SANTÉ

Santé et pollution : il est temps de changer d’air

Étudiants en médecine membres d’IFMSA-Québec, la branche internationale et communautaire de la Fédération médicale étudiante du Québec
Photo: Pixabay

Plus tôt ce mois-ci, on apprenait que plus de neuf millions de décès par année sont liés à la pollution. Une récente commission sur la pollution, dont les résultats ont été publiés dans le réputé journal médical The Lancet, dresse un portrait effroyable de la situation.

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Coupable de trois fois plus de morts que le SIDA, la tuberculose et la malaria réunis, la pollution affecte la santé de millions de personnes à travers la planète, y compris ici au Québec. En tant qu’étudiantes et étudiants en médecine du Québec, nous sonnons l’alarme sur ce qui semble être un des plus grands fléaux en santé.

Les faits : la pollution tue

L’être humain consomme environ 20 000 litres d’air par jour. Avec l’industrialisation massive des dernières décennies, cet air contient aujourd’hui une quantité importante de polluants, allant jusqu’à plus de 140 000 nouveaux produits chimiques et pesticides depuis 1950, selon le Lancet. Les plus communs sont les oxydes d’azote, l’ozone et les particules fines. On rapporte que ces dernières, assez petites pour se loger au creux des voies respiratoires, sont associées au cancer du poumon.

La récente commission met en lumière ce que la communauté scientifique étudie et connaît déjà depuis quelques années. Ainsi, asthme, cancers, troubles du développement neurologique, problèmes de santé mentale, malformations à la naissance, diabète, obésité et maladies cardiaques et pulmonaires sont des conséquences associées à cette exposition. Et la liste est en constante expansion. Plus encore, une étude du New England Journal of Medicine a démontré que le risque de décès par AVC augmentait proportionnellement à la densité de la pollution, un facteur de mortalité majeur sur lequel le cardiologue québécois François Reeves insiste depuis nombreuses années.

Pourtant, les mesures contre la pollution se font rares : alors que plus de 70% des maladies causées par la pollution sont des maladies chroniques, les interventions contre la pollution font pâle figure dans les plans d’action pour la prévention et le contrôle de ces maladies.

alors que plus de 70% des maladies causées par la pollution sont des maladies chroniques, les interventions contre la pollution font pâle figure dans les plans d’action pour la prévention et le contrôle de ces maladies.

Des inégalités de plus en plus grandes

Tel que le souligne le rapport du Lancet, 92% des décès liés à la pollution surviennent dans les pays à faible et moyen revenu, où les institutions de régulation environnementale manquent plus souvent de ressources et de rigueur. Dans les pays à haut revenu, il a été estimé que les moins nantis sont jusqu’à trois fois plus à risque de décès par la pollution: les quartiers défavorisés se situent généralement plus près des aires industrielles et bénéficient de moins de verdissement pour épurer l’air. Selon l’auteur principal du rapport du Lancet, il s’agit d’une des plus grandes injustices environnementales.

La bonne nouvelle? Diminuer la pollution est non seulement possible, mais aussi très rentable économiquement. Au Québec, il faut renverser la tendance et opter pour des solutions innovantes, vertes et durables. Nous avons besoin de meilleures régulations nationales sur les polluants toxiques, plutôt non-existantes à l’heure actuelle, ainsi qu’un contrôle plus strict de la part de Santé Canada. Des organismes comme la Fondation Suzuki, Équiterre et l’association canadienne des médecins pour l’environnement (CAPE), ont d’ailleurs fait pression sur Santé Canada à cet effet par le passé. Dans les villes, et en vue des élections municipales, pensons aux partis qui misent sur des initiatives de transport en commun et durable.

Diminuer la pollution est non seulement possible, mais aussi très rentable économiquement. Au Québec, il faut renverser la tendance et opter pour des solutions innovantes, vertes et durables. Nous avons besoin de meilleures régulations nationales sur les polluants toxiques, plutôt non-existantes à l’heure actuelle

Plus encore, d’un point de vue gouvernemental, nous devons réinvestir dans nos institutions de santé publique - qui ont subi des coupures budgétaires allant jusqu’à 30% dans les dernières années - afin qu’elles puissent continuer de nous outiller adéquatement sur les coûts économiques et sanitaires de la pollution, tout en nous offrant des pistes de solutions.

En tant qu’étudiantes et étudiants en médecine regroupé.e.s au sein d’IFMSA-Québec, la division internationale et communautaire de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ), nous ne pouvons rester silencieux devant ces faits. La pollution est une cause majeure de mortalité et de morbidité auprès de la population. Nous avons entre les mains une opportunité incroyable d’améliorer notre santé et de sauver des vies, ici même au Québec.

Nous en appelons aujourd’hui aux divers professionnels ainsi qu’aux élus d’y voir une occasion de collaborer afin de réellement permettre à tous de vivre plus longtemps et en meilleure santé. En ce qui concerne l’impact de l’environnement sur la santé, l’inertie n’est plus une option.

Lettre ouverte rédigée par

Djamila Saad (présidente d’IFMSA-Québec et étudiante en médecine, Université McGill)

Claudel P-Desrosiers (étudiante en médecine, Université de Montréal)

Charles-Antoine Barbeau-Meunier (étudiant en médecine, Université de Sherbrooke)

David-Dan Nguyen (étudiant en médecine, Université McGill)

Lena Zotova (étudiante en médecine, Université McGill)

Katia Hamitouche (étudiante en médecine, Université Laval)

Karma Abukasm (étudiante en médecine, Université de Montréal)

Fatima Boulmalf (étudiante en médecine, Université McGill)

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