Colloque

Sexe, amour et pouvoir à l’université : à ceux qui choisissent de ne pas entendre

Photo: Affiche du colloque

Vendredi, avait lieu le colloque « Sexe, amour, pouvoir : Il était une fois, à l’université… », organisé par Valérie Lebrun, Laurence Pelletier et Martine Delvaux, du département d’études littéraires de l’UQAM. Au menu, l’épineux sujet des relations entre les professeurs et les étudiantes. C’est le hasard qui a voulu que la tenue de ce colloque, dont l’organisation se tramait depuis plus d’un an, coïncide avec le mouvement #AgressionNonDenoncee. Mais quel hasard! J’ai l’intime conviction d’avoir assisté à un moment singulier et porteur.

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Dès neuf heures, le foyer du studio-théâtre Alfred-Laliberté faisait salle comble. Quelque chose chargeait l’atmosphère. On a beaucoup parlé d’une digue qui a cédé, dans la foulée du mouvement de dénonciation massive d’agressions sexuelles, sur les réseaux sociaux et ailleurs. Vendredi, c’était bien ça : le couvercle s’étant soulevé, il y avait maintenant urgence. De parler, d’échanger sur ce qui ne peut plus être retenu. Ces deux dernières semaines, on a souhaité la création d’espaces de dialogue, d’échange et de solidarité, pour canaliser l’énergie dégagée par la courageuse prise de parole de milliers de femmes. Ce colloque en était un.

J’ai l’intime conviction d’avoir assisté à un moment singulier et porteur.

On nous a parlé de sexe, d’amour et de pouvoir à l’université. Du triple rapport de domination (homme sur femme; vieux sur jeune; maître sur élève) qui tresse les relations entre les professeurs et leurs étudiantes. On a dépeint et déploré ces micro-événements qui, tout en paraissant banals, induisent une rupture entre les étudiantes et l’environnement universitaire qu’elles tentent d’investir. Les remarques. Les regards de convoitise. Les invitations à demi-mots. Tout ce qui pose l’étudiante comme un joujou, comme un objet de désir. Tout ce qui lui dit qu’au fond, elle n’est pas et ne sera possiblement jamais une « pair ». Consolider le boys club par l’érotisation des rapports avec celles qu’on veut exclure. « C’est dans notre dos que ça se passe, disait Valérie Lebrun, et c’est sur notre dos que le pouvoir se construit, même à l’université. »

Une journaliste du Devoir a parlé d’un « climat de tension » pour décrire l’atmosphère qui régnait vendredi à l’UQAM. Ce n’est pourtant pas ce que je retiens en tout premier lieu. Il y a bien eu, à la toute fin de la journée, une séance plus houleuse, où la question de la gestion des plaintes pour harcèlement et agressions sexuelles à l’intérieur de l’université a été abordées. De nombreuses critiques de l’efficacité des « canaux officiels » ont été formulées. Le vice-recteur de l’UQAM, Marc Turgeon, présent dans l’audience, a été interpellé avec vigueur. « Entendez-vous ce qui se dit ici aujourd’hui? » lui a-t-on demandé.

Si sa réponse, lisse et évasive comme les gestionnaires savent en servir, se voulait rassurante, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’une écoute attentive de l’entièreté des communications livrées vendredi lui aurait apporté une perspective nouvelle. Oh, et pas qu’à lui. À tous les hommes qui brillaient par leur absence. Dans l’audience, ils ne devaient pas être beaucoup plus que quinze. Et des professeurs, il n’y en avait pas assez pour représenter tous les doigts d’une main. S’ils avaient été présents, peut-être auraient-ils capté quelque chose d’inédit. Peut-être auraient-ils entrevu qu’en marge du débat explosif sur les « voies institutionnelles » et les processus alternatifs, il y a aussi tout cet éventail subtil d’attitudes, de paroles et de gestes qui font sentir les femmes en territoire hostile à l’université.

Ce n’était pas facile de se libérer toute une journée en plein mois de novembre. Pourtant, plus de 200 femmes l’ont fait.

C’est vrai, ce n’était pas facile de se libérer toute une journée en plein mois de novembre. Pourtant, plus de 200 femmes l’ont fait. Parce qu’il fallait parler; parce qu’il fallait au moins pallier le pouvoir qu’on nous refuse en occupant l’espace avec nos paroles.

Évidemment, il ne s’agit pas de dire qu’il revient exclusivement aux femmes de trouver les moyens d’expliquer aux hommes les changements qu’elles voudraient voir survenir dans leurs rapports avec eux. Après tout, ils ont le pouvoir entre leurs mains. Ils n’ont pas à demander la permission ou attendre un mode d’emploi : qu’ils le cèdent. Mais si nous n’avons pas à faire leur instruction, force est d’admettre qu’une oreille tendue, alors qu’autant de choses sensibles et intelligentes s’articulaient, aurait déjà constitué un pas vers l’avant. Sauf que voilà : si les femmes peuvent protester, les hommes ont aussi le choix de ne pas écouter. Or, leur omission à cet égard est selon moi plus qu’anecdotique.

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