Bilan de la course au PQ

De PKP à Jean-François Lisée, le Parti québécois fait du surplace

Toma Izckovits

Le 2 mai 2016, c’est un Pierre Karl Péladeau effondré qui quittait le navire péquiste, invoquant des raisons familiales. Le célèbre milliardaire anti-syndicaliste n’arrivait pas à raviver la ferveur souverainiste dans les sondages, ni à faire mousser son parti. Il faut dire qu’il s’empêtrait dans ses propres controverses, au lieu de tirer parti des mille et une infamies libérales. Une nouvelle course à la chefferie ranimait alors, pour certains, l’espoir d’un (énième) second souffle, d’un virage progressiste mieux à même de combattre l’austérité du gouvernement Couillard.

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C’est sous d’heureux auspices que se manifestèrent aussitôt nombre de candidat-e-s à la chefferie, qui paraissaient avoir fait le deuil de l’ère PKP du jour au lendemain : Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Martine Ouellet et Jean-François Lisée. L’«orphelin politique» Paul St-Pierre Plamondon s’ajouta à la liste, le mois suivant.

Un départ au centre-gauche

Puisque Nicolas Marceau – ex-ministre des Finances sous le gouvernement Marois – décida de passer son tour, et que chaque aspirant-chef faisait miroiter un retour aux racines sociales-démocrates du parti de René Lévesque, nous étions en droit d’espérer de réels changements de la part d’un PQ qui a erré fort à droite depuis le passage de Lucien Bouchard (1996-2001).

Lors d’un premier tour de piste, nous voyions Cloutier et Lisée se réclamer de Bernie Sanders, Martine Ouellet qui, dans la même veine, s’en prenait publiquement à Uber avec une brillante fougue justicière, tandis que Hivon et St-Pierre Plamondon proposaient des programmes de centre-gauche.

Puis, quand des sondages confirmèrent le net avantage de Cloutier, ses rivaux se mirent à redoubler d’ardeur, mais pas nécessairement dans l’optique la plus édifiante qui soit.

Le virage identitaire

Lisée, habile faiseur de sensations médiatiques, reprocha à Cloutier d’avoir souhaité ses meilleurs vœux aux musulman-e-s du Québec qui célébraient la fin du ramadan (8 juillet). S’ensuivirent des charges contre les seuils d’immigration, contre le burkini, contre le cours d’Éthique et culture religieuse, ainsi que contre les burkas dont se serviraient d’éventuels porteurs de bombes au Québec…

Peu à peu, le discours identitaire de l’ex-journaliste porta ses fruits, rejoignant autant certains chroniqueurs de droite qu’une bonne frange des membres péquistes réceptifs à ces envols crypto-islamophobes.

L’attention médiatique polarisa alors le débat entre Cloutier et Lisée, dans un duel opposant la posture «inclusive» à une démarche plus rigide – voire intolérante –, celle de Lisée.

L’attention médiatique polarisa alors le débat entre Cloutier et Lisée, dans un duel opposant la posture «inclusive» à une démarche plus rigide – voire intolérante –, celle de Lisée. À trop axer sa campagne sur la prudence, Alexandre Cloutier s’est ainsi vu encaisser les coups mesquins d’un Lisée qui gagnait en popularité auprès d’un électorat plus conservateur.

La polarisation du débat fit en sorte que même les meilleures sorties d’autres candidat-e-s passèrent presque inaperçues. On peut notamment penser à la proposition, formulée par Véronique Hivon, de mettre sur pied une sorte d’UPAC contre l’évasion fiscale.

La polarisation du débat fit en sorte que même les meilleures sorties d’autres candidat-e-s passèrent presque inaperçues.

Martine Ouellet présenta une «question référendaire» et un «projet de constitution» à la mi-août, afin de se démarquer sur la question nationale, qui est son cheval de bataille. L’appréciation générale fut toutefois tiède : bien des souverainistes lui reprochèrent d’écrire une constitution à leur place.

Dans les semaines suivantes, les médias s’intéressèrent surtout à Ouellet pour ses accusations d’injustice à l’endroit de l’establishment du Parti québécois, qui aurait favorisé Cloutier et Lisée. Excédée, elle reprocha également à ces derniers de perdre leur temps sur la question de la laïcité, plutôt que de débattre sur l’indépendance. Du même souffle, elle critiqua sèchement la proposition citoyenne d’une Commission sur le racisme systémique, sous prétexte que cela reviendrait à faire le «procès de tous les Québécois sur le racisme»…

Entre-temps, Véronique Hivon abandonna sa campagne le 26 août, en raison d’une labyrinthite. Curieusement, la plupart de ses appuis rejoignit le camp de Lisée, sans égard pour la course précédente où Hivon faisait pourtant équipe avec Cloutier.

Les derniers débats prirent enfin la forme graduelle d’une valse de cassettes, au cours desquels chaque candidat sembla jouer une partition redondante : Cloutier le rassembleur, Ouellet l’indépendantiste «pressée», Lisée l’identitaire «pas pressé» qui veut battre les libéraux, PSPP le social-démocrate modéré (qui ne veut pourtant rien savoir de la gratuité scolaire).

La victoire des nationalistes conservateurs

Dans cette joute robuste consistant à élire un «chef», un «sauveur», les dés ont favorisé Jean-François Lisée, ce gardien autoproclamé du nationalisme pur laine. À 50,63% des voix, loin devant Cloutier et compagnie, Lisée inflige une défaite amère à des adversaires ayant davantage joué fair-play.

Le chroniqueur Mathieu Bock-Côté reconnaîtra immédiatement ce triomphe grandiose du populisme de bas étage, dans son plus récent opus : «Lisée : victoire de l’identité».

Bock-Côté se montre fébrile vis-à-vis cet underdog qui réussit à déjouer tous les pronostics grâce à ses discours sur la charte, l’immigration et la burqa : « La transgression est payante. (…) Il devait répondre aux angoisses légitimes de la majorité historique francophone. (…) Mais il doit aussi garder le cap. Poursuivre sur sa lancée ». La route est donc tracée. Un berger a été élu, mais il pourra compter sur des plumes bien actives pour lui rappeler la voie à suivre en cas d'égarement...

Un berger a été élu, mais il pourra compter sur des plumes bien actives pour lui rappeler la voie à suivre en cas d'égarement...

Et la tentation identitaire n’est pas le seul égarement que le parti aura à conjurer.

Que ce soit en contexte de course à la chefferie ou en campagne électorale, les candidat-e-s doivent fermement affirmer leur attachement au parti et à ses valeurs. Le moment est donc peu propice aux grandes remises en question : pourquoi ces immenses sommes d'argent perçues en dons illégaux au cours des 15 dernières années? Pourquoi Anticosti et Port-Daniel sous Marois? Pourquoi les belles années progressistes des premiers mandats péquistes ne sont plus qu'un mirage depuis aussi loin que 1983?

On doit imaginer que chasser les libéraux et réaliser l’indépendance (dans cet ordre) sont des impératifs bien trop grands pour ce genre de pacotilles…

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