Travail

Repenser l’avenir du travail et de l’économie

À l'ère de la précarité financière et de l'emploi, il est temps de nous tourner vers de nouveaux modèles.
Photo: unsplash.com

Les nouvelles réalités du travail posent de sérieux défis à la gauche québécoise, et notamment au milieu syndical. L’économie collaborative rendue possible par la révolution numérique promet des boulots flexibles et variés, par le travail autonome ou les grandes plateformes comme Uber et Foodora. En même temps, le déclin de l’emploi permanent à temps plein et la croissance du coût de la vie amènent beaucoup de jeunes à se préoccuper de leur sécurité financière future - un recul net par rapport aux générations précédentes.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Statistiques Canada estime que 1,9 million de personnes au Canada vivent du travail autonome. Les chiffres varient, mais tous s’entendent qu’ils vont augmenter au cours de la prochaine décennie. En parallèle, le chômage augmente rapidement chez les jeunes, et l’automatisation laisse entrevoir la perte de très nombreux emplois peu qualifiés.

La flexibilité et la liberté peuvent être excitantes. L’insécurité financière et la compétition croissante pour de moins en moins de travail, ça l’est nettement moins. Que peut-on faire devant ce scénario? Comment retourner ces tendances à notre avantage?

La flexibilité et la liberté peuvent être excitantes. L’insécurité financière et la compétition croissante pour de moins en moins de travail, ça l’est nettement moins. Que peut-on faire devant ce scénario? Comment retourner ces tendances à notre avantage?

Nous ne sommes pas seul-es à se poser ces questions. Elles préoccupent des millions de personnes à travers le monde, et des réponses commencent à émerger. À l’occasion de Transformer Montréal, une conférence de deux jours à la fin avril, des jeunes de la métropole accueilleront à l’Université Concordia des leaders d'ici et d’un peu partout dans le monde qui portent des alternatives innovantes et ambitieuses à l’effondrement de la sécurité d’emploi.

Des exemples innovants

SMart en est un bon exemple : la coopérative belge regroupe plus de 100 000 membres qui vivent du travail autonome. L’entreprise ramène des éléments de stabilité en offrant des services et des avantages sociaux tels facturation, comptabilité et assurances santé. Elle connaît une croissance annuelle de plus de 10 %, et comme elle appartient à ses membres, les profits sont réinvestis dans des services qui leur bénéficient.

Le réseau Enspiral, en Nouvelle-Zélande, amène la même idée un peu plus loin. Créés au départ par un groupe de pigistes, les services communs que le réseau s’est donné ont mené à une multiplication de nouvelles entreprises et collaborations, et les projets Enspiral répondent aujourd’hui à une variété de besoins allant d’outils technologiques à l’éducation en passant par la nourriture et le logement. Les membres du réseau ont réussi à aller au-delà du soutien mutuel pour incuber et soutenir une variété de projets qui génèrent de nouvelles avenues de revenus de manière créative.

La Coopérative intégrale catalane va encore plus loin. Cet écosystème à but non lucratif, qui s’étend dans plusieurs villes de la Catalogne, a converti des bâtiments industriels désaffectés pour en faire des pôles d’emploi et de vie où ses membres produisent autant de la nourriture que des logiciels ou du matériel médical open source. La coopérative vise à rendre ses membres autonomes face à l’entreprise privée, à l’Euro, et même… à l’État.

Dans ces trois exemples, des réseaux de soutien mutuel créent un pouvoir économique collectif qui permettent à des individus ou groupes atomisés de partager la propriété d’outils, espaces et même d’entreprises qui leur assurent une certaine stabilité. Ces logiques permettent d’imaginer une économie post-capitaliste basée sur l’entraide et la démocratie plutôt qu’un individualisme prédateur.

Tandis que les inégalités économiques s’accroissent, notamment entre les générations, de plus en plus de personnes cherchent des solutions à leurs besoins qui ne contribuent pas à ces dynamiques. En attendant peut-être que les syndicats s’adaptent au travail à la pige, la génération Y réinvente un vieil outil — la coopérative — pour répondre à de nouveaux enjeux.

En attendant peut-être que les syndicats s’adaptent au travail à la pige, la génération Y réinvente un vieil outil — la coopérative — pour répondre à de nouveaux enjeux.

Ces coopératives nouveau genre font plus que simplement accepter la nouvelle donne pour tenter d’offrir un brin de stabilité. Elles permettent aussi aux entrepreneurs et entrepreneuses de repenser autant la distribution du pouvoir, l’organisation du travail que l’utilisation des profits - et de démarrer des projets qui contribuent à une transition économique dans cette direction.

Nous ne pouvons pas savoir ce que l’avenir nous réserve ni comment précisément nous répondrons aux défis qui nous attendent. Mais les 29 et 30 avril prochains, nous commencerons à esquisser des pistes d’actions avec d’autres. Aux exemples inspirants venus d’ailleurs s’ajouteront des douzaines d’ateliers donnés par et pour des personnes entrepreneuses et militantes d’ici sur des sujets allant du financement à l’autogestion.

Jessica Cabana, Laurent Levesque et Benjamin Prunty sont membres du comité d’organisation de Transformer Montréal, qui aura lieu les 29 et 30 avril à l’Université Concordia.

Poursuivez votre lecture...
PODCAST
Fil Rouge - Épisode 1
16 avril 2018
Environnement
La lutte contre le glyphosate s’intensifie au Nouveau-Brunswick
Anne-Marie Provost
16 avril 2018
Élections provinciales 2018
Les défis de Vincent Marissal
Xavier Camus
4 avril 2018