Présidentielles françaises

Quand Tinder parle de politique française

Un journaliste audacieux a utilisé Tinder pour faire des rencontres...politiques!
Xavier Savard-Fournier

Avec l’idée de faire des rencontres, parfois amoureuses, les applications Tinder et Bumble mettent en contact des gens dans un même secteur qui cherchent un ou une partenaire. Mais qu’advient-il lorsqu’on met ces applications aux profits du journalisme? On obtient les mêmes rencontres qui permettent d’atteindre des gens plus facilement, particulièrement lorsqu’on débarque à peine dans un pays pour couvrir une présidentielle.

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C’est le cas de trois Parisiens entre 20 et 32 ans rencontré via ces applications de «dating». Si les trois hommes pensaient bien avoir trouvé quelqu’un avec qui prendre un verre après le travail, et plus si affinité, ils ont tout de même accepté d’optimiser cette rencontre en parlant de leurs visions politiques.

[La campagne] est assez lamentable, puisque marquée par les affaires. Les gens ont beaucoup d’intentions de vote par défaut, mais pas par adhésion.

«[La campagne] est assez lamentable, puisque marquée par les affaires. Les gens ont beaucoup d’intentions de vote par défaut, mais pas par adhésion. C’est souvent comme ça parce que l’élection présidentielle française valorise surtout les gros candidats et l’optique du second tour», présente Vincent, 32 ans, et qui a un bon emploi dans une boite de communication de la capitale.

Même son de cloche pour l’étudiant Alexandre Husein, 20 ans, qui ne considère aucun candidat comme convaincant et pour Lucas, 24 ans, en finance, qui ne voit rien de bien beau dans ce qui s’en vient. «Beaucoup de gens sont perdus. On suit et on subit fatalement la vague nationaliste. Ce sera intéressant de voir si elle est aussi puissante que ce qu’on en dit», explique-t-il.

Cette «vague nationaliste» est martelée pas plusieurs des Français-es rencontrés jusqu’à présent pendant ce déplacement pour la présidentielle. Il faut dire que les partis et les médias participent à faire résonner le «spectre d’une victoire Front national (FN)» lorsqu’ils discutent, entre autres, de la notion du vote utile, notion qui ne semble que renforcer le message projeté par le FN comme un parti qui dérange parce qu’il propose les changements que les gens attendent.

Pour Vincent, Alexandre et Lucas, ce n’est pas la France qu’ils souhaitent, mais comme «l’ambiance ne donne pas très envie de se mobiliser» et que le risque de voir le FN au pouvoir «devient palpable», ils donnent l’impression qu’ils voteront par défaut.

«Après, moi, je ne me sens pas en danger immédiat si on a un président réactionnaire. Je suis blanc, diplômé, je gagne bien ma vie, je vis Paris. Je suis "protégé" dans ma bulle urbaine. Gay, certes, mais a priori pas en danger immédiat dans un pays européen, même gouverné par l’extrême-droite», avoue Vincent.

Droits LGBTQ et la présidentielle

S’il est vrai que la communauté LGBTQ n’est pas l'une des premières cibles des politiques du Front national ni d'aucun autres partis en fait, le FN et Les Républicains (LR) ne sont pas particulièrement près de cette tranche de l’électorat.

Dans leurs programmes, Le Pen et Fillon souhaitent rouvrir la loi Taubira entourant le mariage pour tous – l’une pour créer une union civile (pacs améliorés), l’autre la réécrire «en posant la règle que l’adoption plénière sera réservée aux couples de sexe différent, la filiation n’ayant de sens qu’à l’égard d’un homme et d’une femme» - et maintenir l’interdiction de la procréation médicalement assistée (PMA) et de la gestation pour autrui (GPA). Par contre, personne n’appuie vraiment la GPA parmi les candidat-es de têtes de cette présidentielle. Le programme d’Hamon, lui, n’en fait pas mention.

Pour Alexandre, qui avoue subir encore des remarques homophobes à Paris et particulièrement en banlieue, il faudrait que les candidat-es en fassent plus. Le mariage pour tous était un bon départ, mais il faudrait plus d’interventions et de publicités pour éduquer la population et ainsi tenter de réduire le nombre de remarques entourant l’orientation sexuelle des gens.

Pour Alexandre, qui avoue subir encore des remarques homophobes à Paris et particulièrement en banlieue, il faudrait que les candidat-es en fassent plus.

Il reconnaît cependant que depuis qu’il assume pleinement sa sexualité et qu’il n’a plus peur, il subit moins de remarques. Puis, «la communauté LGBTQ, ce n’est pas le centre du monde. On a d’autres problèmes dans la vie», ajoute-t-il.

Si ces rencontres Tinder n'ont pas permis à ces jeunes hommes de trouver l’amour, elles auront en fait permis d’observer la perte de repères politiques des trois hommes.

«Je ne me reconnais plus dans le parti que je soutenais [le parti socialiste], affirme Lucas. Hamon ne rassemble pas, il fait écho à [Jean-Luc] Mélenchon. Puis, le revenu universel, je n’y crois pas. Pas maintenant, pas en France.»

Tous attendent par contre plus de réponses à leurs questions sur le reste des thématiques qui les touchent, que ce soit sur l’économie pour Lucas, la réflexion à des alternatives au plein emploi pour Vincent et l’éducation pour Alexandre.

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