Massacre à la mosquée de Québec

Québec 2017

Clothilde Goujard

De pire en pire. Il ne s’aurait en être autrement. Les semeurs de haine assaillent depuis trop longtemps nos parlements, nos médias et nos imaginaires. Il y a dix ans, l’affaire Hérouxville battait son plein. Les délires d’un petit conseil municipal propulsaient l’Action démocratique au rang d’opposition officielle. Depuis, les choses n’ont guère changé. En fait, pour être plus précis, elles ont largement dégénéré.

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En 2008, la Commission Bouchard-Taylor ouvrait les digues de l’intolérance décomplexée; en 2013, la Charte des valeurs excitait les nationalistes conservateurs, qui y voyaient un exercice d’affirmation nationale; en 2015, le Bloc québécois comparait le niqab à un pipeline; pratiquement au même moment, le Parti conservateur remontait dans les sondages suite à un jugement de la Cour d’appel invalidant sa directive interdisant aux femmes voilées de prêter le serment d’allégeance (une pratique qui n’a concerné que deux femmes… en quatre ans); l’an dernier, François Legault proposait de faire passer un test des valeurs aux immigrants, sous peine de déportation; Lisée prétendait que la burqa posait des problèmes de sécurité; Labeaume mettait de l’avant son guide pour les nouveaux arrivants…

Mais il n’y a évidemment pas que les politiciens qui ont participé à ce triste spectacle… On pourrait parler longuement des propos des chroniqueurs réactionnaires; des nombreuses anecdotes plus ou moins ridicules qui ont fait la une des journaux écrits et télévisés; des «enquêtes» biaisées à propos des musulmans; de la fausse «négation de soi» que représente l’immigrant; des appels au patriotisme occidental; de l’angélisme face au racisme antimusulman…

On pourrait également parler du refus d’analyser les actes terroristes chaque fois qu’ils se manifestent…

On pourrait parler des «Best sellers» racistes, des films racistes, des documentaires racistes…

On pourrait parler du rôle des médias populistes…

On pourrait parler de Marine Le Pen et de Trump…

Mais tout cela, c’est du déjà vu, n’est-ce pas? Quiconque ne vit pas dans une bulle fermée à double tour par la peur de l’autre et la frénésie guerrière sait que le monde ne tourne pas rond. Le problème, et il est de taille, c’est qu’il ne tourne pas sans nous. Nous sommes tous plus ou moins responsables de cette tragédie. Rien en ce bas monde ne nous est radicalement extérieur ou étranger.

Nous sommes tous plus ou moins responsables de cette tragédie. Rien en ce bas monde ne nous est radicalement extérieur ou étranger.

Il n’y a évidemment rien à attendre de ceux qui ont encouragé cet acte barbare en entretenant les idées qui le soutiennent. Il y a même fort à parier que ces apôtres de la responsabilité individuelle blâmeront leurs adversaires politiques pour cette tragédie – ou qu’ils nieront son idéologie. Encore une fois, rien de neuf sous le soleil… Mais si nous sommes réellement sensibles à ce drame, et que nous sommes sérieux lorsqu’on affirme qu’il ne doit jamais se reproduire, il faudra y voir plus qu’un acte porté par quelques fanatiques déséquilibrés.

Ce type de violence n’est pas anecdotique ou accidentel. Il est le prolongement extrême d’idées largement répandues, des idées morbides que nous n’avons pas assez vivement ou mal combattues. Si l’on désire que les victimes de cet attentat ne soient pas oubliées, il nous faudra, à l’avenir, faire mieux. Car ce qu’ont vécu nos frères et nos sœurs de Québec n'est que le moment particulier d’un continuum de guerre et de terreur qui embrase présentement le monde.

Tadamun – solidarité!

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