Musique

Didier Wampas : un cowboy québécois

Entretien avec Didier Wampas

Depuis plus de quarante ans, les Wampas hurlent l’amour et le refus du conformisme. Il aura fallu plusieurs décennies avant que le groupe ne connaisse un réel succès commercial – avec Manu Chao – mais Didier Wampas est désormais un incontournable de la scène punk, et l’une des plus redoutables bêtes de scène que la France ait produite ces dernières décennies. Qu’il chante le Québec, c’était déjà improbable. Mais qu’il chante le country québécois, voilà qui relève carrément de l’invraisemblable.

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Quels chemins peuvent bien mener des cris stridents du PUNK à une balade de Willie Lamothe? Seul l’amour inconditionnel de la musique peut donner un sens à cette trajectoire : «Le rock n’ roll, le country, le punk, affirme Didier, c’est pareil pour moi. Ça vient du même endroit».

Depuis cette soirée mémorable à Chicoutimi – où des femmes nues ont pris d’assaut la scène devant un foule de punks «bien défoncés» –, l’affection du chanteur pour le Québec n’a jamais faibli : «C’était en 1990, je crois. Je sais que vous n’aimez pas qu’on dise ça, mais arrivé à Montréal, j’arrivais en Amérique et ça parlait français, donc c’était le bonheur absolu. Depuis, on est retourné souvent jouer et à chaque fois, ça me fait vraiment quelque chose, ça me touche. Je sais pas… C’est tellement différent de chez nous et c’est tellement pareil en même temps».

L’Amérique a quelque chose de spécial pour les Français. C’est entendu depuis Tocqueville et chanté depuis Joe Dassin. Pourtant, le country, même depuis le renouveau qu’il connaît ici depuis une décennie, n’a toujours pas cote chez nos cousins: «En France, quand on dit country, c’est un gros mot. Ça veut dire "redneck" ou supporteur de Trump. Pour les Français, c’est un peu ça». Pourtant, Didier Chappedelaine (c’est son vrai nom) adore cette musique depuis fort longtemps: «Au début j’aimais vraiment la vieille country des années 1950-1960, mais petit à petit je me suis mis à écouter des trucs plus actuels. Et je suis allé plein de fois aux États-Unis. Y’a tous ces artistes rebelles méconnus ici».

L’Amérique a quelque chose de spécial pour les Français. C’est entendu depuis Tocqueville et chanté depuis Joe Dassin.

En ce qui concerne le country québécois, c’est au gré de ses tournées ici avec les Wampas qu’il en fait la rencontre. «Je fouinais dans les magasins, dit-il, j’ai acheté Willie Lamothe, puis ensuite Marcel Martel et des compilations de plusieurs artistes».

Mais ne chante pas en québécois qui veut. Chappedelaine sait que les gens d’ici (sauf peut-être la charmante Denise Bombardier) en ont assez de faire rire de leur accent, surtout par les Français. Comment a-t-il composé avec cette variable? «D’abord, je n’ai pas essayé de faire l’accent québécois, ça n’aurait pas marché». Effectivement, ça ne marche jamais. «Par contre, les chansons je les connaissais toutes tellement par cœur que je les chantais exactement pareil en reprenant les mêmes mots, les mêmes phrasés, mais sans faire l’accent», explique Didier.

«D’abord, je n’ai pas essayé de faire l’accent québécois, ça n’aurait pas marché». Effectivement, ça ne marche jamais.

Il ne faut pas s’y méprendre, rappelle le chanteur à la voix joliment fausse, ce n’est pas d’un album «comique» dont il s’agit. Il souhaite que les gens comprennent bien qu’il «adore» ces chansons et qu’il ne se moque pas du tout : «Alors là! C’est vraiment un hommage. J’espère que personne ne va mal le prendre».

Au final, ça donne un disque dénudé, bien réalisé et aux fortes sonorités bluegrass. On y trouve des classiques du country, mais également quelques adaptations des classiques de notre répertoire. Qui aurait cru qu’un chanteur punk allait un jour reprendre «Un phoque en Alaska» de Beau Dommage ou encore «Les ailes d’un ange» de Charlebois? Sans oublier d’authentiques petites trouvailles, comme la traduction «In the jailhouse now» de Johnny Cash chantée par Marcel Martel ou «Québec mon pays» de Raymond Lévesque.

Un disque tout aussi imprévu que bienvenu, et que seul Didier Chappedelaine pouvait avoir la générosité de nous offrir.


Avis: le groupe cherche toujours un distributeur pour le Québec : «J’avais reçu une offre, affirme Didier, mais j’ai perdu le message».


Une tournée dans la Belle province? «J’espère bien, c’est un peu pour ça qu’on a fait le disque. J’aimerais bien retourner au Lac-St-Jean…».

En vente le 24 novembre sur le label Verycords.

Didier Chappedelaine et ses Maudits Français

  1. Intro
  2. De Nashville à Rivière-du-loup (Edouard Castonguay).
  3. Les cowboys du Québec (Julie Daraiche)
  4. Les ailes d’un ange (Robert Charlevoix)
  5. Je chante à cheval (Willie Lamothe)
  6. Le seigneur est dans le moteur (Damien Roy)
  7. Québec mon pays (Raymond Lévesque)
  8. En prison maintenant (Marcel Martel)
  9. Ma destinée (Willie Lamothe)
  10. La complainte du phoque en Alaska (Beau dommage)
  11. Une guitare un cowboy (Willie Lamothe)
  12. I lost my baby (Jean Leloup)
  13. Rue Chapdelaine (Les Cowboys fringants)
  14. Twist à Chicoutimi (Les Wampas)
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