Simplicité volontaire

Pourquoi ralentir?

Travailler pour faire plus d'argent pour consommer plus. Et si d'autres choix étaient possibles, pour plus de bonheur?
Photo: Frédérique Voisin-Demery

Métro, boulot, dodo. À quoi bon la routine et les journées de dur labeur si ce n’est que pour pouvoir acheter plus de choses? S’il ne s’est jamais qualifié comme étant un grand consommateur, Jean-François Boisvert du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV) sait ce qu’il a gagné en dépensant moins. Mais aussi en travaillant moins.

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Avoir plus de temps. En se «libérant» du travail à temps plein et en travaillant seulement deux ou trois jours par semaine, M. Boisvert a plus de temps à consacrer à ses enfants et ses passe-temps, comme celui de coordonner les activités du RQSV. «Je ne fais pas de sermons aux gens, mais étrangement, ceux qui se plaignent le plus sont ceux et celles qui ont les plus gros revenus! On court toujours et on ne peut jamais s’arrêter. Il ne nous reste pas beaucoup de temps pour la famille et le weekend, on va courir les magasins. La publicité nous fait miroiter qu’il faut acheter toute sorte de choses [pour être heureux]. Mais les gens ont une vie qu’ils n’aiment pas pour y arriver», déplore-t-il.

M. Boisvert a toujours su que d’acheter de nouveaux biens ne le rendrait jamais heureux. Il a grandi dans une famille où son père, un type manuel, récupérait tout. «On était pas toujours rendus dans les magasins pour s’acheter certaines choses», raconte-t-il avec fierté. Il a vécu plusieurs années sans avoir de voiture, mais lorsqu’il s’en est procuré une, il l’a gardé plusieurs années avant de la léguer à sa fille. Dans sa famille, les membres s’entraident et on prit l’habitude, par exemple, d’échanger les articles pour bébés au lieu d’en acheter de nouveaux.

Pauvreté versus richesse

Même s’il assume complètement son mode de vie axé sur la simplicité volontaire, M. Boisvert regrette que des gens puissent l’accuser de «jouer au pauvre». «Il faut être convaincu, car on peut toujours être jugé par nos choix. Moi, ce n’est pas la possession qui m’intéresse. L’économie a pris une telle place dans notre société... on a jamais autant été incités à consommer, constate-t-il. Il y a un effet d’entraînement, les gens s’endettent beaucoup. Et quand on a une dette, il faut continuer de travailler encore plus pour payer les intérêts», dit-elle.

L’économie a pris une telle place dans notre société... on a jamais autant été incités à consommer, constate-t-il. Il y a un effet d’entraînement, les gens s’endettent beaucoup.

C’est pourquoi, selon lui, l’un des grands défis de notre ère capitaliste est de revaloriser l’importance de la vie communautaire. Au bénéfice de tous, pas seulement pour les moins nantis. «Ça rejoint le proverbe moins de biens, plus de liens. Quand on vit dans une société qui nous soutient, on est moins stressés. Le capitalisme est basé sur une croissance sans fin, mais il y a une limite», souligne-t-il.

Plus qu’un choix de vie, M. Boisvert espère que cette tendance minimaliste devienne un véritable choix de société. Le titre de son texte d’opinion paru dans La Presse il y a quelques mois est pour le moins révélateur : « Environnement : les petits gestes ne suffisent plus ». «S’ils peuvent donner bonne conscience, les petits gestes demeurent, et de loin, insuffisants pour changer l’inquiétante trajectoire sur laquelle notre société de surconsommation est engagée. Il faut des changements plus importants pour espérer inverser celle-ci», peut-on lire.

Sentiment d’urgence

Il y a un an, Diane Mongeau a eu un choc en écoutant le documentaire français En quête de sens.«Le message est venu me chercher. Pour combattre la pollution et les gaz à effets de serre, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose qui va plus loin que mon simple bac de recyclage», réalise-t-elle.

La cinquantenaire a donc commencé à lire beaucoup de livres sur l’environnement et la philosophie zéro déchet. «Graduellement, j’ai apporté des changements dans ma vie. J’ai épuré mon environnement dans ma maison. Une pile à jeter, à recycler, à vendre et à donner. C’est un travail en continu. Je ne prétends pas que je suis arrivée à mes fins», témoigne celle qui dit avoir été prise d’un sentiment d’urgence. Au cours de la dernière année, elle a donc entrepris plusieurs changements dans son mode de consommation, en fréquentant certaines friperies, en achetant des produits locaux, biologiques ou en vrac. «Je n’achète plus d’essuie-tout et j’utilise seulement des guenilles. Je n’achète plus rien de jetable. Je fabrique même mes propres «ziplocs» réutilisables, mes produits nettoyants et ma pâte à dents» énumère celle qui n’oublie jamais d’amener sa propre tasse à café dans les endroits où elle en achète.

Je n’achète plus d’essuie-tout et j’utilise seulement des guenilles. Je n’achète plus rien de jetable. Je fabrique même mes propres «ziplocs» réutilisables, mes produits nettoyants et ma pâte à dents

Au-delà de tous ses petits gestes, Mme Mongeau a aussi mis sur pieds une conférence qu’elle présente avec la collaboration d’organismes de sa région, à Laval. «L’idée, c’est de faire réfléchir. Je ne dis pas que les gens ont le désir de faire tout ce que je fais, mais ils m’écoutent quand je parle», se réjouit celle qui souhaite exercer une influence positive plutôt que de dicter une marche à suivre. Elle a décidé d’agir à son tour, après avoir été inspirée par l’œuvre de Serge Mongeau — avec qui elle n’a aucun lien de parenté, étonnamment! —, militant écologiste qu’on surnomme même le père de la simplicité volontaire au Québec. L’un de ses ouvrages La simplicité volontaire, plus que jamais..., s’est vendu à plus de 30 000 exemplaires.

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