Culture du viol

Plus que jamais, le privé est politique

Les violences sexuelles commises sur les femmes locataires ou chambreuses doivent prendre fin, disent les membres du Comité Femmes et logement du CÉAF.
Toma Izckovits

Si l’actualité nous rappelle que des violences ciblant les femmes sont commises dans tous les milieux, des couloirs du métro à ceux de l’Assemblée nationale, c’est que nous vivons dans une culture du viol, qui s’acharne à préserver la réputation des agresseurs en bâillonnant et en culpabilisant celles qu’ils ont agressées. Ce silence et cette déresponsabilisation ont assez duré!

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À vous toutes... À toutes les Alice, Nathalie, Rigorta d’ici et d’ailleurs.

À vous, sœurs autochtones disparues et assassinées.

À vous qu’on harcèle, qu’on agresse, qu’on viole et qu’on tue à petit feu.

À vous qui êtes maintenues dans le silence et reconnues coupables des violences que vous avez subies, par une société qui cherche à tout prix à protéger ceux qui les ont commises.

À vous qui avez peur de sortir le soir.

À vous qui êtes prisonnières de cette haine et de cette violence sexistes.

Nous vous tendons la main et levons notre poing!

Unir nos voix, unir nos résistances

Nous sommes membres du Comité femmes et logement du Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal. Nous militons activement contre le harcèlement et les violences sexuelles vécues par les femmes locataires ou chambreuses et commise par leurs propriétaires, concierges ou co-chambreurs. Aujourd’hui, nous unissons nos voix à celles d’Alice, des étudiantes agressées à l’Université Laval, des femmes autochtones agressées par des policiers à Val d’Or et de toutes celles qui survivent dans l’ombre.

À toutes celles dont les murs, plafond, cour arrière, couloir, douche et table de cuisine rappellent des actes de voyeurisme ou d’exhibitionnisme, des commentaires déplacés ou des avances sexuelles non désirées, des attouchements, des agressions ou des viols, nous vous disons : vous n’êtes pas seules!

Au cours des derniers mois, nous avons rencontré plus d’une centaine de femmes qui ont témoigné avoir vécu du harcèlement et des violences sexuelles dans leur logement. Ces violences sont commises autant dans des logements privés que dans des résidences étudiantes, des maisons de chambres, des logements sociaux et des condos. Malgré la diversité des contextes dans lesquels ces agressions s’inscrivent, elles ont en commun d’être le résultat d’un système social profondément sexiste qui banalise les violences et les oppressions vécues par les femmes, et qui favorise des rapports de pouvoir inégalitaires entre les propriétaires, concierges ou administrateurs de logements et les femmes locataires ou chambreuses. Ce même système, qui reproduit les inégalités de genre, enchaîne, emprisonne et emmure les femmes dans un cercle de violence dévastateur duquel il est difficile de s’échapper.

Souvent, nous avons été les premières à qui ces survivantes d’agressions sexuelles se sont confiées. Si elles ont gardé le silence toutes ces années, c’est qu’elles savent que les violences qu’elles ont vécu sont généralement banalisées, minimisées et tolérées, et que tellement de gens ont tendance à mettre en doute la parole et la crédibilité de celles qui osent dénoncer. Elles ont passé de nombreuses années à souffrir en silence parce qu’elles ont eu peur de ne pas être crues, peur des représailles de leur agresseur, peur de ne pas trouver d’aide, de ne pas être en mesure d’obtenir un autre logement, ou d’être expulsées.

Plus que jamais, nous constatons que le privé est politique : les logements et les milieux de vie de tant de femmes, qui devraient être des espaces sécuritaires, de réconfort et de confiance, deviennent des lieux d’agressions sexuelles. La vague d’agressions commises entre les murs des résidences de l’Université Laval ne fait que nous rappeler l’urgence d’agir, de trouver des moyens pour que les femmes puissent enfin se sentir en sécurité, où qu’elles soient. Et ces moyens ne se limitent certainement pas à augmenter le nombre de gardiens de sécurité ou à demander aux femmes de s’embarrer chez elles. C’est toute une culture que l’ensemble de la population doit travailler à transformer! Ensemble, abolissons la culture du viol!

Plus que jamais, nous constatons que le privé est politique : les logements et les milieux de vie de tant de femmes, qui devraient être des espaces sécuritaires, de réconfort et de confiance, deviennent des lieux d’agressions sexuelles.

Nous sommes étudiantes, locataires, travailleuses, sans emploi, militantes, immigrantes. Nous sommes des êtres humains et nous refusons d’être des cibles de violences sexistes. Le système de terreur et d’oppression patriarcale a assez duré. Trop de femmes d’ici et d’ailleurs portent des cicatrices d’agressions sexuelles et de viols. Nous ne serons plus silencieuses. Toutes, nous allons nous lever et crier «ÇA SUFFIT!». Avec nos allié-e-s, nous mènerons ce combat pour pouvoir vivre, travailler, étudier, marcher librement et sans violence. Nous allons nous unir de Québec à Montréal, de Rouyn à Mexico, de Shanghai à Neskantaga.

Nous vous invitons à être solidaire de notre lutte en signant notre pétition, qui vise à dénoncer largement les violences sexuelles commises sur les femmes locataires et chambreuses, ainsi qu’à sommer le gouvernement du Québec d’agir pour y mettre fin.

Les signataires de cette lettre ouverte sont membres du comité Femmes et logement du Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal:
Huguette David, Pascale Detandt, Marie-Ève Desroches, Francine Labbé, Isabelle Lapointe, Katia Lemieux, Francine Losier, Lyne Lortie, Marilyne Minier, Johanne Montreuil, Linda Pilon, Hilda Viveiros, Francine Faucher, Pascale Thérien, Sylvie Guay, Isabelle Pilon, Karine Ulrich, Ève Labelle , Julie Leblanc et Éliane.
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