Féminisme

Un salaire pour le travail gratuit, mais de qui?

Photo: Kippelboy

La théoricienne et militante Sylvia Federici sera à Montréal ce jeudi 18 mai pour parler de la perspective du salaire pour le travail gratuit. Cette revendication féministe de longue date vient rejoindre celle de nombreux étudiant-e-s qui demandent à ce que l’on rémunère leurs stages. La conférence est organisée par les Comités unitaires sur le travail étudiant.

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Federici est une féministe marxiste qui a été largement impliquée dans le mouvement pour le salaire au travail ménager. Cette revendication a émergé au tournant des années 70, alors que beaucoup pensaient que les femmes devaient commencer à travailler si elles voulaient s’émanciper. Au Québec, 60% des femmes étaient au foyer à cette époque.

Les militantes du salaire au travail ménager se sont plutôt dit qu’en fait, les femmes travaillaient déjà, mais qu’elles n’étaient tout simplement pas payées pour le faire. Elles se sont donc mises à voir leurs tâches domestiques comme un véritable travail, à la différence qu’il était effectué gratuitement. D’abord le ménage, les courses, la planification et la préparation des repas, en plus des soins aux membres de la famille: les enfants, les vieux, les malades et même les adultes valides et autonomes, autrement appelés les hommes.

Chez les Anglaises, comme le rapportent les travaux de Camille Robert, en histoire, on a estimé qu’une ménagère passait en moyenne 77h par semaine à effectuer ce type de tâches. Donc, quand les militantes parlaient de «travail», ce n’était pas seulement une figure de style. En plus du nombre d’heures, les ménagères se plaignaient de l’aspect répétitif et monotone des tâches, effectuées un certain isolement et sans aucune reconnaissance sociale.

En exigeant un salaire, elles espéraient montrer que les femmes aussi étaient intégrées au mode de production capitaliste. Ce à quoi elles occupaient leur journée n’était pas le résultat de leur soi-disant «nature féminine» ni un travail d’amour. Au contraire, c’était une obligation pour elles et une nécessité pour le système qui les exploitait!

En exigeant un salaire, elles espéraient montrer que les femmes aussi étaient intégrées au mode de production capitaliste.

Parce que le rôle des femmes dans le système capitaliste, tel que le concevaient les féministes marxistes, était d’entretenir la force de travail de leur conjoint pour qu’il puisse mieux retourner se faire exploiter le lendemain. Au bout du compte, c’était surtout les patrons qui tiraient profit de cet ordre des choses puisque, grâce au travail gratuit des femmes, ils pouvaient payer leurs employés moins cher. S’il avait fallu que les hommes s’alimentent à l’extérieur de la maison, payent pour le blanchiment de leurs vêtements et fassent venir quelqu’un pour le ménage, il aurait fallu les payer beaucoup plus…

Vraiment?

Les auteures et militantes de la perspective radicale matérialiste ne sont pas de cet avis! Ce qu’observe la sociologue Christine Delphy, c’est que les hommes qui vivent seuls, aujourd’hui, sont très bien capables d’assurer leur propre entretien. Idem pour les femmes qui travaillent à temps plein. Et aucun ne touche un meilleur salaire pour avoir à le faire! Ces personnes doivent cependant gruger sur leur temps libre.

Ce qu’observe la sociologue Christine Delphy, c’est que les hommes qui vivent seuls, aujourd’hui, sont très bien capables d’assurer leur propre entretien.

Aujourd’hui, au Canada, quand deux conjoints d’un couple hétérosexuel travaillent à temps plein, la femme continue de dédier, en moyenne, 62 % plus de temps au travail domestique. Cela veut donc dire qu’elle hypothèque son temps libre au bénéfice du temps libre de l’homme. Pour Delphy, ce serait à chaque homme qui refuse de faire sa part de payer et non à l’ensemble de la communauté, via les impôts. Mais comment concrètement instaurer de tels transferts d’argent au sein des couples? Doit-on commencer à chronométrer le temps qu’on passe à ramasser des chaussettes sales...

Et pourquoi pas?

La conférence de Sylvia Federici aura lieu jeudi le 18 mai à 19h au Vivoir (local B-2210) du Collège de Maisonneuve.
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