Massacre à la mosquée de Québec

Racisme : business as usual au Québec ?

Clothilde Goujard - Ricochet

Dans leurs interventions depuis l’attentat terroriste contre les musulman.e.s à Ste-Foy dimanche soir, François Legault et Jean-François Lisée nous annoncent qu’ils n’ont aucune intention de faire un examen de conscience. C’est business as usual. Le premier indique «ne pas croire qu'il y ait un courant d'islamophobie» au Québec, pendant que le deuxième banalise la violence du débat identitaire, débat alimenté allègrement par le Parti québécois. Il tente de nous faire croire que le débat au Québec sur la laïcité a été un débat normal. Or, c’est tout le contraire qui est vrai.

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Ces hommes se permettent de nous faire part de leur tristesse comme s’ils n’avaient aucune responsabilité dans le développement d’un contexte favorable à l’éclosion de la violence haineuse. Mais nous sommes aujourd’hui des milliers à les voir pour ce qu’ils sont. Le Roi est nu. Ils ne peuvent pas simultanément alimenter l’islamophobie avec leurs discours identitaires – contribuant ainsi à pourrir la vie des milliers de Québécois.e.s qui en sont affectés – et exprimer leurs sympathies envers les personnes musulmanes. La violence meurtrière ne tombe pas du ciel. Le terrain a été longtemps préparé.

Les débats sur les accommodements raisonnables et la Charte des valeurs étaient des projets politiques racistes et sexistes. Ils ont autorisé des gens partout au Québec à laisser libre cours à leur hostilité et à leurs préjugés racistes. Ainsi, ces politiciens et partis politiques sont en partie responsables de l’hostilité des réseaux sociaux envers les personnes musulmanes. Ils sont en partie responsables des menaces de mort, du vandalisme de voitures, des cris haineux dans la rue, des attaques dans le métro que subissent depuis des années les personnes musulmanes au Québec.

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec, par leurs politiques et leurs discours, ont contribué à normaliser une culture du racisme. Des partis politiques l’ont légitimée et reconduite en créant une menace musulmane fictive. En soi, un débat sur la laïcité et sur la place de la religion est normal. Or, dès le départ, le débat sur la laïcité reflétait plutôt un désir de contrôler les croyant.e.s musulmans, perçus comme une menace. À la racine de chacun de ces épisodes, il y a le racisme et un désir d’imposer une identité unique aux différentes composantes de la société québécoise. Le débat identitaire n’avait rien de normal. Le «débat» sur la Charte des valeurs et la «crise» des accommodements raisonnables n’avaient rien de normal. Ils étaient déjà fortement orientés.

Lors de la vigile à Montréal, lundi soir, Asmaa Ibnouzahir – auteure de Chronique d’une musulmane indignée et membre du Collectif des féministes musulmanes – fait un parallèle important: celui entre la culture du viol et la culture de racisme. Si la culture du viol culpabilise les victimes, minimise les gestes de violence sexuelle et déresponsabilise les individus qui les commettent, la culture du racisme fait la même chose.

Cette culture se prolonge dans la banalisation et dans la normalisation de gestes racistes, de discours identitaires, de politiques discriminatoires, des abus policier envers les femmes autochtones, du profilage racial et de la racialisation de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Comme la culture du viol, la culture de racisme s’immisce partout et pourrit la vie de milliers de personnes racisées.

La culture de racisme prend racine dans une longue histoire. Pour comprendre, il faut remonter à la tentative de génocide des peuples autochtones et à la transformation en esclaves des personnes noires volées de leurs terres en Afrique pour venir travailler au Québec et au Canada. Ces pratiques racistes ont été légitimées au nom d’une culture de la suprématie blanche.

Lundi soir, Asmaa Ibnouzahir et différents intervenant.e.s ont rabroué les politicien.ne.s et autres acteurs et actrices de la scène publique qui se disent surpris de l’attaque raciste alors qu’ils ont alimenté la haine depuis maintenant quinze ans. Dans les faits, la vie au Québec est très loin d’être paisible pour les musulman.e.s. Les gens qui se disent surpris de cet attentat haineux n'ont ni écouté les musulman.e.s, ni les groupes antiracistes. Et ce, depuis longtemps.

Les beaux discours à l’effet que le Québec est accueillant sont naïfs, voire dangereux, car ils contribuent à banaliser et à nier le racisme systémique. Cette société est un mélange de beau et de laid. Si nous n’acceptons jamais d’examiner le laid, nous sommes complices de l’exclusion et de la violence. Nous devons comprendre d’où vient le racisme aujourd’hui. Nous devons retourner dans l’histoire pour le comprendre.

Pour changer le cours de l’histoire et mettre fin à la culture du racisme, il faut commencer à reconnaître le problème et à identifier les mécanismes par lesquels il est reproduit. Lors de la vigile tenue à Montréal, tous les intervenant.e.s ont demandé aux médias et aux politiciens de rejeter dorénavant les discours et politiques identitaires, qu’ils jugent responsables de l’atmosphère haineuse et islamophobe qui plane. Si l’on veut rendre justice aux victimes de cet attentat, ne laissons pas ces politiciens continuer comme si de rien n’était. Après une telle horreur, ça ne peut plus être business as usual.

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