Arrestation à Québec

Entrevue avec Michel Goulet (alias Jaggi Singh)

L'audience préliminaire du militant Jaggi Singh commence aujourd'hui, pour entrave et de supposition de personne.
Photo: Horge

Jaggi Singh est un militant anarchiste fort connu des médias. Suite aux manifestations et contre-manifestations du 20 août dernier à Québec, il a beaucoup fait parler de lui. Accusé d’avoir usurpé la personnalité de l’ancien joueur des Nordiques, Michel Goulet, il a été dénoncé par l’ensemble des faiseurs d’opinions.

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Son audience préliminaire débute le 6 septembre. Afin de voir plus clair dans toute cette brume délirante, nous l’avons questionné à propos de ces événements, histoire d’avoir accès à son récit des événements.

La journée du 20 août a été ponctuée par plusieurs accrochages avec des membres de l’extrême droite. Les militants antiracistes, par leur présence devant la porte d’un garage où s’étaient donné rendez-vous les membres de La Meute, ont réussi à les empêcher de prendre la rue. Le blocage a duré plusieurs heures. Quelques gros mots et coups de poing ont été échangés, mais des périodes d’accalmie ont quand même permis aux esprits festifs de s’exprimer dans la joie.

Selon Jaggi, et contrairement aux images qui ont circulé, l’ambiance n’était pas toujours tendue.

Selon Jaggi, et contrairement aux images qui ont circulé, l’ambiance n’était pas toujours tendue.

«Avant mon arrestation, j’ai vécu plusieurs moments très amusants et puissants. Des camarades musulmans dansaient avec moi. Il était gratifiant d’exprimer sa dissidence par la danse et la musique tout en sachant que c’était elles qui bloquaient le chemin des racistes», dit-il.

Jaggi a été mis en état d’arrestation lorsque l’escouade antiémeute a chargé la manifestation antiraciste, histoire d’aider La Meute à prendre la rue. Mais il a été relâché sans accusation. C’est plus tard que les choses se sont compliquées. Au lendemain de la manifestation, l’élégant maire Labeaume le traitait de «crétin» en onde, en plus d’ajouter : «La Meute, la gang à Singh, allez-vous faire voir ailleurs» (La Presse, 21 août). Cinq jours plus tard, la police de Québec l’accusait désormais d’«entrave et de supposition de personne» (Michel Goulet, ailier gauche des Nordiques). Yves Boisvert, chroniqueur à La Presse qu’on ne peut suspecter d’être un gauchiste, affirme que le maire Labeaume est derrière son arrestation. Être accusé d’une chose aussi stupide peut sembler comique. Seulement, du point de vue des autorités, c’est très sérieux. La ligne dure semble avoir été adoptée. Jaggi Singh n’a pas reçu de promesse de comparaître, ce qui aurait été normal étant donné que les accusations sont très mineures, mais a été directement mis en état d’arrestation.

Comment ça s’est passé?

«Deux policiers hauts gradés de la ville de Québec en civil m’ont pris une embuscade dans un restaurant du centre-ville près de mon lieu de travail, où j’essayais de prendre le petit déjeuner. Ils m’ont arrêté et conduit à Québec, menotté, comme si j’étais une sorte de trophée (avec des médias qui attendaient au poste de police pour saisir le moment). Comme pour me provoquer, la police a fait jouer Radio X dans la voiture (et, de façon surprenante, la radio raciste se moquait de moi)», explique le militant.

Après une journée et une nuit à croupir en prison, l’audience a finalement lieu le lendemain matin. Mais surprise : on s’oppose à sa libération, comme si les accusations de «supposition de personne» (un ailier gauche des Nordiques, le numéro 16, rappelons-le) et d’«entrave» faisaient de lui une personne dangereuse.

Quels ont été les arguments mis de l’avant?

«Me Marie-Hélène Guillemette s’est vraiment opposée à ma libération, quelque chose d’inouï pour des accusations mineures. L’avocat de la Couronne et le sergent-détective ont essentiellement répété en audience les fausses remarques du maire à mon sujet. Étonnamment, l’avocat de la Couronne a exigé une condition de libération qui inclut l’interdiction de la zone de Québec, exactement ce que le maire avait demandé dans ses commentaires plus d’une semaine auparavant», raconte Jaggi Singh.

Finalement, il a été libéré sous conditions, mais le procès aura bel et bien lieu. À quoi peut-on s’attendre pour la suite?

«Je demanderai toute la vidéo et l’audio de la police, toute la correspondance entre les flics et La Meute, toutes les communications de la police à partir du 20 août, toutes les communications entre les flics et le maire. Je conteste les conditions actuelles de la cour. Je veux changer l’emplacement du procès: j’envisage sérieusement de faire une motion pour faire le procès à Montréal parce qu’avec les commentaires du maire et la complicité des juges, des procureurs et des policiers locaux, il est très peu probable que je puisse être traité équitablement. Je vais aussi exiger une vérification de tous les employés de la police et de la municipalité, par un tiers, afin de m’assurer de l’absence de lien entre les employés et l’extrême droite. La ville de Québec n’est pas sûre pour les minorités racialisées, et le maire et les flics ont contribué à un climat d’impunité pour les racistes. Je refuserai toute collaboration avec les flics (y compris la divulgation de mon adresse) si je ne peux pas avoir de confirmation qu’aucun lien n’existe entre les employés de la ville, les flics et l’extrême droite. L’extrême droite utilise régulièrement ces connexions», confie l'amateur de hockey.

Je conteste les conditions actuelles de la cour. Je veux changer l’emplacement du procès: j’envisage sérieusement de faire une motion pour faire le procès à Montréal parce qu’avec les commentaires du maire et la complicité des juges, des procureurs et des policiers locaux, il est très peu probable que je puisse être traité équitablement.

Pour le moment, Jaggi peut finalement aller à Québec comme bon lui semble. L'audience préliminaire suit son cours.

Michel Goulet, par contre, ne rejouera plus jamais pour les Nordiques.

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