Pétrole

Enbridge: Ni maintenant. Ni plus tard.

L’oléoduc Northern Gateway d’Enbridge ne doit jamais voir le jour.
Photo: Mario Jean

C’est dans l’Ouest canadien, où l’on exploite les sables bitumineux, que la compagnie pétrolifère Enbridge veut construire l’oléoduc Northern Gateway. Mais qu’importe leur tracé: les oléoducs nous concernent tous et toutes, puisqu’ils favorisent l’exploitation du pétrole. Nous avons donc choisi de consacrer notre premier éditorial au projet de Northern Gateway, pour prendre part au débat sur la construction d’oléoducs qui fait rage partout au pays.

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C’est dans l’Ouest canadien, où l’on exploite les sables bitumineux, que la compagnie pétrolifère Enbridge veut construire l’oléoduc Northern Gateway. Mais qu’importe leur tracé : les oléoducs nous concernent tous et toutes, puisqu’ils favorisent l’exploitation du pétrole. Nous avons donc choisi de consacrer notre premier éditorial au projet de Northern Gateway, pour prendre part au débat sur la construction d’oléoducs qui fait rage partout au pays.

Note de la rédaction Les éditions francophones et anglophones sont indépendantes et le contenu ne sera pas traduit d’emblée, mais nous publierons ponctuellement des éditoriaux dans les deux langues, lorsque nous le jugerons pertinent. Voici le premier de ces éditoriaux conjoints.

Depuis le début de son mandat, le gouvernement de Stephen Harper a défendu sans relâche l’exploitation des sables bitumineux, au point d’en faire une priorité politique. Il est maintenant sur le point d’annoncer une décision qui, selon certains, est prise depuis longtemps : il approuvera la construction, déjà validée en décembre par l’Office national de l’énergie (ONE), du pipeline Northern Gateway d’Enbridge.

La filière albertaine d’Enbridge prévoit transporter, vers la côte de la Colombie-Britannique, un demi-million de barils de bitume dilué (dilbit) par jour provenant des sables bitumineux de l’Alberta. S’étirant sur 1 177 kilomètres, le pipeline franchira des centaines de rivières et de ruisseaux. Il traversera également, malgré l’opposition de l’Alliance Yinka-Dene, des territoires appartenant aux communautés de plusieurs Nations autochtones de la côte Ouest.

Rappelons qu’une partie du territoire traversé par le pipeline comprend des terres qui n’ont jamais été cédées à l’État canadien par les Premières nations. Les groupes autochtones membres de la coalition opposée au projet d’Enbridge sont donc en position de force et pourraient entamer des poursuites en justice pour faire reconnaître leurs droits territoriaux, malgré le soutien du gouvernement à Enbridge. Même l’ancien ministre des Affaires indiennes, le conservateur Jim Prentice, reconnaît ce risque.

Avant de construire un oléoduc sur leur territoire, il est nécessaire que le gouvernement et Enbridge obtiennent l’autorisation morale et juridique des communautés autochtones. Les négociations ont échoué pour l’instant. Et il est très peu probable que le vent tourne d’ici à ce que le gouvernement Harper ne rende sa décision.

Contre le projet d’Enbridge, un mouvement d’opposition sans précédent s’est organisé en Colombie-Britannique. Déjà, les manifestant.e.s promettent toute une série d’actes de désobéissance civile. Ils et elles menacent carrément de bloquer l’oléoduc avec leurs propres corps, si leurs revendications ne sont pas entendues. Selon certains sondages, les deux tiers des résidents et des résidentes de la Colombie-Britannique, en solidarité avec plus de 130 communautés autochtones, s’opposent au projet d’oléoduc. Il semble que le mouvement d’opposition citoyenne de la Colombie-Britannique, sans doute plus combatif que ce que le gouvernement avait anticipé, soit plus efficace que l’opposition parlementaire pour défier les développements pétroliers canadiens.

Le débat sur l’exploitation pétrolière dure maintenant depuis deux ans. Et depuis deux ans, l’industrie pétrolière (aidée par ses allié.e.s politiques et médiatiques) a travaillé à démoniser ses opposant.e.s et ses critiques. L’ancien ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, a par exemple traité les opposant.e.s à l’exploitation des sables bitumineux de « radicaux défendant des intérêts étrangers ». Ezra Levant, chroniqueur au réseau Sun News, a quant à lui mené une campagne médiatique active contre les groupes environnementaux opposés au projet.

Mais jusqu’à présent, cette stratégie de stigmatisation systématique des opposant.e.s au projet semble vaine. En effet, les campagnes de sensibilisation sur les dangers de l’exploitation pétrolière, s’ajoutant au fait que le mouvement anti-oléoduc connaît un large appui populaire, ont miné la crédibilité de cette campagne négative d’Enbridge. De nombreux sondages le montrent : le vent tourne en faveur des manifestants et des manifestantes.

Cela dit, le projet Northern Gateway n’est qu’un des nombreux projets d’acheminement du bitume en provenance des sables bitumineux d’Alberta. Qu’on pense à l’inversement de l’oléoduc 9B d’Enbridge, entre le nord de l’Ontario et le Québec, ou encore au projet de Transcanada Energy East, pour le transport, vers l’est du pays, de pétrole extrait en Alberta et en Saskatchewan. Le projet Northern Gateway n’est donc que le symptôme d’une stratégie d’ensemble de l’industrie pétrolière, visant à perpétuer des modes de vie qui dépendent de l’exploitation des énergies fossiles.

Pour nous, faciliter l’exploitation débridée d’une des formes les plus nocives et sales d’énergie fossile constitue un choix désastreux à l’époque des grandes crises environnementales. Dès maintenant, une vaste mobilisation est nécessaire pour contrer l’exploitation des sables bitumineux et ainsi rendre possible un avenir écologique viable.

Il est nécessaire de créer des canaux de communications entre le Québec et le reste du pays pour établir un discours critique à l’échelle canadienne, comme nous le faisons ici dans le cadre du débat sur Enbridge. Pour Stephen Harper, l’exploitation de sables bitumineux permet l’« édification de la nation canadienne ». Pour nous, loin d’être une fierté nationale, l’industrie pétrolière canadienne pose au contraire un sérieux problème écologique, dont les impacts néfastes vont bien au-delà des frontières canadiennes.

Sur la question du pétrole des sables bitumineux, notre comité éditorial est unanime. Il faut en stopper l’exploitation ; il faut freiner les projets pétroliers en cours et il faut, dès maintenant, entamer une transition vers des alternatives énergétiques au pétrole. C’est là, et non dans les sables bitumineux, que se trouve l’intérêt à long terme des Canadiens et des Canadiennes, des Québécois et des Québécoises.

Bienvenue dans la marre.

Bienvenue sur Ricochet.

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