Politique partisane

Petite leçon d’opportunisme avec le prof Lamoureux

Réponse à l'article «Québec solidaire, enclave du gauchisme et allié de l’islamisme»
Photo: Ryan McGuire

André Lamoureux nous livrait hier, dans Le Devoir, un bel aperçu de tout le mépris que certaines franges péquistes entretiennent à l’endroit de Québec solidaire (QS). Depuis plus d’une semaine, ce sont des attaques répétées que le jeune parti doit essuyer de la part de membres ou sympathisant.e.s du Parti Québécois (PQ). Jour après jour, le mépris se dévoile pour confirmer ce qui aurait bel et bien rendu une alliance entre les deux organisations impossible: l’hégémonie autoritaire du PQ dans la sphère indépendantiste au Québec.

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Comme plusieurs l’auront remarqué à juste titre, les récentes sorties médiatiques des représentant.e.s du PQ révèlent non pas d’une simple déception face au rejet des alliances; elles traduisent plutôt un rejet des fondements même du projet solidaire.

Par exemple, André Lamoureux - pourtant politologue et chargé de cours à l’UQÀM - nous livre un exposé d’une médiocrité intellectuelle gênante pour l’institution qui l’emploie. Selon lui, d’une part, QS aurait réussi à entourlouper le PQ en lui imposant l’abandon de son projet de Québec laïc. De l’autre, QS serait un repère de gauchistes prétendument communautaristes qui, aveuglé.e.s par leur haine du capitalisme, coopéreraient bêtement avec les forces obscures de l’islam pour réduire la démocratie libérale au néant.

On va se le dire, il faut le faire quand on prétend sérieusement contribuer professionnellement à élever la conscience de la jeunesse sur les bancs de l’université. Ce conspirationnisme digne de la plus étrange des comédies de science-fiction couvre à peine tout le ridicule du propos de l’auteur.

Se soucier des gens

On accuse donc le puissant QS et son ô combien puissant politburo d’avoir manipulé un pauvre et faible PQ pourtant si ouvert et naïf. Une telle analyse politique de la situation néglige carrément toute forme de rapport de pouvoir en politique parlementaire au Québec. Elle évacue complètement et sans honte la position relativement marginale de QS sur la scène politique, médiatique et publique. Elle fait du PQ une pauvre victime de son infinie bonté. Elle relève d’un aveuglement idéologique profond, qui est malheureusement présent chez de trop nombreux péquistes et qui mènera le mouvement indépendantiste à sa ruine. La sacro-sainte cause du pays ne peut justifier l’acceptation béate et silencieuse de politiques injustes et rétrogrades. Il serait surement temps de se soucier des gens qui habitent le pays avant de vouloir leur en fabriquer un.

La sacro-sainte cause du pays ne peut justifier l’acceptation béate et silencieuse de politiques injustes et rétrogrades. Il serait surement temps de se soucier des gens qui habitent le pays avant de vouloir leur en fabriquer un.

Depuis des mois, voire des années, le PQ sait pertinemment que QS finira par mettre à mal sa crédibilité politique en matière de souveraineté. Les quelques députés solidaires incarnent et proposent une option indépendantiste généralement nouvelle et concurrente à la sienne, et dont le discours a l’avantage de ne pas être resté figé dans une autre époque. L’indépendance n’est plus qu’une affaire de préservation des droits linguistiques et sociaux d’une majorité francophone au sein d’institutions politiques héritées tout droit d’une époque coloniale.

La préservation de la langue française est certes importante, mais il est surtout important de donner des raisons aux gens de vouloir la partager avec nous. Les discours et pratiques politiques indépendantistes auraient avantage à évoluer dans le même sens. On peut accuser QS d’être victime d’une tentation «multiculturelle» ou «communautariste» autant qu’on le voudra, mais ce parti a néanmoins le mérite de se soucier des personnes migrantes au Québec au-delà de ce qu’elles portent. Car ces personnes, elles aussi, font partie du peuple du Québec.

On peut accuser QS d’être victime d’une tentation «multiculturelle» ou «communautariste» autant qu’on le voudra, mais ce parti a néanmoins le mérite de se soucier des personnes migrantes au Québec au-delà de ce qu’elles portent. Car ces personnes, elles aussi, font partie du peuple du Québec.

De son côté, le PQ cherche, comme à l’habitude, à «ramener les brebis égarées au bercail». Si tu es indépendantiste et critique du PQ, c’est que tu es simplement perdu. Eh bien!

Le parti cherche à plaire à un électorat pro-charte quand cela lui permet de gagner des points, puis à se donner librement et sans substance des airs progressistes au moment venu. Il se dira ouvert à une alliance avec QS pour être en mesure de chasser le Parti libéral du Québec (PLQ) du pouvoir. Ce pouvoir, chassé des libéraux, tomberait néanmoins objectivement entre les mains de sa majesté Lisée. Tout compromis dans une telle alliance serait donc le fruit d’une négociation entre ces partis, avec un rapport de force largement favorable au PQ.

De l’opportunisme

Une telle tactique politique a un nom et il mérite d’être mentionné : l’opportunisme. Les sorties médiatiques féroces et les passions déchaînées de ceux et celles qui souhaitaient, il y a à peine une semaine, s’unir à QS ne peuvent que témoigner de toute la profondeur du mépris dans les rangs péquistes à l’endroit de la petite organisation solidaire. Incapable de neutraliser QS par son incorporation à une patente politique anti-libérale, on tire à boulets rouges sur les résistant.e.s. On n’a qu’à se fermer les yeux un petit instant pour s’imaginer de quoi auraient eu l’air les négociations politiques au sein d’une telle alliance en période électorale.

Au secours.

Une telle alliance aurait peut-être eu le mérite de permettre à une véritable politique du «moins pire» de voir le jour au Québec. Dehors le PLQ, enfin! En termes politiques, par contre, il ne suffit pas exclusivement de prendre le pouvoir pour changer les choses par le haut. Il est plus que temps d’intégrer l’ensemble de la population aux processus décisionnels. Le PQ, qui préfère lambiner derrière des portes closes sur la date du prochain référendum, incarne donc une tradition politique de plus en plus désuète.

Cependant, plutôt que de se remettre en question, il préfère accuser Québec solidaire de toutes les misères du mouvement indépendantiste, à l’image de Lamoureux: islamisme, communautarisme, anarchisme, stalinisme, alouette! L’auteur ce billet délirant mélange les pratiques religieuses et politiques sans gêne aucune, faisant des amalgames aussi loufoques que liberticides. Il confond maladroitement wahhabisme, djihadisme, salafisme et antiracisme. Il remet en question l’existence du racisme systémique au Québec. Il faut dire qu’un homme blanc d’une soixantaine d’années, privilégié, scolarisé et à l’emploi d’une université pourrait avoir du mal à se sentir concerné par le racisme et l’oppression au Québec. À terme, il accuse même QS de ne pas être «véritablement indépendantiste». Un projet d’Assemblée constituante ne serait, selon lui, qu’un écran de fumée à la tentation fédéraliste solidaire. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Il faut dire qu’un homme blanc d’une soixantaine d’années, privilégié, scolarisé et à l’emploi d’une université pourrait avoir du mal à se sentir concerné par le racisme et l’oppression au Québec.

Ce billet, comme bien des débats stériles entre adeptes d’un Québec blanc, francophone et aseptisé à la sauce poutine ne peut que décourager toute sympathie à l’endroit de la cause péquiste. Un véritable constat s’impose, le vieux parti ne cherche désormais qu’à accéder au pouvoir et non pas à libérer le peuple du Québec.

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