Course à la chefferie de Projet Montréal

Logement et inégalités sociales : les priorités de Valérie Plante

Nos questions à Valérie Plante, qui compte être élue le 4 décembre prochain.
Vincent Rességuier

Le parti municipal Projet Montréal élira son prochain chef le 4 décembre prochain. À cette occasion, voici notre première entrevue de deux avec les candidat-es en lisse, à commencer par Valérie Plante.

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Ricochet : Quels seraient trois éléments de votre parcours, dans votre expérience professionnelle ou politique, pour convaincre que vous feriez une bonne chef de parti?

Valérie Plante : Ma première expérience pertinente, c’est ma carrière dans le milieu communautaire qui me permet d’être bien connectée avec les enjeux locaux. Le deuxième, c’est mon saut en politique en décidant de me lancer dans Centre-Sud, même si je n’habitais pas ce quartier. J’ai décidé d’y aller, parce que j’avais envie de m’attaquer aux questions de mixité sociale, aux questions d’itinérances, aux questions de lutte à la pauvreté. Ce sont des sujets qui me sont chers. Et le troisième élément, c’est la victoire contre Louis Harel, une géante, grâce à une campagne menée sur le terrain avec des idées fortes. J’ai par la suite développé la capacité à affronter des géants comme Louise Harel, mais aussi Denis Coderre, mon maire d’arrondissement avec qui je dois croiser le fer chaque mois.

Ricochet : Une question encore personnelle. Qu’est-ce qui vous fait penser que vous avez l’âme d’une chef?

V.P. : Pour moi, être une chef, c’est la capacité à rassembler de gens de différents horizons, de différentes allégeances autour d’un projet commun. Dans tout mon parcours professionnel, c’est toujours ce que je me suis efforcée de faire, en m’entourant de personnes brillantes, intelligentes, engagées et passionnées pour ensuite se battre pour un objectif commun. Je suis une chef à l’écoute qui tend à trouver des solutions dans le compromis. Je ne vais pas imposer mes idées. À Projet Montréal, le consensus est fondamental et c’est pour ça que je veux être chef.

Pour moi, être une chef, c’est la capacité à rassembler de gens de différents horizons, de différentes allégeances autour d’un projet commun.

Si vous êtes élue mairesse de Montréal en novembre 2017, quel sera votre projet innovateur prioritaire?

V.P. : Mon premier projet sera d’investir 100 millions de dollars sur les trois premières années du mandat afin de soutenir le logement social et le logement abordable. L’objectif sera de constituer des réserves foncières d’acheter des terrains et des bâtiments. Je veux que Montréal se positionne en amont pour la création de logements. Il faut savoir que 25 % de notre population vit sous le seuil de pauvreté. On a beaucoup de familles qui quittent la ville parce qu’elles ne trouvent pas chaussure à leurs pieds. Elles ne trouvent pas la bonne taille de logement à des prix accessibles. La notion de mixité sociale est fondamentale. Une des façons concrètes de préserver la mixité sociale, économique et environnementale, c’est à travers un investissement dans l’habitation et en créant des projets de mixité.

Quel dossier ou quel service de la ville doit être repensé ou révolutionné?

V.P. : Sans hésitation, la gestion des contrats, car la ville perd énormément d’argent. On doit instaurer de meilleures mesures pour contrôler les dépenses liées aux travaux et à leur suivi. Présentement, on dépense des sommes faramineuses pour engager des firmes privées pour surveiller des travaux effectués par d’autres firmes privées. Ça n’a aucun sens! On a une expertise à l’interne, on doit la bonifier et on doit l’encourager. On doit cesser de donner des contrats à l’externe.

Présentement, on dépense des sommes faramineuses pour engager des firmes privées pour surveiller des travaux effectués par d’autres firmes privées. Ça n’a aucun sens!

Projet Montréal a obtenu de bons résultats et une croissance dans les quartiers centraux aux dernières élections. Il semble que ce soit plus difficile de convaincre les électeurs et les électrices dans les quartiers périphériques. Comment comptez-vous vous y prendre pour gagner le vote des Montréalais-es qui ne vivent pas dans le centre?

V.P. : Projet Montréal, à sa première élection (ndlr: en 2005), c’était deux arrondissements, le Plateau-Mont-Royal et Rosemont–La-Petite-Patrie. Tranquillement. On s’étend; on est maintenant dans Hochelaga-Maisonneuve, dans Verdun, dans Sud-Ouest et dans Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension. C’est donc possible de s’étendre si on regarde notre progression. Ceci étant dit, pour moi le plus gros problème demeure que notre chef, Richard Bergeron, faisait preuve par moment de dogmatisme. Il n’était pas un chef rassembleur et ce n’est pas quelqu’un qui réussit à toucher les gens sur le plan humain. Projet Montréal doit sortir du carcan : "on est les experts, on a toutes les solutions"; on doit être en mode écoute et en mode terrain. Depuis le début de ma campagne, j’ai déjà participé à une dizaine d’assemblées de cuisine, dans tous les quartiers. Dans Montréal-Nord, dans Pointe-aux-Trembles, les gens disaient : "on sait bien, vous autres, vous aimez pas les chars". Cette image nous colle à la peau. Il faut prendre le temps de s’asseoir, de déconstruite et surtout d’écouter quelles sont les solutions que proposent les gens.

Il n’était pas un chef rassembleur et ce n’est pas quelqu’un qui réussit à toucher les gens sur le plan humain.

Richard Bergeron est le fondateur de Projet Montréal. Il a quitté le parti pour rejoindre l’équipe de Denis Coderre. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis de son héritage?

V.P.: Je ne suis pas une personne qui va renier les membres et surtout le père de Projet Montréal. Je suis dans une logique de regarder vers l'avant, pas en arrière. Richard Bergeron a posé des bases intéressantes. Ensuite, avec des personnes comme Luc Ferrandez, François Croteau et les élu-e-s, nous avons tous et toutes portés ces idées et nous les avons appliqué aux réalités des quartiers. Je remercie Richard Bergeron pour ses idées, pour son approche, mais maintenant nous n’avons plus besoin de lui, on peut aller de l’avant. Quand il est parti, il y a beaucoup de monde qui pensait que le parti allait s’écrouler. Nous sommes restés unis. Nous sommes une opposition officielle forte et intelligente. Nous pouvons désormais montrer des accomplissements clairs et précis dans Rosemont et dans le Plateau. Nous faisons donc rêver, mais on est capable de réaliser des choses concrètes qui améliorent la qualité de vie des gens. Richard Bergeron a donné des idées, mais c’est nous les élu-e-s qui les avons portés, cela prouve que ce n’est pas le parti d’un seul homme, comme celui de Denis Coderre par exemple. Nous sommes une équipe et c’est ça notre force.

Quand il est parti, il y a beaucoup de monde qui pensait que le parti allait s’écrouler.

Le taux participation au vote est très faible, on en conclut que les gens ne s’intéressent pas à la politique municipale. Qu’est-ce que vous allez faire pour intéresser davantage les Montréalais-es à la politique municipale?

V.P. : C’est très simple, il faut s’intéresser à la réalité des Montréalais-es. Il y a beaucoup d’inégalités entre les Montréalais-es, mais également des écarts entre les quartiers. Je prends souvent l’exemple du transport. J’ai la chance d’habiter dans un quartier central. Je peux prendre le VLS, le métro, l’autobus, le vélo. Ailleurs, il y a de nombreux Montréalais-es qui n’ont pas ces options-là. Je veux parler de transport, d’habitation, d’aménagement, mais toujours avec cette vision très claire de s’attaquer aux inégalités. La clef c’est donc d’être proche des gens, je veux parler aux Montréalais-es pour savoir ce qu’ils ont à dire, pas deux semaines avant les élections de novembre 2017, mais maintenant, car il faut engager un dialogue.

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