Photographie

A mari usque ad mare - D’un océan à l’autre

Une exposition photographique immortalise un moment important pour plusieurs ; celui de l'obtention de la citoyenneté, parfois chèrement acquise.
Valérian Mazataud

Devenir citoyen-ne d’un autre pays n’est pas une mince affaire. Cela peut être très éprouvant et nécessite des moyens financiers, de la préparation et de l’organisation. Il faut aussi s’armer de patience et apprendre à jongler entre deux identités. Réfugié-e-s politiques, demandeur et demandeuses d’asile, rassemblements familiaux ou immigrant-e-s simples, chacun-e suit un processus administratif selon son statut. Pour certaines personnes dont le pays n’accorde pas la double nationalité, elles sont contraintes de renoncer à celle d’origine. Elles arrivent en territoire inconnu, doivent parfois apprendre la langue officielle et laissent derrière elles une vie qu’elles s’apprêtent à reconstruire ailleurs. Pour d’autres, les raisons sont diverses et plus légères : rejoindre leur conjoint-e, une opportunité d’emploi, des études ou l'envie de nouvelles aventures.

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Le Canada octroie chaque année en moyenne la citoyenneté à 250 000 personnes à travers les différentes provinces. Venant de plus de 200 pays, le nombre croissant augmente de 30 % chaque année depuis 2006. Bien que le délai d’attente soit réduit depuis 2016, le cumul de jours nécessaires pour exiger une demande est plus élevé et les frais restent une dépense importante. Une fois ces années passées dans un «sas» à naviguer entre les mises à jour de dossiers, les visites médicales et les tests linguistiques, à rassembler diplômes, certificat de naissance ou extrait de casier judiciaire, et enfin à se préparer pour le questionnaire sur l’histoire du pays, quand arrive la fameuse lettre de convocation à la cérémonie d’obtention de la citoyenneté, on a du mal à y croire.

Des images pour immortaliser l'instant

Dans son installation La Fin de la Terre, le photographe d’origine française Valérian Mazataud documente principalement cette étape finale du processus. Après avoir lui-même prêté allégeance il y a quelques années à la reine d’Angleterre (obligatoire pour l’obtention de la citoyenneté), il admet également ne pas être resté insensible, comme il le précise dans sa démarche : «J’ai prêté serment, sans même croiser les doigts, comme je m’étais promis de le faire. Des agents étaient là pour vérifier si on bougeait bien nos lèvres. Ensuite, on s’est tous serré la main et j’ai eu le sentiment qu’on avait partagé quelque chose, au-delà de l’administration, des quotas et des questionnaires. Moi qui me pensais au-dessus des reines, des drapeaux et des hymnes, voilà que j’étais ému», raconte-t-t-il.

J’ai prêté serment, sans même croiser les doigts, comme je m’étais promis de le faire. Des agents étaient là pour vérifier si on bougeait bien nos lèvres. Ensuite, on s’est tous serré la main et j’ai eu le sentiment qu’on avait partagé quelque chose, au-delà de l’administration, des quotas et des questionnaires.

C’est cette ambivalence entre le protocole administratif et l’émotion qui a suscité chez le photojournaliste l’intérêt d’entamer un travail sur le sujet. L’accessibilité aux droits d’images lui a facilité la tâche puisque les participant-e-s signent une autorisation avant leur entrée devant le juge. De gymnases d’école aux bureaux gouvernementaux, en passant par les mairies et les salles de conférence où il assiste à de nombreuses cérémonies, principalement au Québec et en Ontario, le photographe filme avec une caméra DV. «J’utilise le même modèle qu’utilisait mon oncle pour filmer les réunions de famille», dit-il. Il retransmet ensuite sur son téléviseur les images vidéo qu’il capture avec son appareil numérique. Un choix qu’il justifie clairement : «[…] Je pensais déjà à ce procédé de la double image, qui s’est avéré donner un sens au fur et à mesure de la recherche. C’est un double point de vue sur la cérémonie de citoyenneté, celui du participant que j’ai été, et celui du photojournaliste.» Intime et non intrusif, le photographe nous propose des images déroutantes, à la fois solennelles et protocolaires, en contraste parfois avec les émotions ressenties lors de l’évènement.

Pour compléter son corpus d’images, l’artiste a décidé de prolonger le cadre de la cérémonie en installant un portrait de la reine (dont chacun-e peut commander ou télécharger gratuitement un exemplaire sur le site du Gouvernement du Canada) et propose au public de se prendre en photo à ses côtés, fidèle à la réaction des nouveaux citoyen-nes qui s’empressent de sortir leur appareil et d’afficher fièrement leur certificat, preuve de leur nouvelle nationalité. Lorsque les espaces d’exposition le lui permettent, il reconstitue également le mobilier (chaise en feutrine rouge, tapis victorien, numéro de participants, etc.) et installe le spectateur devant le film qui complète l’ensemble.

Après avoir été exposé plusieurs fois au Québec, Valérian Mazataud présente La Fin de la Terre à Art-Image et Espace Odyssée à Gatineau jusqu’au 8 juillet prochain, et espère poursuivre une tournée de l’installation dans chaque province à l’occasion du 150e anniversaire du Canada.

Pour voir le film de l'exposition, c'est ici.
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