populaire pouvait impliquer non seulement d’être entendu hebdomadairement mais, surtout, de pouvoir formuler ses propres revendications et les soumettre à l’ensemble de la communauté. Fort.e.s de cette expérience, certain.e.s ont par la suite eu envie d’investir d’autres espaces politiques reposant sur le même mode décisionnel, des syndicats aux coopératives d’habitation et de travail. Cependant, malgré toute leur bonne volonté, ce qu’ils ont probablement constaté rapidement, c’est que même lorsque l’on développe des relations égalitaires avec ses voisins et ses collègues, une journée se limite toujours à 24h.

Temps politique, temps productif

Pendant la grève, nous exigions que le temps médiatique s’adapte au temps politique. Non, nous ne pouvions pas condamner la violence en moins de 24h, car il fallait que les membres se réunissent en assemblée générale, puis que leurs délégué.e.s se rassemblent en congrès. Acquérir du pouvoir sur sa vie est un processus très lent, pendant lequel j’ai d’ailleurs eu le temps de compléter plusieurs tricots. Sans suspension de nos activités étudiantes habituelles, en aucun cas aurions-nous pu avoir autant de temps pour amender, sous-amender et sous-sous-amender… Ah non, désolée, ça ce n’est pas prévu dans le code de procédures. Alors il aurait fallu, comme tout le monde, déléguer notre pouvoir décisionnel à d’autres, conformément à un processus de division du travail social qui fait que les uns (et pas n’importe lesquels) décident pendant que les autres subissent.

Quand exigerons-nous du temps productif qu’il s’adapte au temps politique? En d’autres mots, quand demanderons-nous enfin à travailler moins pour subir moins et décider plus? Sans diminution du temps de travail, le principe d’«un membre, une voix» ne pourra être pleinement réalisé – c’est ce qu’on observe généralement en dehors des temps de grève. La mère de famille monoparentale, qui cumule deux jobs à temps partiel au salaire minimum, n’aura pas vraiment de voix, pendant que le retraité aisé et surmotivé en aura plutôt l’équivalent de deux.

Quand exigerons-nous du temps productif qu’il s’adapte au temps politique?

Les bonnes raisons de travailler moins

Quand la Suède a commencé à tester la semaine de 30 heures, on entendait des gens se réjouir que les travailleurs et travailleuses devenaient plus efficaces, alors que les patron.ne.s voyaient fondre leurs dépenses en congés de maladie. J’ai consacré un mémoire entier à une question similaire et j’en résumerais la conclusion ainsi: arrêtez de nous emmerder avec vos arguments économiques. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout! Ce qu’on veut, ce n’est pas de faire économiser les patron-ne-s en congés de maladie, mais que les gens soient moins malades. Parce que l’organisation économique d’une société, faut-il le rappeler, vise à répondre à aux besoin des êtres humains qui la composent et non l’inverse.

Nos semaines de travail (et j’inclus ici toutes les tâches domestiques qui ne sont peut-être pas rémunérées mais qui sont loin de constituer un loisir) devraient donc être organisées de façon à nous laisser du temps pour vivre et notamment, pour vivre en collectivité. Cela veut dire que toute revendication allant dans le sens de plus de démocratie devra nécessairement s’accompagner de sa revendication-soeur exigeant moins de temps de travail. Gauchistes de tous les pays unissez-vous: vous avez assez trimé, il est maintenant venu le temps de délibérer. Faut qu’on se parle, oui, mais encore faut-il avoir le temps pour le faire.

Cela veut dire que toute revendication allant dans le sens de plus de démocratie devra nécessairement s’accompagner de sa revendication-soeur exigeant moins de temps de travail.
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