Élection américaine

Déplacer son militantisme

Qu'arrive-t-il quand notre couleur politique diverge de celle de notre lieu de résidence? On va à côté pour militer!
Isabelle Bergeron

Pas toujours facile d’être militant-e dans un état dont la couleur n’est pas celle qu’on arbore. Pour une délégation texane, militante pour Hillary Clinton, son état natal est un bien piètre champ de bataille. C’est pourquoi ses membres ont décidé, pour les derniers jours de la campagne, de joindre ses forces à celles des démocrates de la Floride, à Orlando.

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La veille de l’élection est arrivée. On ira cogner aux portes une dernière fois. Les indécis-es seront (peut-être) convaincu-es. Le marathon se termine et les États-Unis en entier retiendront leur souffle pendant la soirée électorale. C’est le Super-Bowl des amateurs et amatrices de politique. Reste à savoir si la longue passe sera attrapée par Hillary Clinton, ou si l’élection aura été interceptée par Donald Trump. Pour de nombre de bénévoles, ce sera aussi le moment de savoir si le temps passé sur la route aura porté fruit.

Kavya Rajan est enregistrée au Texas, où elle a déjà voté par anticipation. Elle est fermement convaincue qu’Hillary Clinton est la mieux placée pour devenir présidente des États-Unis. En 2008, elle était déjà dans son camp. «Quand j’ai vu les candidats, je me suis tout de suite dit que le pays serait prêt à élire un homme noir avant une femme. Mais j’ai quand même milité pour elle durant les primaires.»

Kavya Rajan
Isabelle Bergeron

Une fois la campagne commencée, elle s’est rangée du côté d’Obama et avait décidé de venir militer en Floride, un état pivot toujours important. Quand sa candidate a enfin devenue été choisie par le parti démocrate, elle a repris son chapeau de militante. «Malheureusement, on se sent très seule quand on est démocrate au Texas. J’ai donc décidé de renouveler l’expérience en Floride. De toute façon, militer au Texas ne sert pas à grand-chose. Aussi bien dépenser mon énergie sur un terrain qui compte vraiment.» En effet, le Texas, avec ses 39 grands électeurs, est le plus gros état «château-fort» républicain. Les électeurs et électrices de l’État du Sud n’ont pas voté pour un président démocrate depuis Jimmy Carter en 1977.

Malheureusement, on se sent très seule quand on est démocrate au Texas.

Elizabeth Johnson, ingénieure texane dans la cinquantaine, trouve difficile de s’identifier à son parti au Texas. Venue faire du porte-à-porte avec Kavya en 2008, elle a décidé que 2016 était un bon moment pour s’y remettre.

Donna (qui a préféré taire son nom de famille) est aussi en Floride pour mettre son temps bénévole à bon escient. Toutefois, si elle a décidé de faire migrer son militantisme, c’est pour la raison inverse de ses comparses. Résidente de l’État de New York (démocrate depuis 1988), elle préfère travailler en Floride, où les efforts comptent vraiment. «New York va rester bleu, quoi qu’on fasse.» Elle en profite pour venir visiter sa mère de 91 ans, résidente d’Orlando. Pour la retraitée, c’est une première implication en politique. C’est parce qu’elle avait peur de ce qu’elle voyait arriver, comme un gros nuage orageux, qu’elle s’est sentie interpelée. Elle devait faire quelque chose. «Hillary est tellement plus rassembleuse. Ses politiques sont moins axées sur le négativisme. C’est ça qui fait que je m’implique avec les démocrates.»

À l’envers du bon sens

La délégation venue du Texas encourage les automobilistes de Floride à voter pour Hillary Clinton
Isabelle Bergeron

Donna est aussi une militante convaincue. Avec son macaron «I’m with her!», elle est fière de donner son temps à cette campagne. Cependant, elle trouve difficile de se faire injurier par des électeurs et électrices qui ne sont pas d’accord avec elle. «C’est arrivé souvent, quand nous brandissions notre banderole "Hillary" aux coins de rue, que les gens nous crient des mots comme "pute" ou "chienne"! C’est très dur, je trouve.» Elle a la couenne dure, mais le fait que les gens s’attaquent à elle en tant que femme la blesse profondément.

«C’est arrivé souvent, quand nous brandissions notre banderole "Hillary" aux coins de rue, que les gens nous crient des mots comme "pute" ou "chienne"! C’est très dur, je trouve.»

Kavya, de son côté, se rappelle un moment de la campagne de 2008 où un homme lui avait confié être racisme de manière très honnête et assumé. «Il nous expliquait que c’était dans son intérêt personnel de voter pour Obama, mais qu’il ne pouvait pas. Pas pour une personne "comme lui". Il n’était pas gêné ou mal à l’aise. Juste honnête. Ça, c’est le privilège de l’homme blanc. Le racisme est normalisé.»

La jeune femme explique son admiration pour la candidate démocrate : «Quand Hillary voyageait en tant que Secrétaire d’État pour des rencontres internationales, elle ne se contentait pas de simplement rencontrer son homologue ou le chef d’un État. Elle rencontre d’autres leaders d’opinion moins haut placé-es, des femmes comme des hommes.» Pour la jeune femme, Hillary sera une bonne présidente, car elle base ses interactions sur l’écoute. Elle rappelle que tous les médias blaguaient à propos d’Hillary quand elle mettait en branle ses campagnes d’écoute (listening tours). «Elle faisait le tour des États-Unis pour écouter les doléances des gens. Ça n’a jamais fait les manchettes, mais grâce à cette manière de faire, elle connaissait vraiment mieux les enjeux importants en tant que sénatrice», explique-t-elle.

Pour la jeune femme, Hillary sera une bonne présidente, car elle base ses interactions sur l’écoute.

D’autres manières de s’impliquer

Megan Padilla est aussi impliquée dans la campagne. Dans les campagnes précédentes, elle était de ceux et celles qui cognaient aux portes, mais elle a décidé que son engagement pouvait se faire de manière différente. Sans avoir à interpeler les électeurs et les électrices directement. «Je n’ai plus vraiment envie de faire ça. J’ai envie d’être plus subtile. J’ai donc commencé à proposer ma maison pour que les gens qui, eux, veulent venir ici pour mettre les deux pieds sur le terrain puissent le faire à moindre coût.» Kavya est d’ailleurs l’une de celle qui profite de l’hospitalité de Megan pendant qu’elle «migre», et la raison pour laquelle elle peut se permettre de le faire.

Elle croit que le Texas pourrait devenir un état pivot plus rapidement qu’on ne l’imagine. En considérant la démographie de l’État, elle suppose que si tous les électeurs et électrices hispaniques allaient voter, le vote serait bien plus serré. Au Texas, en 2000, la population blanche était de 73,1 % et 32 % d’Hispaniques, selon le recensement de la même année. Dix ans plus tard, l’écart s’était réduit à 70,4 % et 37,6 %. «La différence de pourcentage entre blancs et latinos se resserre continuellement. J’espère que d’ici peu, nous aurons une course intéressante au Texas», dit Kavya.

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