Fusion QS-ON

L’indépendantisme est-il compatible avec l’anti-racisme?

Photo: abdallahh

Le projet de fusion entre Option nationale (ON) et Québec solidaire (QS) a fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. Au sein des deux partis, les débats sont vifs et cela est normal. Dans les rangs de QS, certains militants et militantes craignent que la fusion soit synonyme de dilution des positions anti-racistes de QS, voire que celle-ci soit la première étape d’un glissement du parti vers un discours nationaliste plus conservateur. «Plus d’indépendantisme» serait-il donc synonyme de «moins d’inclusivité»?

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D’entrée de jeu, reconnaissons une évidence : ces dernières années, nous assistons à une montée inquiétante du nationalisme conservateur au Québec. Cette montée se manifeste d’ailleurs à la fois dans les camps indépendantiste et fédéraliste. Tour à tour, la CAQ et le PQ (voire même le PLQ) ont en effet soufflé sur les braises de l’intolérance, que ce soit lors du débat sur l’arrivée des réfugiés haïtiens ou plus récemment dans le cadre des discussions sur le projet de loi 62. L’actualité récente suffit donc à démontrer un premier fait : la montée d’un discours qui banalise et normalise l’intolérance et la xénophobie n’a rien de propre au camp indépendantiste. Faire équivaloir réaffirmation indépendantiste et tiédissement des positions inclusives est donc une erreur.

Par ailleurs, le programme de QS est clair : le projet de société défendu par le parti n’est pas réalisable dans le cadre du fédéralisme canadien. À ma connaissance, très peu de gens s’opposent à cette analyse. C’est la raison pour laquelle toutes les campagnes électorales solidaires ont traité de cet enjeu. Transition écologique, renouvellement du pacte avec les Premières nations, réformes démocratiques radicales, renégociation des accords de libre-échange, souveraineté alimentaire, protection de la culture à l’heure du numérique... rien de tout cela (et bien d’autres choses encore) n’est possible dans le carcan constitutionnel canadien. Amoindrir ou diluer la position indépendantiste de QS serait donc un manque d’honnêteté envers le peuple québécois. Nous savons, comme la CUP en Catalogne, que notre projet de société nécessite une reprise de contrôle démocratique dont le premier pas est l’indépendance du Québec.

Nous savons, comme la CUP en Catalogne, que notre projet de société nécessite une reprise de contrôle démocratique dont le premier pas est l’indépendance du Québec.

Cette position indépendantiste confère d’énormes responsabilités. À l’heure où monte l’intolérance, le devoir politique de Québec solidaire est de défendre plus que jamais sa position indépendantiste et anti-raciste, républicaine et inclusive. Faire un choix entre ces deux valeurs, ce serait concéder aux adversaires fédéralistes que c’est le statu quo politique et constitutionnel qui est le meilleur gardien des droits et libertés des Québécoises et des Québécois. Le rôle de Québec solidaire comme parti démocratique et de gauche est de lutter plus férocement que jamais pour conjurer la prise en otage du projet indépendantiste par les nationalistes conservateurs. Si QS ne le fait pas, personne ne le fera.

Au Québec, les destins de la gauche et du mouvement indépendantiste ont toujours été liés. Cela n’a peut-être jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui. Si Québec solidaire refuse de jouer son rôle de rassembleur en repoussant ON, le parti ne ferait pas que rater une occasion stratégique : il tournerait le dos à son devoir historique, en laissant le projet indépendantiste s’abîmer entre les mains des nationalistes conservateurs. Ce faisant, c’est la possibilité même d’un changement social significatif qui s’éloigne.

Accueillir ON au sein de QS n’est ni une dilution des valeurs solidaires, ni un reniement des principes fondateurs de l’un ou l’autre des partis. C’est, au contraire, la tâche des militants et militantes de QS : faire grandir la grande famille de la gauche authentique, celle qui a refusera toujours de hiérarchiser les luttes parce qu’elle sait qu’elles sont toutes liées, celle qui se bat pour l’émancipation de tout le monde, celle qui sait que les droits individuels n’ont de valeur que lorsqu’ils reposent sur la liberté collective.

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