Syndicats

Changements majeurs dans le mouvement syndical québécois

Photo: US Navy

Dans les derniers mois, à cause des fusions des établissements de santé prévues à la loi 10 du ministre Barrette, près de 200 000 travailleurs et travailleuses ont eu à voter pour choisir leur syndicat, ce qu’on appelle communément un maraudage. La dernière fois qu’un maraudage d’une telle ampleur avait eu lieu, c’était de 2003 à 2006, suivant les fusions d’établissements prévues à la loi 30.

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En tout, 74 votes différents devaient se tenir dans les 4 catégories d’emploi du secteur de la santé : 18 votes dans la catégorie 1 qui regroupe le personnel infirmier, 18 votes dans la catégorie 2 qui regroupe le personnel de soutien, 18 votes dans la catégorie 3 qui regroupe le personnel administratif et 20 votes dans la catégorie 4 qui regroupe les techniciens et les professionnels de la santé. Le résultat a entraîné des changements importants pour les 8 syndicats qui participaient à des votes dans le cadre de ce maraudage.

Des résultats catastrophiques pour la CSN

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) était la seule organisation à participer aux 74 votes du maraudage. Avec 120 000 membres au départ, elle pouvait donc théoriquement tout perdre ou encore gagner jusqu’à 70 000 nouveaux membres. La CSN a fini le maraudage avec 25 000 salarié.e.s en moins. Malgré ces pertes, la CSN demeure le plus important syndicat du secteur de la santé avec maintenant un peu plus de 95 000 membres dans ce secteur, bien que la quasi-totalité de ses membres se retrouvent dans les catégories 2 et 3.

Les militant.e.s de la CSN auront de sérieuses réflexions à mener pour comprendre les raisons qui expliquent la désaffection de leurs membres. De plus, la perte de ces membres entraînera une réduction du nombre de salarié.e.s de la CSN et une réorganisation importante dans la centrale. Le prochain congrès de la CSN aura lieu du 5 au 9 juin prochain… parions qu’une bonne partie des débats qui y auront lieu porteront sur le maraudage et ses conséquences pour la centrale, d’autant plus qu’il circule actuellement des rumeurs concernant d’autres fusions d’établissements de santé qui pourraient affecter les syndicats CSN.

Les militant.e.s de la CSN auront de sérieuses réflexions à mener pour comprendre les raisons qui expliquent la désaffection de leurs membres.

L’APTS grande gagnante

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) est un syndicat qui n’est présent que dans la catégorie 4. Née en 2003, ce syndicat regroupait 53% des travailleurs et travailleuses de la catégorie 4 avant le maraudage. Il est aujourd'hui passé de 32 000 à 51 500 membres. Avec près de 20 000 nouveaux membres, donc, l’APTS est l’organisation qui a le plus grandi dans le cadre de ce maraudage. Représentant maintenant 86% de la catégorie 4, il s'agit désormais de l’acteur dominant de la catégorie 4.

Avec près de 20 000 nouveaux membres, donc, l’APTS est l’organisation qui a le plus grandi dans le cadre de ce maraudage.

C’est surtout aux dépends de la CSN que l’APTS a fait ses gains. Alors que la CSN représentait 40% de la catégorie 4 avant le maraudage (27% pour la FSSS-CSN et 13% pour la FP-CSN), elle ne représente plus que 10% des technicien.ne.s et professionnel.le.s de la santé (9% pour la FP-CSN et 1% pour la FSSS-CSN). Ce revirement important dans la catégorie 4 pourrait raviver les tensions qui existaient entre les deux fédérations de la CSN, la Fédération des professionnèles (FP-CSN) et la Fédération de la Santé et des Services Sociaux (FSSS-CSN).

La FIQ consolide sa position dominante

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) est un syndicat qui n’est présent que dans la catégorie 1. Avec 7500 nouveaux membres, la FIQ est la deuxième organisation ayant fait le plus de gains dans le cadre du maraudage. Ce syndicat avait déjà une position dominante chez le personnel infirmier, représentant 82% de la catégorie 1 (contre 10% pour la FSSS-CSN et 8% pour la CSQ). La FIQ représente maintenant 92% de la catégorie 1 (contre 2% pour la FSSS-CSN et 6% pour la CSQ).

Le SCFP-FTQ gagne des membres, le SQEES-FTQ en perd et le SEPB-FTQ quitte la santé

Trois syndicats affiliés à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) participaient à des votes dans le cadre du maraudage : le SCFP-FTQ, le SQEES-FTQ et le SEPB-FTQ. Ces trois syndicats s’étaient coordonnés afin de ne pas se compétitionner dans les votes.

Le SCFP-FTQ a su tirer son épingle du jeu, réussissant à gagner 8 votes malgré le fait qu’il commençait avec une minorité des membres au début du maraudage. Il en résulte un gain de 4500 membres pour ce syndicat. De leurs côtés, le SQEES-FTQ est passé de 13 000 membres à 10 000 membres dans la santé et les 200 membres du SEPB-FTQ avait renoncé d’aller au vote, appuyant plutôt le SCFP-FTQ dans le maraudage.

Contrairement à la CSN où le tiers des membres provenait du secteur de la santé, le maraudage avait beaucoup moins d’impact à la FTQ, où seulement 5% des membres venaient du secteur de la santé. Néanmoins, la FTQ dans son ensemble a obtenu au final 1000 nouveaux membres.

La CSQ perd des plumes et la CSD disparaît de la santé

Les deux derniers syndicats qui participaient au maraudage sont la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Centrale des syndicats démocratiques (CSD). La CSQ a perdu 3500 membres dans le cadre de ce maraudage. La FSQ-CSQ, qui regroupe les membres de la CSQ dans la catégorie 1, passe de 6500 membres à 4500 membres. De son côté, la F4S-CSQ, qui regroupait les 1500 membres de la CSQ dans les catégories 2, 3 et 4, perd la totalité de ses membres. Ce qui va advenir de cette fédération est encore incertain. La CSD, de son côté, perd la totalité des 1000 membres qu’elle représentait dans la catégorie 2 et 3. C’est une tuile supplémentaire pour la CSD qui vivait déjà plusieurs difficultés.

Une nouvelle dynamique syndicale dans la santé

Il est encore difficile de déterminer quelle dynamique les changements survenus à cause du maraudage entraîneront sur le mouvement syndical, sur les mouvements sociaux dans leur ensemble ainsi que sur leur rapport de force face au gouvernement. À court terme, tous les syndicats seront occupés – d’ici début 2019 – à négocier de nouvelles dispositions de convention collective dans chaque établissement fusionné. Suivra ensuite une période de maraudage (en vertu du code du travail, donc qui nécessite la signature de cartes d’adhésion plutôt qu’un vote) à l’été 2019 et le début de la négociation nationale dans le secteur public en vue de la fin de la convention collective actuelle le 31 mars 2020.

L'auteur est détenteur d'une maîtrise en Relations Industrielles. Il a travaillé à la CSN et au SEPB-FTQ et est actuellement coordonnateur aux relations de travail à l'APTS.
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