Référendum en Catalogne

Un combat pour la démocratie

Vincent Couture

La tension est palpable dans les rues animées de Barcelone. En cette journée du référendum sur l'autodétermination de la Catalogne, le monde entier a les yeux rivés sur cette nation espagnole hors du commun.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Aujourd’hui, plus de 400 Catalan-es ont été blessé-es par les interventions violentes des policiers espagnols. Il est impressionnant de voir des centaines de personnes rassemblées depuis des heures, sous la pluie battante, afin de défendre leur droit de vote. Cependant, le choc de voir des civils pacifiques se faire pousser, maltraiter, frapper et sortir de force des bureaux de vote est grand. Les Catalan-es n’ont pas baissé les bras et souhaitent plus que tout que leur message soit entendu : les répressions qu’ils et elles subissent sont horribles, illégales et infondées.

Malgré toute la violence, il y a eu des moments très touchants en cette journée référendaire. Des aîné-es ayant connu le régime Franco versant des larmes en mettant leur bulletin dans les urnes, des chaînes humaines de Catalan-es uni-es contre l’adversité ainsi que beaucoup d’espoir, d’amour et de solidarité.

Malgré toute la violence, il y a eu des moments très touchants en cette journée référendaire.

Cela fait bien longtemps que le peuple catalan désire retrouver sa souveraineté perdue suite à l’élection du dictateur Francisco Franco. Il est la preuve vivante que tout vient à point à qui sait attendre, car la possibilité d’un monde nouveau s’offre à lui aujourd’hui. Alors que les échecs de 2014 et de 2015 ont été difficiles, les Catalan-es n’ont pas abandonné la partie et ont mobilisé plus d’un million de personnes dans les rues depuis 2010. Le peuple est bien déterminé et prêt à tout pour arriver à son but : l’indépendance de la Catalogne.

¿Sí o sí?

Lorsque l’on se promenait dans les rues catalanes dans les derniers jours, on pouvait apercevoir des centaines d’affiches invitant les citoyens à voter au référendum. Des drapeaux du «sí» et des drapeaux indépendantistes catalans pendaient partout sur les balcons. Les citoyens revêtaient même leur drapeau comme des capes de super héros et les portaient fièrement aux nombreux rassemblements organisés par la société civile.

De l’extérieur, la situation semble calme, mais en réalité les esprits bouillonnent et sont solidaires plus que jamais. Dans le même ordre d’idées, les Catalan-es se sont toujours considéré-es comme une société distincte, une nation différente du reste de l’État espagnol. Leur langue, leur culture, leurs valeurs ainsi que leur histoire divergent tant et si bien que même les partisans du non s’entendent pour dire qu’entrer en Catalogne, «c’est comme entrer dans un autre monde». De plus, le peuple catalan souhaite adopter des politiques se situant plus à gauche du spectre politique afin d’améliorer leur système d’éducation et de santé par exemple, ce que l’Espagne ne met pas dans ses priorités. Finalement, le camp du non n’est pas très représenté puisqu’il défend, dans les faits, une atteinte à la démocratie.

L’escalade référendaire

Dans les dernières semaines, le débat a beaucoup évolué. En effet, il n’est plus centré sur la question de l’indépendance, mais plutôt sur le droit d’exercer le référendum. Le gouvernement espagnol a déclaré le référendum illégal puisque, selon une certaine interprétation de leur constitution, le pays serait indivisible. L’indépendance d’une nation serait donc contre la loi qui prime au pays. Mais quand plus de 80 % de la population étant en faveur du référendum afin de décider de son avenir politique, est-il possible d’ignorer la volonté de tout un peuple? Il faut également souligner que 48 % des députés catalans ont voté oui à l’indépendance au parlement et que le référendum a été organisé seulement afin de légitimer le processus auprès de la population et de la communauté internationale. Le gouvernement espagnol est visiblement peu affecté par cet argument, car sa réaction se résume à la répression et à la violence.

Mais quand plus de 80 % de la population étant en faveur du référendum afin de décider de son avenir politique, est-il possible d’ignorer la volonté de tout un peuple?

Les Espagnols en beau fusil

Face à un mouvement pacifique ayant l’appui populaire, le gouvernement fédéral a choisi la voie de la violence. Effectivement, des bateaux remplis au total d’environ 10 000 policiers flottaient au port de la Catalogne, attendant seulement un accord avant de débarquer. Des agents de la Guardia Civil, police espagnole, arpentaient les rues, armés de leurs mitraillettes et n’ont pas hésité à débarquer dans les bureaux de vote aujourd’hui, tabassant les votants et s’emparent des urnes.

Des agents de la Guardia Civil, police espagnole, arpentaient les rues, armés de leurs mitraillettes et n’ont pas hésité à débarquer dans les bureaux de vote aujourd’hui, tabassant les votants et s’emparent des urnes.

Des députés catalans furent enlevés et emprisonnés dans le but d’empêcher le référendum. Des articles de journaux catalans ont été modifiés illégalement dès leur publication en ligne. Les rassemblements citoyens liés au référendum ont été interdits et considérés illégaux. La situation s’est tellement envenimée rapidement que certains citoyens comparent la situation à celle qui prenait place lors de la dictature de Franco. Bref, les droits fondamentaux des Catalan-es sont bafoués et c’est une situation très grave que tous devraient dénoncer.

Bref, les droits fondamentaux des Catalan-es sont bafoués et c’est une situation très grave que tous devraient dénoncer.

L’Espagne a très mal joué ses cartes en agissant ironiquement elle-même illégalement et cela a simplement exacerbé davantage le nationalisme catalan. Dans les dernières semaines, le pourcentage du «oui» aurait connu une montée fulgurante pour atteindre le 65 % selon le dernier sondage daté du 20 septembre dernier. Ainsi, la violence n’a cette fois pas engendré la peur, mais plutôt encouragé la désobéissance et le ralliement citoyen.

Plus prêts que jamais, les Catalans ont développé des mouvements alternatifs afin d’être certains de pouvoir se rendre aux urnes. Par exemple, des invitations à la journée internationale de la musique circulent, à la date du 1er octobre, où l’on peut voir une gamme avec la note si à l’intérieur. Usant d’humour, d’ingéniosité et de persévérance, le peuple catalan est une inspiration ainsi qu’un exemple à suivre. La journée du 1er octobre est mouvementée, mais cela ne fait aucun doute que la démocratie se fera entendre malgré tout. En attendant, tout le monde attend les résultats du vote avec impatience, se réunissant partout dans les rues pour rester uni et vaincre la répression.

Poursuivez votre lecture...
Psychologie
Comment le concept d’aliénation parentale protège-t-il les droits des pères violents
Céline Hequet
17 mai 2018
Évènement
À quoi sert l’innovation sociale ?
17 mai 2018