Relations internationales

Quand la Russie tente d'interférer

Après des ingérences dans le processus électoral américain en novembre, les élections allemande et française pourraient être visées par le Kremlin notamment par la manipulation de l’information, selon deux experts.

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Les deux pays doivent élire leurs dirigeants cette année et les campagnes électorales sont pour le moment incertaines. Après une campagne électorale française mouvementé, Marine Le Pen, ancienne dirigeante du Front National, fera face à Emmanuel Macron, indépendant centriste et ancien ministre sous François Hollande le 7 mai prochain lors du 2e tour. L’arrivée de Martin Schulz, ancien président du parlement européen, dans la course à la chancellerie en Allemagne, laisse penser que de nouveaux gouvernements pourraient voir le jour.

Autrefois un des pays les plus influent dans l’arène mondial, la Russie a perdu de son pouvoir avec l’effondrement de l’Union Soviétique.

Julien Nocetti, chercheur à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et Stefan Meister, chercheur au Conseil Allemand des Relations Internationales (DGAP) pensent que le Kremlin a pour but tout particulier d’affaiblir les institutions démocratiques occidentales tels que les médias, l’Union Européenne et l’OTAN.

Julien Nocetti, chercheur à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et Stefan Meister, chercheur au Conseil Allemand des Relations Internationales (DGAP) pensent que le Kremlin a pour but tout particulier d’affaiblir les institutions démocratiques occidentales tels que les médias, l’Union Européenne et l’OTAN.

Et d’après ces chercheurs, en Europe, le terreau est fertile pour ces discours et vérités ‘alternatives’ qui tentent d’affaiblir les gouvernements actuels.

Une situation politique tendue

« Ce qu’on observe ce moment avec le succès de la désinformation russe et la montée du populisme, c’est l’échec des élites, leurs manques de crédibilité et de leadership et de leurs visions pour l’Europe, » explique M. Meister qui déplore un certain opportunisme chez les politiciens européens actuels.

Il juge que le manque de contrôle des frontières extérieures au niveau européen pendant la crise des réfugié-es en Europe, mais aussi au niveau national avec des suspects d’attaques terroristes qui semblent passer facilement d’un pays à autre, a créé un climat propice au développement de la propagande russe anti-OTAN et Union Européenne.

Toutefois, il souligne que des politiciens populistes comme Gert Wildeers, aux Pays-Bas, et Marine Le Pen, en France, existent depuis plusieurs décennies et que la Russie n’a pas créé ces partis d’extrême droite.

Des valeurs remises en question

Depuis la France, M. Nocetti observe un rejet des élites similaire à celui aux États-Unis.

« [Ce rejet] se traduit par une recherche d’information alternative et toute l’ingéniosité des médias Russes a été de se positionner sur ce créneau alternatif de ‘ré-information’ […] pour nous dire qu’il n’y a pas de vérité unique mais autant de vérités que de discours, pour nous faire relativiser nos valeurs, » explique-t-il.

Les slogans de Sputnik et Russia Today (RT), deux médias Russes disponibles en français, sont clairs. Le premier annonce “Nous dévoilons ce dont les autres ne parlent pas” tandis que le deuxième clame “Osez questionner”.

Les deux médias couvrent les évènements à l’opposé des attentes. Lors de la bataille d’Alep, en mi-décembre, alors que les médias occidentaux parlent de massacre, RT se concentre sur “des scènes de liesse et d’euphorie” dans les rues de la ville.

L’actualité française est aussi suivie de près. Les manifestations contre le mariage gay, les réfugiés ou “migrants”, ou la politique avec Marine Le Pen et son “succès indéniable” avant même que la campagne ne commence.

Car les valeurs défendues par Moscou, selon Nocetti, sont plus traditionnelles et conservatrices au niveau social mais aussi dans les relations internationales avec la conception de la prédominance des états souverains.

Car les valeurs défendues par Moscou, selon Nocetti, sont plus traditionnelles et conservatrices au niveau social mais aussi dans les relations internationales avec la conception de la prédominance des états souverains.

Diviser l’opinion publique

Ces stratégies de ‘guerre informationnelle’ réussissent plutôt bien jusqu’à maintenant.

« Aujourd’hui, vous avez une société, une classe politique et même dans le milieu de la recherche, [des gens] qui sont profondément divisés sur [la Russie], » explique M. Nocetti.

Sur les devants de la campagne électorale française, Marine Le Pen ne cache pas ses liens avec la Russie. Lors d’un récent voyage dans le pays, elle a rencontré Poutine, affichant leur entente sur de nombreux sujets et critiquant une “diplomatie de chantage” de la part de l’Union Européenne.

De son côté, Emmanuel Macron, candidat indépendant, se révèle plus prudent et considère les sanctions contre la Russie “nécessaire” pour le moment. Sa campagne aurait été ciblé par des cyberattaques russes selon une société de sécurité informatique. Le secrétaire général de son parti, En Marche, s’est aussi alarmé d’une « propagation de fausses nouvelles » de la part de médias Russes comme Russia Today et Sputnik concernant Macron.

Outre-Rhin, le constat est similaire entre des dirigeants qui souhaitent prolonger les sanctions contre la Russie suite à l’invasion de la Crimée et d’autres qui prônent un apaisement.

Le problème est encore plus délicat que, selon M. Meister, une grande partie de la société allemande voudrait voir plus de compromis avec la Russie, ce qu’il explique par des raisons historiques : un sentiment de culpabilité et de pacifisme depuis la deuxième guerre mondiale.

«  [Cette stratégie informationnelle] est beaucoup plus fructueuse que si la Russie attaquaient par la puissance militaire. Cela affaiblit notre confiance dans les institutions des sociétés occidentales, » explique le chercheur allemand. « Et en faisant ca, cela affaiblit l’habileté des gens qui prennent des décisions d’agir quelque part contre la Russie et c’est pour ça qu’elle investit tellement dans cette stratégie. »

«  [Cette stratégie informationnelle] est beaucoup plus fructueuse que si la Russie attaquaient par la puissance militaire. Cela affaiblit notre confiance dans les institutions des sociétés occidentales, » explique le chercheur allemand.

Mais les deux experts modèrent les inquiétudes d’ingérence, expliquant que les pays occidentaux sont en capacité de se protéger et que la Russie n’est tout de même plus la puissance qu’elle était pendant la guerre froide. «  [L’apparente réussite de la Russie sur le plan de la propagande] reste extrêmement précaire parce que les sanctions économiques pèsent très lourdement sur le pays et qui sait ce qui va advenir du système Poutine dans quelques années? » se demande M. Nocetti.

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