Mort de Fidel Castro

Après Castro

Quel héritage laisse le leader cubain à son peuple?
Photo: Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. 20540 USA

Fidel Castro est mort. Et maintenant?

Maintenant, rien. Ou presque. «On peut dire qu’il était déjà mort depuis des années, mais que son corps n’a appris la nouvelle qu’hier», m’écrivait un ami cubain samedi, quelques heures après la disparition du lider maximo.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Sur l’île, il y aura les funérailles, la longue période de deuil, les louanges interminables et probablement l’arrestation de quelques dissidents pour les empêcher de «gâcher» le dernier hommage au père de la Révolution. La vie quotidienne en sera inévitablement perturbée. Mais sinon, rien.

En 2006, après une hémorragie intestinale, Fidel avait progressivement – et réellement – transmis le pouvoir à son frère Raúl. Dans un surprenant éclair d’humilité, le leader à l’égo démesuré avait su quitter la scène avant qu’il ne soit trop tard. Heureusement. Car il n’y a rien de plus angoissant pour un peuple sous le joug d’un régime autoritaire que de voir son dictateur mourir en exercice. N’ayant aucun contrôle sur le choix du prochain despote, le peuple ne peut qu’espérer que celui-ci soit un peu plus éclairé que le précédent, et un peu moins brutal. Pendant ce temps dans les coulisses, entre la mort et les funérailles, les successeurs potentiels mènent une lutte à finir pour prendre les commandes.

Dans un surprenant éclair d’humilité, le leader à l’égo démesuré avait su quitter la scène avant qu’il ne soit trop tard.

En ce sens, les Cubain-es – et le reste du monde également– doivent espérer que le cœur de Raúl Castro, 85 ans, tiendra bon jusqu’au 24 février 2018, date prévue de sa retraite.

Même si en théorie Raúl a déjà désigné son dauphin il y a trois ans, il serait hautement imprudent de tenir cette succession pour acquise. Le principal intéressé, l’actuel vice-président Miguel Diaz-Canel, 56 ans, en est très certainement conscient. D’autres avant lui se sont retrouvés dans l’antichambre du vrai pouvoir avant d’être soudainement écartés par l’un ou l’autre des frères Castro.

Pour l’instant, Diaz-Canel se contente donc d’opiner du bonnet devant les décisions du patron. Révéler ses vraies couleurs serait trop risqué. Mieux vaut faire le moins de vagues possible en espérant être toujours en première position au fil d’arrivée. S’il réussit, alors seulement pourra-t-il oser révéler ses ambitions. Et les imposer à un peuple entier.

Le peuple, quant à lui, ne pourra qu’espérer que les intérêts du nouveau leader, ou ceux de celui qui lui aura damé le pion, concordent avec les siens.

L’héritage

Depuis l’annonce de la mort de Fidel Castro, la planète entière cherche à déterminer l’héritage qu’il a laissé au monde et aux Cubains.

Qu’on l’adore ou qu’on l’abhorre, on doit reconnaître qu’il fût l’une des personnalités les plus marquantes et influentes du XXe siècle.

Fidel Castro : libérateur des opprimés, despote éclairé ou dictateur sanguinaire? Qu’on l’adore ou qu’on l’abhorre, on doit reconnaître qu’il fût l’une des personnalités les plus marquantes et influentes du XXe siècle. Leader d’une si petite île, il a su jouer dans la cour des grands et changer le cours de l’histoire à plus d’une reprise.

À l’étranger, plusieurs admirent Fidel pour avoir su tenir tête à son grand voisin américain. À cela, les Cubain-es sur l’île rétorquent qu’il est bien aisé de saluer cet affront lorsqu’on n’a pas à vivre avec ses conséquences au quotidien...

Que reste-t-il des grands projets de Fidel Castro pour lesquels les Cubain-es ont tant sacrifié? Bien peu. Après l’enthousiasme des premières années de la Révolution, les minces réalisations de celle-ci n’ont fait que s’effriter. Or, c’est à la pérennité de son legs qu’on devrait juger une figure d’État. À quoi bon édifier une société meilleure si on ne peut assurer la survie de ses acquis et de ses idéaux?

Que reste-t-il des grands projets de Fidel Castro pour lesquels les Cubain-es ont tant sacrifié? Bien peu.

Le système de santé et d’éducation universel font toujours la fierté du pays. Mais pourquoi faire l’effort d’obtenir un diplôme universitaire en microbiologie alors qu’on ne pourra vivre du salaire qui en résulte? Bien mieux vaut tout de suite serveur dans un resto de la Vieille Havane et gagner en une journée ce que gagne en un mois un scientifique.

Comment prétendre, comme le fait le régime, que le pays ne «renonce à aucun de ses principes socialistes» alors qu’il survit en se mettant à genoux devant les touristes des pays capitalistes et leurs devises? Comment parler de bonne gestion de l’économie quand le pays ne produit pratiquement plus rien et importe 80% de la nourriture qu’il consomme?

Pour l’instant, le régime castriste peut mettre la faute de tous ses malheurs sur le dos de l’embargo que les États-Unis imposent à l’île depuis 1962. Le jour où les Républicains américains comprendront son caractère contreproductif, la dictature aura beaucoup plus de mal à justifier son incapacité systémique à assurer une vie meilleure aux Cubain-es.

En dépit du romantisme tenace qui enrobe et continuera certainement d’enrober le personnage, force est de constater que dans les faits, Fidel Castro aura légué plus de problèmes que de solutions au peuple cubain. Si sa légitimité avait reposé sur un renouvèlement constant par les urnes du «mandat populaire» qu’il prétendait avoir obtenu le 1er janvier 1959, encore aurait-il pu partager le blâme avec le peuple cubain. Mais en choisissant la dictature centrée autour de sa personne et de ses propres ambitions, il doit être tenu entièrement responsable de ses échecs et de ses crimes. L’histoire ne doit pas l’absoudre.

Depuis Trump

Donald Trump a été élu 45e président des États-Unis. Et maintenant?

Maintenant, rien. Ou presque. Ce n’est certainement pas sous sa présidence qu’on verra l’embargo levé.

Cela dit, durant les primaires républicaines, Trump était le seul candidat à ne pas complètement rejeter l’ouverture du président Obama à l’endroit de Cuba. À l’époque, un consultant américain spécialisé dans les relations cubano-américaines m’assurait que peu importe qui serait élu pour succéder à Obama, le nouveau président (ou la nouvelle présidente...) n’oserait jamais revenir en arrière. La pression de la communauté des affaires, qui a investi temps et argent pour préparer son entrée dans le nouveau marché cubain, serait trop forte.

Maintenant que nous savons que Trump n’a absolument aucune intention d’empêcher les conflits d’intérêts entre la Maison-Blanche et la Trump Tower, on peut se douter qu’il sera bien le premier à voir des occasions d’affaires dans le paysage immobilier en ruines de La Havane.

Maintenant que nous savons que Trump n’a absolument aucune intention d’empêcher les conflits d’intérêts entre la Maison-Blanche et la Trump Tower, on peut se douter qu’il sera bien le premier à voir des occasions d’affaires dans le paysage immobilier en ruines de La Havane.

«Si Cuba n’est pas prêt à trouver une meilleure entente pour les Cubain-es, les Cubano-américain-es et les États-Unis au complet, je vais casser l’entente», gazouillait ce lundi le président élu. Mais évidemment, comme toutes les autres déclarations sortant de sa bouche ou de son compte Twitter, celle-ci n’est gage d’absolument rien quant à l’avenir.

Poursuivez votre lecture...
PODCAST
Fil Rouge - Épisode 1
16 avril 2018
Environnement
La lutte contre le glyphosate s’intensifie au Nouveau-Brunswick
Anne-Marie Provost
16 avril 2018
Élections provinciales 2018
Les défis de Vincent Marissal
Xavier Camus
4 avril 2018