Refonte de la carte électorale

Centre-Sud se mobilise pour ne pas être effacé de la carte

Gabrielle Brassard-Lecours

Selon le dernier rapport déposé par la Commission de la représentation électorale (CRÉ), il est proposé que le quartier Centre-Sud soit annexé à celui de Westmount au niveau provincial. Une proposition aux nombreux impacts, qui soulève la colère de plusieurs.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

«Jamais, dans les consultations publiques, il n’a été question de Centre-Sud», s’étonne Manon Massé, députée de Québec solidaire dans la circonscription de St-Marie-St-Jacques, directement touchée par la réforme proposée.

La CRÉ, une «commission permanente et indépendante» des partis politiques, composée du directeur général des élections et de deux commissaires, agit en toute «neutralité et impartialité». Depuis 1979, elle a pour mandat «d’assurer l’application des chapitres de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités et de la Loi sur les élections scolaires qui traitent de la division des territoires en districts électoraux et en circonscriptions électorales.» Selon son processus de fonctionnement, après le dépôt d’un premier rapport à l’automne 2015 à l’Assemblée nationale, elle a tenu des consultations publiques un peu partout dans la province pour discuter des limites des circonscriptions. Puis, le 7 février dernier, elle a déposé un second rapport dans lequel Centre-Sud était mentionné pour la première fois, à la surprise de plusieurs.

Manon Massé
Gabrielle Brassard-Lecours

Un processus bâclé

Toujours selon le processus, le deuxième rapport ne fait l’objet que d’un débat de cinq heures en chambre suivant les cinq jours du dépôt. «Ça me semble hautement insuffisant, et je considère que la population de Centre-Sud devrait avoir le droit de s’exprimer sur la disparition de son quartier», affirme Manon Massé.

Selon le site du DGE, «La carte électorale actuelle compte 11 circonscriptions ne respectant pas le cadre légal et plusieurs autres circonscriptions sont sur le point de franchir les seuils permis par la Loi. Elle doit donc être revue avant les prochaines élections générales.»

«Tout le monde était d’accord qu’il fallait enlever une circonscription à Montréal pour combler la sous-représentation en région, mais on parlait plutôt d’unir, par exemple, Outremont et Ville Mont-Royal, qui sont des "communautés naturelles" qui vont plus ensemble que Westmount et Centre-Sud», explique Mme Massé.

En effet, Centre-Sud, comprit entre les rues St-Denis et Lespérance, et entre le fleuve St-Laurent et la rue Sherbrooke, a une histoire socio-économique bien particulière, qui subsiste à ce jour, entre les anciens travailleurs et travailleuses du «Faubourg à m’lasse», le village gai et les revendications es droits LGBTQ, les étudiants de l’UQAM, les jeunes professionnel-les venu-es s’y installer et les populations vulnérables et marginalisées.

Des impacts politiques importants

Jacques Chagnon, député libéral de Westmount-St-Louis, et également président de l’Assemblée, ne commente pas la présente proposition de la CRÉ. Cette dernière laisse également le processus suivre son cours sans accorder d'entrevue. Bien que la CRÉ soit indépendante et neutre, plusieurs se demandent à qui profite cette refonte électorale sinon aux Libéraux.

La présence de Manon Massé à l’Assemblée nationale est en effet menacée par cette réforme, qui la noierait dans cette immense nouvelle circonscription, qui engloberait même une partie du quartier Notre-Dame-de-Grâce. Québec solidaire perdrait donc déjà la moitié de sa députation, déjà peu nombreuse. Et surtout, comment réconcilier les intérêts locaux de quartiers aussi différents que Westmount et Centre-Sud, deux quartiers diamétralement opposés au niveau de la langue, des moyens financiers, des préoccupations sociales et politiques…

La présence de Manon Massé à l’Assemblée nationale est en effet menacée par cette réforme, qui la noierait dans cette immense nouvelle circonscription, qui engloberait même une partie du quartier Notre-Dame-de-Grâce.

La mobilisation s'organise

Outre Québec solidaire, qui organise depuis le dépôt du rapport de la CRÉ des tournées citoyennes afin de mobiliser la population de Centre-Sud à signer une pétition demandant le maintien du quartier en tant que circonscription, les autres partis d’opposition semblent également contester la proposition mise sur la table. Selon des travailleurs et travailleuses du parti, la mobilisation citoyenne est déjà bien en branle, et culminera par un rassemblement citoyen ce dimanche 12 février. Tous et toutes sont invités à se rassembler à 11 h, devant le Comité social Centre-Sud, situé au 1710 rue Beaudry. Selon l’invitation, de «nombreuses personnalités publiques issues de la communauté de Centre-Sud prendront la parole pour manifester leur opposition à la refonte de la carte électorale».

Plusieurs personnalités l’ont déjà fait, dont l’ancien député de St-Marie-St-Jacques André Boulerice. Dans un courriel dont Ricochet a obtenu copie, l’ancien homme politique soutient que «Fondre le Centre-sud dans ce qui m’apparaît être un calque de l’arrondissement municipal de Ville-Marie est une erreur. [...] Le Centre-sud est un milieu de vie alors que la partie ouest de Ville-marie est un territoire principalement commercial. [...]. Le Centre-sud a depuis des dizaines et des dizaines d’années été le lieu de rencontre et de naissance de puissants mouvements sociaux, culturels et communautaires. Un sentiment d’appartenance s’est crée et il est toujours vivant. Quoiqu’ayant quitté la vie politique il y a près de 12 ans, je suis toujours et je demeure citoyen du Centre-sud. À chacun des messages que j’adressais à la population de la circonscription que j’ai eu l’honneur de représenter durant 20 ans, j’écrivais : "Chères concitoyens et chers concitoyens du Centre-Sud, du Plateau Mont-Royal et du Vieux-Montréal". Pourquoi? Parce que je savais et connaissais leur appartenance à un quartier bien défini.», a-t-il ajouté.

Le Centre-sud a depuis des dizaines et des dizaines d’années été le lieu de rencontre et de naissance de puissants mouvements sociaux, culturels et communautaires. Un sentiment d’appartenance s’est crée et il est toujours vivant.

«Nous avons dix jours pour changer la donne, et nous sommes en train de regarder les moyens citoyens, politiques et juridiques. Il y a eu des précédents, donc ça peut», confie Mme Massé.

Poursuivez votre lecture...
PODCAST
Fil Rouge - Épisode 1
16 avril 2018
Environnement
La lutte contre le glyphosate s’intensifie au Nouveau-Brunswick
Anne-Marie Provost
16 avril 2018
Élections provinciales 2018
Les défis de Vincent Marissal
Xavier Camus
4 avril 2018