Politique municipale

Choisir le transport actif, au prix de son intégrité physique et mentale

Photo: Alexey Lin

Depuis l’hiver dernier, je suis devenue une cycliste quatre saisons. Cela veut dire, outre le fait que je gagne des points badass, que je peux désormais me faire insulter et risquer ma vie sur la route 52 semaines par année. En effet, il ne se passe pas une semaine sans je ne me fasse raser par un.e automobiliste, klaxonner ou carrément crier dessus par la fenêtre. À Montréal, choisir le transport actif implique donc non seulement son lot de frustrations, mais aussi des risques considérables pour son intégrité physique.

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Je vais le dire d’entrée de jeu: d’accord, #NotAllDrivers. Quand je les rejoins à la lumière pour cogner à leur fenêtre avec ma face de what the fuck (parce que oui, je vais aussi vite que les voitures en ville, donc je ne sais toujours pas pourquoi elles tiennent tant à me dépasser), certain.e.s s’excusent pour leur conduite dangereuse. Visiblement, ils et elles ne s’étaient tout simplement pas rendu compte que de passer à 50 cm de moi dans leur habitacle clos, ça donnait la frousse. La loi requiert pourtant que l’automobiliste s’écarte d’un mètre dans une zone à moins de 50 km/h et d’un mètre cinquante dans les autres cas.

La loi requiert pourtant que l’automobiliste s’écarte d’un mètre dans une zone à moins de 50 km/h et d’un mètre cinquante dans les autres cas.

De la vertu à la pratique

Ce règlement est certes très vertueux, mais dans la vraie vie, peu d’automobilistes le respectent, parce qu’il n’y a aucune conséquence à ne pas le respecter. Que dois-je faire lorsque l’aile droite d’un véhicule semble vouloir embrasser ma pédale gauche? Noter sa plaque d’immatriculation et appeler la police? Lui enverra-t-elle, sans preuve, un constat d’infraction par la poste?

De plus, au-delà des comportements qui sont physiquement dangereux, il y a tous ceux qui sont psychologiquement épuisants. Je ferai fi, dans cet article, du harcèlement de rue que je subis parce que je suis une femme (chaque été, beaucoup d’automobilistes voient des jambes de cyclistes pour la première fois de leur vie) pour me concentrer uniquement sur l’agressivité dont je fais l’objet parce que je circule sur deux roues.

Hé oui, chers conducteurs et chères conductrices, même les vélos ont parfois besoin de tourner à gauche! Pour ce faire, toutefois, si j’attends la toute dernière minute, personne ne va me laisser passer. Je risque de me placer dans une situation dangereuse: la main droite sur le guidon et la gauche qui signale dans le beurre, un oeil en avant et un en arrière pour ne pas rentrer dans quelqu’un ni me faire frapper.

Pour éviter cette situation, je me place généralement dans la voie de gauche dès que la route est libre. En effet, il n’y a pas de raison que je traverse au passage piétonnier: je ne suis pas piétonne et la route n’appartient pas aux automobilistes. S’ils et elles peuvent tourner à gauche, je dois pouvoir le faire aussi.

À qui la route?

Cependant, beaucoup de conducteurs (et de conductrices, mais surtout des conducteurs) ne semblent pas de cet avis. Peut-être n’ont-ils pas appris à partager leurs jouets quand ils étaient petits, mais ce n’est sincèrement pas mon problème. Et, puisque je prends ma place au même titre que les voitures, je me fais régulièrement insulter sur la route.

Parce que derrière les arguments sécuritaires, il y a aussi une question politique. En effet, quel genre de ville veut-on? Quel genre de transport désire-t-on y prioriser? Un transport sous-optimal à bord de véhicules qui prennent énormément d’espace urbain, précipitent les changements climatiques et fauchent des vies? Ou un transport actif, qui désengorge simultanément l’atmosphère, la route et les urgences? Poser la question, c’est y répondre.

Parce que derrière les arguments sécuritaires, il y a aussi une question politique.

Il est donc plus que temps que l’agressivité des automobilistes à l’endroit des cyclistes prenne fin. La ville doit aller de l’avant pour aménager davantage de vraies pistes cyclables (pas les maudites lignes peinturées à terre qui donnent un faux sentiment de sécurité mais qui n’empêchent personne de tourner à droite sans prévenir ou de se stationner sur les quatre flasheurs). Et surtout, entre temps, elle doit être en mesure de faire respecter ses règlements de partage de la route en condamnant réellement les comportements dangereux comme les invectives des automobilistes. Car si personne ne le fait, nous n’aurons pas d’autre choix que de nous rendre justice nous-mêmes. Cyclistes de toutes les villes, révoltez-vous!

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