Politique Québec

Départ de Françoise David : un temps de transition pour Québec solidaire

Elle lègue un grand héritage aux femmes en politique et à toute une génération.
Toma Iczkovits

Françoise David, co-porte-parole de Québec solidaire et députée de la circonscription montréalaise de Gouin, a annoncé jeudi matin son retrait de la vie politique, pour des raisons de santé. Entourée des députés solidaires Amir Khadir et Manon Massé et du président du parti Andres Fontecilla, la cofondatrice du parti de gauche a annoncé qu’elle quittait ses fonctions de députée «avant le burn-out.»

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Andres Fontecilla a fait savoir que «tout est sur la table» pour ce qui est du remplacement de Françoise David. Plusieurs dans le parti ont évoqué le nom de Gabriel Nadeau-Dubois comme futur député solidaire, mais ce dernier n’a pas encore confirmé son intérêt. Fontecilla lui-même, qui avait fini deuxième dans le château fort libéral de Laurier-Dorion en 2014, a dit qu’il pourrait également se porter candidat. Mais hier, tous les yeux été braqués sur Françoise David. Plusieurs militant-es étaient ému-es aux larmes. «Son départ est la perte d’une partie de l’âme de Québec solidaire,» a déclaré Andres Fontecilla.

Retour sur le parcours d’une battante.

Ricochet : J’imagine que ça n’a pas été la journée la plus facile de votre vie politique. Comment ça va?

Françoise David : C’est correct. C’est une décision murement réfléchie et donc, très assumée.

Ricochet : Le jour de votre départ, le gouvernement annonce une hausse du salaire minimum. Est-ce que ça vous permet de boucler la boucle sur une note positive?

F.D. : J’ai compris que le salaire minimum allait être augmenté de 50 sous. C’est insuffisant. Ils ont dit qu’ils y allaient par étapes, mais s’ils continuent d’augmenter à coups de 50 sous par année, on va arriver à 15 $ quand, en 2030?

R. : À quel point avez-vous pu accomplir vos buts en tant que membre de l’Assemblée nationale?

F.D. : Tout ce qu’on peut faire, tant qu’on n’est pas au pouvoir, c’est de dénoncer les décisions avec lesquelles on n’est pas d’accord et d'essayer de proposer des solutions. J’y suis allée pendant quatre ans et demi en essayant de gruger tout ce que je pouvais, mais en admettant que je serai loin de gagner tout ce que je voulais.

R. : Quel héritage espérez-vous avoir laissé?

F.D. : J’espère avoir donné l’idée à d’autres politicien-nes, peu importe le parti, qu’on peut faire de la politique non pas en se chicanant, mais en posant la question, "Ce qu’on est en train de faire fait-il avancer le Québec?" J’espère avoir laissé cette idée dans les têtes, pour que d’autres essaient de travailler d’une manière moins partisane.

J’espère avoir donné l’idée à d’autres politicien-nes, peu importe le parti, qu’on peut faire de la politique non pas en se chicanant, mais en posant la question, "Ce qu’on est en train de faire fait-il avancer le Québec?"

Le moment où vous étiez la plus fière d’être solidaire, c’était…

F.D.: Les trois élections — d’Amir, de moi-même et de Manon. Ça nous dit que les gens n’ont pas peur de la Gauche ; ils nous élisent. C’est un sentiment extraordinaire. Il y a bien des moments où je suis fière d’être solidaire — je parle au présent, parce que je le suis encore. Nos positions restent fermes et cohérentes, on ne change pas de position chaque fois que le vent tourne. Et au fil du temps des gens disent, ‘peut-être qu’ils ont raison.’ Même si le projet de loi 70 [sur la reforme de l’aide sociale] est passé, je suis fière d’être membre d’un parti auquel ça ne viendrait jamais à l’esprit de couper l’aide sociale.

Qu’est-ce que vous souhaitez pour l’avenir du parti?

F.D: J’aimerais qu’on fasse un grand bond en avant en 2018. Si on arrivait à 12 députés et devenait un parti reconnu dans l’Assemblée nationale, on pourrait rendre le travail de chaque député-es moins difficile. Ce que j’ai trouvé dur, c’est qu’on était trois, et les gens nous demandaient de faire le travail de 12. C’est correct, mais à la longue, c’est épuisant. Si on était douze, on pourrait partager le travail et aller plus loin. Je pense que c’est faisable. Depuis un an et demi, on fait beaucoup de tournées en région, alors on aimerait vraiment voir un candidat ou une candidate d’une ville régionale se faire élire.

Vous avez travaillé avec acharnement depuis 4 ans et demi, et vous avez élu trois députés. Est-ce que les retours valent le travail que vous avez investi?

F.D. : Oui! Je n’ai aucun regret. On travaille dur et on travaille fort. Il faut être patients. Mais un jour les résultats seront à la hauteur de nos attentes, j’en suis convaincue.

Quels sont vos conseils pour les jeunes femmes qui veulent se lancer en politique électorale?

F.D. : Il faut qu’elles prennent leur place. Il y a 28 ou 29 femmes à l’Assemblée nationale, et c’est franchement minable. C’est dur pour les femmes, particulièrement les jeunes. Il faut être plusieurs, imposer nos idées et ne rien laisser passer dans les comportements machos. Les jeunes féministes sont prêtes à ça, et je trouve ça formidable. Venez, les filles, mais venez en gang!

Dans votre discours de départ, vous avez fait allusion à une façon de faire de la politique qui devient de plus en plus axée sur la confrontation. Par contre, vous demandez aux gens de chercher un consensus et de penser avec leurs cœurs. Quelle place la politique du cœur peut-elle occuper à une époque où la confrontation est mise à l’avant, et même, glorifiée?

F.D.: L’avenir nous le dira. Les gens sont fâchés, on a compris ça avec l’élection de Trump. Beaucoup des travailleurs et travailleuses ont le sentiment qu’on ne les écoute pas, que les politicien-nes sont des élites corrompues, et ils n’ont pas tort! Là, ils virent à droite, et c’est là la grande contradiction. On sait que la droite ne leur redonnera pas d’emplois, ni une société avec l’égalité des chances. On fait appel à nos émotions, souvent hargneuses, négatives. Ça marche parce que les gens ont l’impression de se faire mentir en pleine face! Notre responsabilité en tant que gens de gauche est de s’adresser au cœur et à leur intelligence. Ce n’est pas vrai qu’en s’haïssant, on va construire une société où on va être bien! Les Trump de ce monde sont en train de dresser littéralement les communautés les unes contre les autres. Au Québec, on n’est pas rendus là, mais il ne faut pas y aller!

Notre responsabilité en tant que gens de gauche est de s’adresser au cœur et à leur intelligence. Ce n’est pas vrai qu’en s’haïssant, on va construire une société où on va être bien!

Allez-vous à la marche samedi?

F.D.: Si c’était dans dix jours, j’aurais dit oui! C’est une marche importante. Je vais décider samedi matin si j’ai l’énergie d’y aller. Je suis en train de vivre un 48 heures très intense… si je n’ai pas l’énergie, j’espère que vous me pardonnerez en sachant que la prochaine fois j’y serai!

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