Élection américaine

Entre probabilités et mobilisation

Pour bien vous préparer à la soirée électorale américaine, une analyse à lire pour savoir quoi surveiller.
Photo: DonkeyHotey

Cette nuit, l’interminable et violente bataille de la présidentielle américaine 2016 touchera à sa fin. Les derniers jours de la campagne ayant été secoués par de multiples rebondissements, on a pu lire tout et son contraire sur l’état de la course à la Maison-Blanche. À quelques heures du dénouement, voici quelques clés pour en décortiquer la dernière ligne droite.

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Deux États cruciaux

Les habitué-es des élections américaines le savent, ce ne sont qu’une douzaine d’États dits «pivots» (Floride, Michigan, Ohio, Pennsylvanie, etc.) qui feront pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Et toute une panoplie de techniques statistiques permet de se faire une idée de la direction dans laquelle ils penchent. Une fois entré dans l’obscur laboratoire des mathématiques électorales, que constate-t-on?

Les probabilités sont indubitablement très favorables à Hillary Clinton : elle est en avance dans le compte de grands électeurs, avec des marges d’intention de vote plus confortables que celles de son rival. Toutefois, Donald Trump conserve une petite chance, du fait que l’Ohio (18 grands électeurs) et la Géorgie (16) penchent assez nettement en sa faveur. Il fait cependant face à une situation de mort subite, de «do or die».

En effet, ses espoirs de victoire sont suspendus à deux États cruciaux : la Floride et la Caroline du Nord, riches en grands électeurs (respectivement 29 et 15) et où les deux candidats sont au coude à coude (moins de 0,5 % de différence d’intentions de vote les séparent). On pourrait, selon les interprétations, y ajouter le Nevada, lui aussi très disputé, mais moins précieux (6 grands électeurs).

Si Trump échoue à gagner l’un des deux, impossible a priori pour lui de passer la barre de 270 grands électeurs. D’ailleurs, même dans un tel cas de figure, il lui faudrait encore vraisemblablement arracher un autre État penchant pour Clinton, par exemple le New Hampshire, pour faire la différence. Du fait que Floride et Caroline du Nord sont tous deux à l’heure de la côte Est, il se pourrait donc bien que l’on connaisse très tôt l’issue du scrutin…

Le nerf de la guerre : la participation

Une fois passés les calculs de probabilité, ce qui tranchera, concrètement, sera la participation : dans quelle mesure les intentions de vote deviendront bel et bien des votes?

Une fois passés les calculs de probabilité, ce qui tranchera, concrètement, sera la participation : dans quelle mesure les intentions de vote deviendront bel et bien des votes?

Le taux de participation global, en premier lieu, aura son importance. La sagesse populaire veut en effet que des taux de participation faibles profitent généralement aux républicains, dont la base, statistiquement plus âgée et fortunée, est une population très prompte à se rendre aux urnes.

Ceci étant, le vote par anticipation («early voting») a connu un très grand succès cette année, avec plus de 47 millions de bulletins déposés avant le jour du scrutin. Un chiffre qui laisse présager un assez bon taux de participation : ce sont autant d’électeurs et d'électrices qui ne se décourageront pas à l’idée de files d’attente interminables aux bureaux de vote durant un jour non férié.

Les sondages réalisés durant ces votes par anticipation livrent par ailleurs des indices intéressants sur nos deux États décisifs : les démocrates auraient une légère avance en Floride, contrebalancée par un petit déficit de mobilisation des Afro-Américains de Caroline du Nord. Reste à voir si ces échantillons s’avèreront représentatifs du reste de la population locale.

Surtout, la participation de qui?

Côté démocrate, la participation de certaines populations, on le sait, comptera plus que d’autres.

Les LatinosAméricain-es (et, dans une moindre mesure, les Afro-Américain-es) détiennent probablement la clé d’une victoire de Clinton. Selon un sondage du Washington Post, jusqu’à 71 % des Hispano-Américain-es la soutiennent, leur poids pourrait donc être décisif en Floride et au Nevada. Le doute plane toutefois quant à savoir leur mobilisation sera aussi importante que celle d'il y a 4 et 8 ans plus tôt, en faveur de Barack Obama.

Le vote des femmes, également, jouera un rôle important : depuis 1980, elles votent davantage que leurs homologues mâles. Or, elles affichent cette année une préférence pour Clinton d’environ 10 %. Cela peut paraitre étonnamment modeste, vu les circonstances, mais c’est suffisant pour faire basculer des États très disputés.

Ces facteurs réunis, on pourrait alors observer une victoire assez nette des démocrates. Certains scénarios prédisent jusqu’à 323 grands électeurs remportés par Hillary Clinton, un score très honorable même si inférieur aux deux succès de Barack Obama (332 en 2012 et 365 en 2008). Elle remporterait dans la foulée quelques États traditionnellement plutôt rouges, comme le Nevada et la Caroline du Nord.

Quelques endroits où regarder les résultats et où lire des choses intéressantes : CNN, Politico, The New York Times, FiveThirtyEight, The Hill, PBS, NPR, Radio-Canada, Chaire Raoul-Dandurand.
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