États-Unis

Le marché de la mort en liesse

L'élection de Donald Trump cette semaine a fait monter en flèche les actions des marchands d'armes.
Photo: MSgt Donald Allen

L’élection du candidat «anti-establishment» n’aura pas empêché les dieux du complexe militaro-industriel de bénir Donald Trump dans les heures qui ont suivi la confirmation de sa victoire électorale dans la nuit de mardi à mercredi.

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Les signes divins se sont manifestés par l’intermédiaire de leur église. Selon le site de veille boursière Market Watch, la valeur des titres des trois plus grandes compagnies d’armement américaines (qui sont?) a explosé, ce qui ne représente pas une surprise selon l’analyste Jason Gursky de Citigroup, cité par Market Watch.

«Le président élu Trump abaissera très certainement les barrières en matière de dépenses militaires», a-t-il écrit dans une note adressée aux investisseurs.

«Le président élu Trump abaissera très certainement les barrières en matière de dépenses militaires»

Explosion boursière

La hausse la plus fulgurante s’est enregistrée du côté de Lockheed Martin. Mardi soir, l’action du fabricant de bombes et d’avions de combat transigeait à près de 258 dollars américains, soit vingt dollars de plus qu’en début de journée, suivie d’une légère fluctuation puis d’un retour à son plafond actuel durant la journée de jeudi. De son côté, General Dynamics a vu son titre grimper de 154 à 162 dollars américains en l’espace de quelques heures dans la nuit de mardi à mercredi. Jeudi matin, elle atteignait près de 170 dollars. Plus modestement, l’action de la firme Boeing a connu un parcours houleux au cours des deux derniers jours. Elle a par contre connu une augmentation de neuf dollars entre mardi et jeudi.

Tous les indices ont connu des hauts et des bas au cours des jours qui ont précédé l’élection. Dans son analyse, Market Watch postule que ces remous sont dus à l’incertitude quant à la composition éventuelle du Congrès — un Sénat et une Chambre des représentants démocrates auraient compliqué d’éventuelles hausses des budgets militaires, selon le site.

Outre le gouvernement américain, ces trois marchands d’armes comptent également parmi leurs clients non seulement ses alliés occidentaux, mais aussi des pays connus pour leur mépris des droits de la personne et des conflits armés, comme L’Arabie saoudite, Israël et la Turquie. Au cours de la guerre au Yémen, l’aviation saoudienne a bombardé des marchés et des places publiques à de nombreuses reprises. L’État hébreu bombarde des villages densément peuplés dans les territoires palestiniens et poursuit sa colonisation de la Cisjordanie. De son côté, la Turquie possède un riche historique en matière d’exaction, à plus forte raison contre les Kurdes au cours des dernières années. Tous trois sont fréquemment accusés de crimes de guerre et de violations des droits de la personne dans les médias et par des associations de défense des droits de la personne telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch.

Un président «isolationniste» et «anti-establishment»?

Cette réaction des marchés boursiers contredit l’image de politicien isolationniste que projetait Donald Trump au cours de sa campagne — malgré sa volonté répétée «d’abattre l’État islamique» notamment en partenariat avec la Russie, il s’est montré peu intéressé, voire critique, face aux épopées militaires américaines en Afghanistan et en Irak menées par les présidents Bush et Obama. Sa position a toutefois vacillé à de nombreuses reprises au cours de la campagne.

La hausse des titres des compagnies d’armement s’explique également par la promesse de Donald Trump d’augmenter drastiquement le budget militaire, qui accaparait déjà 16% des finances publiques américaines avec une enveloppe de 596 milliards de dollars américains en 2016. Il a également sommé les pays membres de l’OTAN à augmenter leurs dépenses de défense et de sécurité, sans quoi il retirerait les États-Unis de l’alliance militaire.

La hausse des titres des compagnies d’armement s’explique également par la promesse de Donald Trump d’augmenter drastiquement le budget militaire, qui accaparait déjà 16% des finances publiques américaines avec une enveloppe de 596 milliards de dollars américains en 2016.

Les spéculations actuelles projettent une mainmise du cabinet par plusieurs faucons membres de l’establishment républicain et par des vétérans de la haute finance. Notons l’ex-maire de New York Rudy Giuliani, l’ancien président de la Chambre des représentants Newt Gingrich et le général à la retraite Michael Flynn. Le sénateur de l’Alabama Jeff Sessions est quant à lui pressenti pour le poste de Secrétaire à la Défense par la BBC et le site américain Politico. Ce dernier a farouchement soutenu l’invasion irakienne de mars 2003. En septembre 2005, il a confronté des militant-es antiguerre lors d’un rassemblement public proguerre en marge d’une manifestation pacifiste, en disant que «[les manifestant-es] ne représentaient pas les idéaux de liberté et la volonté [des États-Unis] ni la volonté du pays de répandre ceux-ci sur la planète», propos qui ont été rapportés par le quotidien Washington Post. Il fut également un de seulement trois sénateurs à voter, en 2014, contre l’augmentation de la couverture médicale accordée aux vétérans via le département américain des anciens combattants.

Des signaux mixtes qui soulèvent de nombreuses questions quant aux réelles ambitions militaires de la future administration Trump.

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