Éducation

Le cours d’éthique et de culture religieuse: au-delà des débats populistes

Photo: JJ Thompson

D’après le discours de certain-ne-s, le cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) serait un catalyseur de tous les maux. Il serait contraire au principe d’égalité entre les hommes et les femmes, il favoriserait l’endoctrinement religieux, il serait en contradiction avec les principes de laïcité de l’État québécois.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Commençons d’abord par rappeler que le cours a pour objectif de développer trois compétences chez l’élève tout au long du parcours scolaire : la capacité à réfléchir sur des questions éthiques, la compréhension des phénomènes religieux, la capacité à pratiquer le dialogue. Présentons-les brièvement.

Pratiquer le dialogue

La compétence au dialogue est centrale. Elle a pour objectif d’outiller l’élève à penser par lui-même. Parmi les éléments de contenu de cette compétence, on retrouve différents types de raisonnement qui permettent de repérer les sophismes, d’apprendre les procédés argumentatifs et réfutatifs, etc. Bref, le programme vise à développer l’esprit critique de l’élève et le dote d’outils essentiels pour affronter les débats de société qui sont les nôtres.

La compréhension des phénomènes religieux

La partie culture religieuse du cours fournit à l’élève des notions sur les phénomènes religieux. Elle l’aide à développer une meilleure compréhension de notre société et de son héritage culturel religieux. Cette compréhension éclairée se fonde sur des points de vue sociologiques, historiques, culturels, démographiques, etc., où la religion n’est ni démonisée ni idéalisée.

Réfléchir sur des questions éthiques

La partie éthique du cours, très peu mentionnée par ses détracteurs, vise à développer chez l’élève une « pensée autonome, critique et créatrice ». Des problématiques telles que le partage des richesses, l’avenir de l’humanité ou les inégalités sociales y sont examinées et analysées sous plusieurs angles. Il est à noter que les réflexions dans le cours d’ÉCR doivent respecter les valeurs et idéaux démocratiques de la société québécoise. Il n’est donc nullement question de remettre en cause le principe d’égalité entre les hommes et les femmes, bien au contraire.

ÉCR et laïcité

Le cours d’ÉCR ne privilégie aucun type de croyance ni d’incroyance. Il s’adresse à tou-te-s les élèves et il ne s’agit surtout pas d’un enseignement confessionnel des religions. Par conséquent, il garantit la liberté de conscience, il est neutre et il respecte la séparation des églises et de l’État. Bref, le cours d’ÉCR respecte les principes de la laïcité.

Des améliorations possibles…

Bien que le principe d’égalité soit au cœur du programme d’ÉCR, cet aspect gagnerait à être amélioré et complété. Le thème de la tolérance, notion négative de l’ouverture à l’autre, devrait être remplacé par la notion de respect du droit à l’égalité. Des contenus portant spécifiquement sur le sexisme, le racisme, l’islamophobie, l'antisémitisme, l’homophobie, etc. devraient être rendus obligatoires. En effet, chaque citoyen-ne québécois-e doit être formé-e à comprendre ces oppressions, leurs particularités, leurs origines et leurs manifestations. Au-delà de la «diversité», il est temps d’enseigner des concepts comme ceux d’essentialisation, de privilèges, de colonisation, de racialisation, de discrimination systémique, de patriarcat, etc. Ces concepts sont essentiels à la participation active des citoyen-ne-s québécoi-e-s à un véritable vivre ensemble égalitaire.

Notons qu’il est regrettable que dans certains établissements le cours d’ÉCR ne soit pas pris au sérieux si bien qu’il est confié à des enseignant-e-s spécialistes d’autres matières, sans formation dans le domaine, ce qui peut affaiblir le niveau du cours. Certains établissements utilisent même les plages horaires du cours pour d’autres activités.

Au lieu de s’intéresser sérieusement à l’éducation des enfants de notre nation, plusieurs personnalités politiques et chroniqueurs-es ne font malheureusement qu’émettre des critiques populistes et sans fondements. Ils gagneraient à revenir sur les bancs d’école pour apprendre le b.a.-ba de l’éthique et du dialogue respectueux et constructif.

Mélanie Dubois, enseignante en ÉCR au secondaire et chargée de cours à l'UQAM à la formation des maîtres.
Haroun Bouazzi, coprésident de l’Association des Musulmans et des Arabes pour la Laïcité au Québec (AMAL-Qc)
Poursuivez votre lecture...
Débat sur la laïcité
Laïcité et fleurdelisé
André Noël
16 octobre 2018