Culture du viol

Richard Martineau et le mépris de la rue

Photo: Télé-Québec

Ces derniers temps, nombre de négateurs de la culture du viol se sont fait entendre, sur les plus hautes tribunes, afin d’étouffer les cris d’indignation venus de la rue. Il y a notamment eu Denise Bombarbier, Lise Ravary et Lysiane Gagnon qui, fidèles à leur habitude, se sont rebiffées avec dédain face à ce mouvement progressiste qui s’organise de bas en haut.

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Mme Bombardier a évoqué les germes d’une «euphorie anti-viol», faisant en sorte que les jeunes femmes désapprendront à craindre leurs éventuels agresseurs, en baissant leur garde. Des militantes féministes radicales les entraîneraient ainsi, par leur «discours idéologique», à la perte de leur «sage prudence féminine».

Lise Ravary, quant à elle, proclame franchement que l’idée de culture du viol lui «donne de l’urticaire». Si le phénomène peut être constaté aux États-Unis, il serait absurde de vouloir transposer cette notion à notre magnifique culture égalitaire, dans laquelle «un agresseur sexuel comme Trump ne pourrait pas être candidat».

Qu’en sait-elle? Ce n’est que tard dans la course que les grands médias se sont intéressés aux abus sexuels du chef républicain. Puis en France, par exemple, le Parti socialiste a également passé bien près d’élire Dominique Strauss-Kahn (qui, soit dit en passant, s’en est très bien sorti dans ses différentes affaires d’agression) comme candidat à la présidentielle.

Lysiane Gagnon, de La Presse, estime également que la notion de culture du viol serait le fruit idéologique de féministes «radicales» voulant imposer leur agenda : «Retombons sur terre», dit-elle, jamais les femmes n’ont été «plus protégées, plus respectées et plus encouragées à s’affirmer qu’à notre époque».

Qui porte des lunettes roses ici? Les inégalités ont peut-être été amoindries, mais tout est question de degrés. Mme Gagnon reconnaît que selon les statistiques, «une femme sur trois, au Québec, aurait été «agressée sexuellement» après l’âge de 16 ans». Elle rejette toutefois aussitôt l’argument, jugeant que ces agressions ne sont pas toujours de «véritables viols».

Dans ce concert de sophismes visant à contredire ou banaliser la persistance de violences sexuelles au sein de notre société patriarcale, l’on esquisse ipso facto, en l’exemplifiant, quels sont les mécanismes de cette culture du silence.

Une entrée en scène tardive

Richard Martineau a eu la délicatesse d’attendre quelque temps avant de se joindre à la fête, et de pouvoir déverser frénétiquement tout son fiel envers le féminisme. Eh bien c’est maintenant chose faite, grâce à sa chronique «Québec, terre tragique», où il nie avec véhémence la culture du viol.

Il a d’abord trouvé un angle d’attaque original afin de parvenir à égaler au chapitre de l’odieux ses collègues immobilistes que sont Lise Ravary, Denise Bombardier et Lysiane Gagnon.

À l’instar de celles-ci, il propose une imagerie bucolique de la société québécoise comme étant «pacifique, confortable, égalitaire». Alors pourquoi se plaindre? Martineau pense avoir découvert la vraie racine de la puérile contestation ayant eu cours depuis le Printemps érable : tout est la faute des jeunes!

«Pas facile d’être jeune au Québec. En effet, quand tu es jeune, tu veux ruer dans les brancards, lancer des pavés, tout balancer, te révolter (…). Comment peux-tu te révolter contre tes parents quand tes parents sont cool?».

Martineau avance donc l’hypothèse selon laquelle tout le Printemps érable n’aurait été qu’une lubie d’adolescents : «on s’invente des drames, des tragédies». Encore là, il infantilise les carrés rouges – pour la plupart des adultes – tout en oubliant l’apport de dizaines de milliers de citoyens-ne-s de tous âges qui ont aussi mis l’épaule à la roue en 2012.

Pour Martineau, le mouvement actuel contre la culture du viol se veut aussi un délire de jeunesse. Non seulement le phénomène n’existe-t-il pas au Québec, mais nous vivrions même la tendance inverse, par laquelle les femmes supplieraient leurs conjoints de redevenir plus machos :

«Qu’importe si les hommes québécois sont les mâles les plus roses de la planète, tellement roses que beaucoup de femmes déplorent leur manque chronique de testostérone et de virilité». Martineau prend ses fantasmes pour la réalité…

En prophète, il ajoute qu’on manifestera ensuite contre le «racisme systémique», ce qui le fait bien marrer, car dieu sait qu’il n’y a pas de racisme au Québec. Il est bien placé pour le savoir, lui – crypto-islamophobe à l’instar de son bon ami Bock-Côté – qui plaide à l’envi pour un durcissement des seuils d’immigration : «Que voulez-vous, il faut bien que jeunesse se révolte!».

Dans son billet suivant, il en a remis un peu pour l’Halloween, se gaussant du «dernier-né des monstres québécois, l’indigné».

Cette fois-ci, Richard Martineau ne visa pas spécifiquement les jeunes, mais ces moustiques, issus du peuple, qui tentent d’harceler d’honnêtes chroniqueurs comme lui, qui ne demandent pas mieux que de jouir d’une douce tranquillité dans leur tour d’ivoire :

L’indigné «va crier au racisme et organiser une vigile devant votre maison. Il va hacker votre ordinateur. Il va vous menacer sur internet. Il va lancer une pétition demandant votre déportation (…) c’est un vrai p’tit dictateur».

Résister aux forces du changement

En fait, les Martineau et Bock-Côté s’inquiètent de ce que les réseaux sociaux puissent s’organiser en contre-pouvoir. Leur idéologie conservatrice passe moins bien hors des cercles des médias de masse. Vivement des forums alternatifs d’éducation populaire pouvant déconstruire leur propagande de droite.

Néanmoins, si l’on se fie à l’exemple français, une étude démontre que la blogosphère favorise tout autant le rassemblement de forces ultraconservatrices :

«En tout, il y a 16 sites d’extrême droite sur les 30 sites appartenant à la liste de sites politiques se classant dans le groupe des 10 000 sites français ayant le plus d’audience». Le site le plus populaire étant Égalité et réconciliation du réactionnaire Alain Soral, suivi de la page Fdesouche, dédiée aux amoureux des valeurs identitaires et xénophobes.

Bref, bien que nos chroniqueurs-poubelles puissent cultiver un imposant rapport de force médiatique, ils ne doivent pas embrouiller nos esprits : la culture du viol est une réalité et la mobilisation féministe demeure le meilleur moyen de faire bouger les choses, qu’ils le veuillent ou non.

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