Populisme

QS, Staline, Trump et le diable

Photo: Borgo Lupo

On a beaucoup parlé de populisme dernièrement, encore plus depuis l’élection de Donald Trump. Pourtant, peu de propos pertinents ont été formulés à ce sujet. C'était prévisible: les délires populistes ne sont pas nés d’un monde extérieur à celui des grands médias. «Le messager s’est menti à lui-même», pour le dire comme Guy Debord. Afin de regarder le populisme sans tomber sous le charme de ses grossiers bronzages artificiels, c’est d’un miroir dont ces médias auraient besoin. Le populisme est leur enfant turbulent: la chair de leur chair et le sang de leur sang.

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Les réactions face au refus de Québec solidaire de se lier au Parti Québécois en témoignent de manière inquiétante. Tout ce qui se trouve sincèrement à la gauche du centre est désormais considéré comme anormal. «Québec solidaire a montré son vrai visage en fin de semaine: sectaire, intransigeant, radical…», dit en nuances l’ancien ministre Joseph Facal (JdeM, 25 mai). QS est le «diable» et son programme «mène au grand soir cauchemardesque», affirme Denise Bombardier (JdeM, 16 mai). QS veut la «pureté idéologique», dit l’objectif analyste Robert Dutrisac (Le Devoir, 24 mai). «Je me sens trahi», ajoute l’ancien député Jean-Pierre Charbonneau, comme si ça intéressait quelqu’un de le savoir (Le Devoir, 23 mai). Ce parti est «dirigé par un politburo», affirme Jean-Francois Lisée (26 mai). Et QS est une «enclave du gauchisme et allié de islamiste», selon le politologue André Lamoureux (Le Devoir, 29 mai).

On pourrait continuer longtemps ainsi... Mais ce serait un exercice tout aussi pénible qu’impertinent. Partout en Occident, le triomphe du néolibéralisme se manifeste par le virage à droite des grands partis autrefois sociaux-démocrates. Cette idéologie a fait des ravages importants au sein les classes populaires. En ce sens, la crise de 2008 n’est pas un accident de parcours, elle est le résultat normal des politiques mises de l’avant depuis des décennies.

Pourtant, il est pratiquement impossible de critiquer les véritables sources de cette crise historique sans passer pour un extrémiste. On peut débattre du démantèlement du réseau des garderies, de la privation de la santé, de l’utilisation de la torture par les forces de l’ordre, des réfugié.e.s qui meurent à nos frontières, de l’espionnage massif des citoyen.ne.s, du droit de manifester et de faire grève, du bombardement d’un pays ou des milliards qui dorment dans les paradis fiscaux. Cela est normal – liberté d’expression! à bas la rectitude politique! – et très sain pour la démocratie.

Pourtant, il est pratiquement impossible de critiquer les véritables sources de cette crise historique sans passer pour un extrémiste.

Ne parlez toutefois pas de démocratie directe, d’autogestion, de brutalité policière, d’augmentation du salaire minimum à 15$, de décroissance, d’impérialisme, de colonialisme, de gratuité scolaire, d’indépendance des peuples autochtones, de Pharma-Québec et de virage écologique réel. Cela est anormal – radical! extrémiste! stalinien! utopique! – et malsain pour la démocratie.

C’est entre ces souffrances des déclassé.e.s et la condamnation hystérique des alternatives qui pourraient y mettre fin que naissent le ressentiment et la haine. La gauche «radicale» a des solutions à ces problèmes. Certaines sont bonnes, d’autres le sont moins. Mais cela a peu d’importance, car elles ne méritent même pas d’être mises à débat. Personne ne veut débattre avec Staline, n’est-ce pas? On connait notre histoire. C’est un brin dangereux.

En bref, la gauche radicale est considérée extrémiste, le centre-gauche a effectué un tournant à droite et la droite institutionnelle singe l’extrême droite. Et on ose se demander sérieusement pourquoi Trump est au pouvoir et Le Pen dans son antichambre?

Et on ose se demander sérieusement pourquoi Trump est au pouvoir et Le Pen dans son antichambre?

Mais ne vous en faites pas. La conscience heureuse de notre époque veille à nos intérêts. Les États-Unis démontrent présentement la grandeur de leurs institutions en mettant des bâtons dans les roues de leur président, affirme Joseph Facal (20 mai JdeM). D’ailleurs, dans un élan protestataire à faire rougir un kamikaze palestinien, Patrick Lagacé et Yves Boivert, n’iront pas en vacances aux États-Unis cet été (La Presse, 11 février). Sans oublier la féroce (grrr!) poignée de main qu’a assenée au président Trump notre premier ministre Trudeau…

Depuis des mois, la grande presse cherche les causes de la montée du populisme. La réponse se trouve le plus souvent dans l’article d’à côté ou de la page suivante. Celui où la droite pleurniche (encore et encore) que personne ne l’entend. Celui où l’on affirme que les femmes voilées rejettent notre civilisation. Celui où l’on soutient que l’attentat de Québec n’est pas lié à la montée de l’extrême droite ou encore celui où l’on prétend que la FFQ est la proie des islamo-gauchistes. Sans oublier, bien entendu, celui où l’on affirme que le salaire minimum à 15$ provoquerait une hécatombe intergalactique. Celui qui nie le réchauffement climatique ou encore celui qui encourage les arrestations politiques de masse et les lois spéciales anti-grèves.

Depuis des mois, la grande presse cherche les causes de la montée du populisme. La réponse se trouve le plus souvent dans l’article d’à côté ou de la page suivante.

Certes, le populiste est formellement condamné par les sbires de l’idéologie dominante. Les idées qui lui donnent vie le sont cependant très peu, ou très mal. L’anticommunisme, le racisme anti-arabe (l’islamo-gauchisme lorsque les deux premiers sont joints), le culte de la personnalité, l’autoritarisme, le mépris des minorités, la victimisation de l’homme blanc - voire du riche - sont choses si communes qu’on ne les voit même plus.

Ces idées politiques ne proviennent pas d’une autre planète. Elles ne sont pas diffusées par la Pravda ou par un site internet adepte des théories conspirationnistes, mais bien par la presse libre, gardienne de nos libertés fondamentales.

Vraiment, nous sommes entre bonnes mains.

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