Massacre à la mosquée de Québec

Les nouveaux «tweets» de la justice

On observe une recrudescence de signalements à la police depuis l'attentat de dimanche dernier.
Photo: Jason Howie

L’acte de terrorisme perpétré à la mosquée de Québec a entrainé de multiples dérapages sur les médias sociaux, alors que des internautes font maintenant l’objet d’accusations criminelles pour avoir proféré des menaces à l’endroit de la communauté musulmane. Quelles leçons doit-on tirer de ce phénomène? Analyse de la crise qui secoue l’univers web.

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La Sûreté du Québec (SQ) fait face à une augmentation significative de dénonciations, affirme sans détour le chef du service des communications, Guy Lapointe. Jeudi, on recensait pas moins de 175 signalements depuis l’attentat survenu dimanche. Toutefois, ces cas ne sont pas tous fondés. «On nous rapporte parfois des situations de mauvais goût, mais qui ne vont pas à l’encontre du Code criminel», précise M. Lapointe.

«On nous rapporte parfois des situations de mauvais goût, mais qui ne vont pas à l’encontre du Code criminel»

Il n’en demeure pas moins que la tragédie a visiblement touché la corde sensible de plusieurs internautes qui risquent de regretter la publication de leurs messages sur les réseaux sociaux. Deux jours après la tragédie, M. Lapointe a lancé cet avertissement sur son compte Twitter : «Rappel : Les propos menaçants ou la propagande haineuse sur les médias sociaux, peu importe l’intention (humour), peuvent s’avérer criminels», peut-on lire.

D'où l'importance de peser ses mots, voire même de s'abstenir dans le doute, comme le suggère le chef du service des communications de la SQ. «Même si les gens n'ont pas nécessairement de mauvaises intentions, ils peuvent être allés trop loin et se retrouver devant la justice. Le Code criminel ne fait pas de distinction. Il ne fait pas la démonstration de l'intention réelle», prévient-il, soulignant du même coup que certains cas font toujours l'objet d'une enquête.

Anarchie et anonymat

Devant les commentaires haineux qu’il voyait circuler sur les réseaux sociaux, François Audet, directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaire, a signalé plusieurs cas à la police via son compte Twitter. S’il avoue, en toute humilité, manquer de recul face aux événements, ce dernier n’hésite pas à qualifier la situation actuelle de crise.

«J’ai des frissons à le dire, mais il y a des gens qui se réjouissaient de la tuerie. C’est ça qui me hante. Carrément, on manque d’humanité. C’est comme si certaines personnes ne considèrent pas les victimes comme des humains», regrette-t-il amèrement.

J’ai des frissons à le dire, mais il y a des gens qui se réjouissaient de la tuerie. C’est ça qui me hante.

Plusieurs heures se sont écoulées avant que les canaux médiatiques réussissent à obtenir les informations véridiques sur le nombre de victimes et l’identité des suspects. Ce qui a contribué à enflammer rapidement les réseaux sociaux. «Plus vite on peut circonscrire l’événement avec des faits probants, plus vite on peut sensibiliser et éduquer la population», soutient celui qui désigne les paramètres d’utilisation des réseaux sociaux comme étant anarchiques.

«Plus vite on peut circonscrire l’événement avec des faits probants, plus vite on peut sensibiliser et éduquer la population»

Certains internautes semblent tirer cette situation à leur avantage, estime Véronique Meunier, spécialiste en cybercriminalité et enseignante à Polytechnique Montréal. «Parce qu’ils sont derrière leur clavier sur Twitter ou Facebook, ils ont une impression d’anonymat, surtout pour ceux qui ont des noms empruntés. Ils doivent savoir que c’est toujours possible de les retracer», avertit-elle.

Pour Mme Meunier, un autre élément inquiétant lors d’événements tragiques comme celui-ci, c’est la confusion qui règne entre la liberté d’expression et respect d’autrui. «Il y a une escalade et les commentaires sont très très polarisés. Les gens sont campés dans leur position», déplore celle qui remarque la facilité avec laquelle des internautes peuvent lancer des flèches pour dénigrer une personne. Elle se souvient notamment de l’attentat du Metropolis pendant le discours de Pauline Marois comme nouvelle première ministre du Québec, en 2012, où des internautes cautionnaient le geste de Richard Henry Bain.

«Il y a une escalade et les commentaires sont très très polarisés. Les gens sont campés dans leur position»

La sensibilisation est donc le mot d’ordre pour cette enseignante qui rappelle régulièrement à ces étudiant-es qu’ils et elles sont des «officiers et officières du bon comportement» sur le web. De son côté, M. Audet, professeur à l’UQAM, a pris une heure dans ses cours pour donner la chance à ses étudiant-es de «ventiler», de leur donner la possibilité de s’exprimer et de critiquer aussi.

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