École

Le drôle de pari de la démocratie scolaire

Photo: ajari

D’abord, commençons par parler de moi. Je suis une junky de politique. Vous savez, du genre à suivre les élections comme si c’était un match de sport, qui sort les ailes de poulet et les nachos pour regarder les résultats avec ses ami-e-s et qui prépare une soirée d’écoute-jeu pendant le débat des chef-fe-s. Le genre aussi qui pourrait passer des heures à lire des actualités d’ici et d’ailleurs afin de cerner une crise, mieux comprendre un débat, analyser un événement. Moi, la politique, j’a-do-re ça. Et pourtant, je n’ai pas voté dimanche dernier aux élections scolaires.

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Suis-je une mauvaise citoyenne? Je ne pense pas. D’abord, je ne crois pas que voter est l’ultime geste démocratique. Il existe un ensemble de gestes que l’on peut poser au niveau local ou national qui sont, pour moi, beaucoup plus porteur. Le simple fait de parler à ses voisins et de s’organiser pour monter un projet, pour se mobiliser et pour revendiquer ce que l’on considère comme juste me semble déjà plus démocratique que de voter tous les 4 ans et de rentrer chez soi, sans trop avoir de possibilité d’agir concrètement avant le prochain scrutin. Cela dit, généralement, je participe quand même, je mets mon x dans une petite case. Puis je rentre chez moi parler à mes voisins, organiser des projets, mobiliser et revendiquer ce que je considère comme juste.

Jusqu’à la dernière minute, je me suis même demandé si je n’allais pas faire un tour dans l’isoloir, juste pour faire mentir le ministre Bolduc. Mais je suis restée chez moi.

Alors pourquoi cette fois je ne me suis pas déplacée? Je pourrais faire semblant que ça ne rentrait pas dans mon horaire. Ou que le bureau était trop loin, pas sur mon chemin. Que j’ai oublié, occupée avec le reste de la vie. Mais non. J’ai choisi de ne pas aller voter. En fait, je ne me suis jamais déplacée pour des élections scolaires. Est-ce que c’était pour « envoyer un message » clair au gouvernement? Indiquer que, moi, vous savez, les commissions scolaires… Pas du tout. Bien au contraire. Je suis de celles, et je les imagine nombreux et nombreuses, qui croient dans les commissions scolaires, mais qui ne sont pas allées voter. Jusqu’à la dernière minute, je me suis même demandé si je n’allais pas faire un tour dans l’isoloir, juste pour faire mentir le ministre Bolduc. Mais je suis restée chez moi.

La vraie raison pour laquelle j’ai abdiqué mon droit de vote (et non, pas mon droit de chialer…), c’est que je ne comprends toujours pas pourquoi les commissions scolaires sont une démocratie. Vous allez me répondre « no taxation without representation »? Désolée, ça ne me convainc pas. Ça ne me convainc pas parce que je ne m’étais même pas rendu compte que le poste de la présidence de la commission scolaire était un poste électif et que, jusqu’à cette réalisation il y a quelques semaines, ça ne me dérangeait pas vraiment. Ça ne me convainc pas non plus parce que le système de taxation nous est toujours présenté comme inéluctable. Je ne comprends pas vraiment l’influence des décideurs sur ce qu’on a payé, si ce n’est que le gouvernement provincial refile la facture au niveau local.

Je ne suis pas allée voter parce que j’ai l’impression que les commissaires ne parlent qu’aux comités de parents.

Je ne suis pas allée voter parce que les seuls débats qui concernent les commissions scolaires, c’est leur abolition ou non. Et, de temps en temps, les taxes scolaires, mais rarement en termes où on sent qu’on peut agir. Mais dans aucun cas ne parle-t-on de leurs structures démocratiques. Des débats à l’interne. De leur pertinence dans l’articulation de différentes visions de l’éducation. Je ne suis pas allée voter parce que j’ai l’impression que les commissaires ne parlent qu’aux comités de parents. Et puisque je ne suis pas parent, puisque l’argument des taxes ne me convainc pas, puisque je veux que les instances démocratiques veuillent dire quelque chose, je suis restée chez moi.

Selon moi, la démocratie est un processus plus qu’un état de fait. Ça me décourage parfois de constater que ce que nous avons présentement comme système satisfait assez pour que la seule chose que l’on souhaite améliorer, c’est le taux de participation. Demander une plus grande redevabilité de nos élu-e-s? Bah. Essayer de donner plus de pouvoir aux citoyen-ne-s? Bof. Civiliser les débats? Oh, mais il y a des mots interdits, vous savez! Votez par contre. Oh là, votez, grands dieux!

Et si le taux de participation, on essayait de le changer à l’année? Et si les commissions scolaires essayaient de nous inclure plus dans leur processus démocratique, dans leurs débats, dans leurs combats? Peut-être qu’on irait plus voter.

J’aurais pu aller voter, nous aurions tous et toutes pu aller voter pour montrer notre attachement à une structure locale qui permet de coordonner des services, de réfléchir la distribution des ressources en fonction des besoins, de participer à la vie sociale et communautaire de sa région. Mais pour quoi? Pour qu’on continue comme avant à se sentir déconnecté? Pour que rien ne change, mais qu’on puisse se vanter d’un meilleur taux de participation? Et si le taux de participation, on essayait de le changer à l’année? Et si les commissions scolaires essayaient de nous inclure plus dans leur processus démocratique, dans leurs débats, dans leurs combats? Peut-être qu’on irait plus voter. À condition qu’on ait encore des élections scolaires…

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