Victoire de Projet Montréal

Les progressistes au pouvoir!

Le secret de la nouvelle mairesse Valérie Plante? Inspirer plutôt que convaincre à tout prix.
Josie Desmarais

Si l’accession de Valérie Plante à la mairie de Montréal marque une première dans l’histoire politique du Québec, avec l’élection d’une femme à la tête de la métropole québécoise, elle représente également l’arrivée au pouvoir d’un parti progressiste que l’establishment aurait souhaité voir relégué, jusqu’à nouvel ordre (ou pour toujours?), à l’opposition.

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La montée spectaculaire de Valérie Plante dans les intentions de vote et l’engouement évident pour sa campagne sur le terrain du porte-à-porte, dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux s’est traduit dimanche par une victoire éclatante pour Projet Montréal, qui a raflé tour à tour la mairie de la ville de Montréal, la majorité des sièges au conseil municipal et le contrôle de 11 des 19 arrondissements de Montréal.

Quand l’impossible se réalise

«Ça y est, Projet Montréal est à la tête de Montréal!», a lancé la nouvelle mairesse devant une foule en liesse, massée dans Théâtre Corona sur la rue Notre-Dame Ouest pendant la soirée électorale.

Quelques minutes plus tôt, le maire sortant, Denis Coderre, avait annoncé quitter la politique municipale «la tête haute» après avoir encaissé sa première défaite en carrière.

«Ce que plusieurs pensaient impossible, on l’a fait», fait valoir le conseiller municipal du Plateau-Mont-Royal (district Jeanne-Mance), Alex Norris, qui estime que le résultat des élections représente «une rebuffade des Montréalais-es» envers l’administration Coderre, mais également envers «l’establishment montréalais qui s’est rangé derrière le mauvais candidat».

Au nom d’un soi-disant réalisme bien pensant, qui tenait davantage de la défense d’un intenable statu quo que du pragmatisme, les éditorialistes des principaux quotidiens montréalais et de grands noms du monde des affaires et de la politique avaient pris position en faveur de Denis Coderre, malgré une campagne sans élan, et en dépit du paternalisme autocratique d’un maire égocentrique qui, s’il avait réussi à rallier une coalition autour de lui, n’avait de cesse de tout ramener à lui-même.

Au nom d’un soi-disant réalisme bien pensant, qui tenait davantage de la défense d’un intenable statu quo que du pragmatisme, les éditorialistes des principaux quotidiens montréalais et de grands noms du monde des affaires et de la politique avaient pris position en faveur de Denis Coderre, malgré une campagne sans élan, et en dépit du paternalisme autocratique d’un maire égocentrique qui, s’il avait réussi à rallier une coalition autour de lui, n’avait de cesse de tout ramener à lui-même.

Projet Montréal inspire

Signe que Denis Coderre n’était pas le seul à savoir rallier, sur les quatre maires sortants faisant campagne pour Projet Montréal en 2017, seul le maire du Plateau, Luc Ferrandez, avait été élu initialement sous cette bannière. Pendant la campagne, le leadership de Valérie Plante lui avait d’ailleurs valu l’appui du candidat à la mairie de Coalition Montréal, Jean Fortier, ainsi que de deux maires d’arrondissement qui ne faisaient pas partie de l’Équipe Coderre.

«Il y avait un clash énorme entre l’arrogance [de Denis Coderre] et l’authenticité [de Valérie Plante]», commente la conseillère du Mile End Marie Plourde qui estime qu’au-delà de ce contraste de personnalités, la nouvelle mairesse a réussi là où Projet Montréal avait toujours échoué, c’est-à-dire à inspirer les gens plutôt qu’à les convaincre. «Peut-être qu’on intellectualisait trop la ville», analyse Marie Plourde.

L’élection «a été bien autre chose qu’un concours de personnalité», faisait pour sa part remarquer le maire d’arrondissement du Sud-Ouest et futur président du comité exécutif, Benoit Dorais, lors d’un discours soulignant le caractère historique de l’élection de Valérie Plante. Son homologue de Rosemont–La-PetitePatrie, François W. Croteau, a rappelé que le règne de Coderre avait été marqué par «beaucoup d’adversité», notamment au sein de l’arrondissement de Rosemont —La Petite-Patrie, qui s’était transformé en terrain de lutte entre Projet Montréal et Équipe Coderre bien avant le déclenchement des élections.

Une machine n’est pas une base

Si la redoutable machine électorale d’un ancien député libéral, même appuyée par les appels à la raison des élites médiatiques, politiques et économiques, a échoué à faire pencher le vote en faveur d’un second mandat pour Denis Coderre, c’est que Valérie Plante a pu s’appuyer sur la base mobilisée d’un parti ayant une vision articulée des priorités à mettre de l’avant, tant à l’échelle locale qu’à l’échelle métropolitaine.

Et alors que Denis Coderre a accepté de prendre la responsabilité personnelle de la défaite, Valérie Plante a au contraire dédié la victoire de dimanche aux quelque 6 000 membres de Projet Montréal qui ont fait ce qu’une machine électorale, même extrêmement bien huilée, ne peut pas faire, c’est-à-dire susciter l’enthousiasme pour une option politique, plutôt que faire sortir le vote partisan.

Et alors que Denis Coderre a accepté de prendre la responsabilité personnelle de la défaite, Valérie Plante a au contraire dédié la victoire de dimanche aux quelque 6 000 membres de Projet Montréal qui ont fait ce qu’une machine électorale, même extrêmement bien huilée, ne peut pas faire, c’est-à-dire susciter l’enthousiasme pour une option politique, plutôt que faire sortir le vote partisan.

Surtout, la campagne d’idées de Projet Montréal a suscité l’engouement de sa base, mais semble également avoir résonné dans une large frange de l’électorat, qui a été séduit par les solutions positives proposées à des problèmes bien réels vécus au quotidien : construction d’une ligne de métro pour désengorger le réseau et accroître la mobilité; création de milliers de logements abordables pour retenir ou attirer les familles en ville.

Que ces propositions soient, à tort ou à raison, jugées irréalistes par les élites n’a pas suffi à décourager l’électorat de voter pour un parti incarnant un véritable changement de paradigme plutôt qu’une simple alternance du pouvoir. Il faut dire que, malgré la présence de tiers partis (plutôt marginaux), l’élection montréalaise n’offrait pas véritablement de troisième voie entre le maintien intégral de l’administration en place ou le changement drastique de vision et de culture politique à l’échelle de la Ville.

Les lendemains qui chantent?

«L’univers des possibles devient immense», lance la conseillère du district De Lorimier, Marianne Giguère, ajoutant du même souffle que la tâche devant laquelle se trouve la nouvelle administration Plante est titanesque.

En plus de devoir répondre aux attentes, très élevées, qu’elle a créé, la nouvelle mairesse de Montréal devra notamment établir un dialogue avec les gouvernements supérieurs qui pourraient voir dans l’arrivée au pouvoir d’un parti ouvertement progressiste un adversaire plutôt qu’un partenaire.

Qu’à cela ne tienne, Valérie Plante n’a pas attendu avant de s’affirmer avec aplomb face à Québec et Ottawa. «Je vous invite à prendre acte du message fort que vous envoient les Montréalais», a lancé la mairesse dimanche dans son discours de victoire, où elle rappelait que ses deux priorités sont le développement de la mobilité durable et du logement abordable.

Résistant à la tentation de se démobiliser en voyant arriver au pouvoir une administration qui se dit sensible à leurs revendications, les mouvements progressistes devront, eux, revoir leurs alliances et leurs stratégies pour s’assurer que la Ville passe maintenant de la parole aux actes. C’est par exemple ce que fait le collectif Vélo Fantôme qui a interpelé Valérie Plante dès le lendemain de son élection en demandant à l’administration d’agir de toute urgence pour protéger les cyclistes en maintenant l’ensemble du réseau cyclable ouvert toute l’année et en demandant des gestes concrets dans les 100 premiers jours de son mandat.

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